de la multitude? Pour être atténuée dans la
forme, la hardiesse n'en est guère plus inoffensive au fond. El te habituelle de Fénelon, plu- habile que nette. Il attaque d'abord et renverse, puis il feint de concéder le terrain conquis, uu bien, avec une générosité tardive, il déclare épargner, comme nécessaire, ce qu'il vient d'anéantir. Voye2 sa vire sortie contre la versification française en général et contre la rime en particulier] « Notre versification perd plus, si me trompe, qu'elle ne gagne par .les rimes : elle perd beaucoup de variété, de facilité et d'harmonie... »I1 le démontre ou croit le démontrer; puis, quand il a gratuitement humilié notre poésie, il conclut avec sagesse: « Je n'ai garde néanmoins de vouloir abolir les rimes. Sans elles notre versification tomberait... » Et tout ce grand effort aboutit à demander qu'on mette nos poètes « un peu plus au large sur les rimes, pour leur donner le moyen d'être plus exacts sur le sens et l'harmonie. » Tant de modestie après tant de hauteur, déconcerte le lecteur naïf, qui ne comprend pas bien comment on peut s'accommoder si aisément d'une versification qu'on dit si radicalement mauvaise, ni comment il peut suffire de « relâcher un pen sur la rime » pour suppléer aux mérites qu'on lui refuse. On a quelquefois accusé Fénelon d'avoir gardé une sorte de rancune personnelle à la versification française, innocente pourtant de la médiocrité des essais poétiques de sa jeunesse. Lui-même, dans une lettre à Larnolte, a laissé échapper ce demi-aveu : « J'avoue ma mauvaise délicatesse : ce que je fais ici e=t plutôt m ton que la censure des vers français; »
mais ce qui suit explique ce mot de « confession » : « Je dois
>ndamner quand je critique ce qu'il y a de meilleur. » Ce qui le condamne le plus, c'est l'approbation de Lamotte, ce poète sans poésie. Lamotte aussi trouvait dans notre po " quelques défauts et, surtout dans nos vers alexandrins, une monotonie un peu fatigante » ; mais il n'y découvrait pas de re-
i, et il les demandait à Fénelon, qui ne les lui donnait même Lamotte, ["lus perspicace cejour-
i donnait à Fénelon une leçon involontaire en définissant ce plai difficulté vaincue que fait naître la rime :
Il me de cette difficulté même, quand elle o>t surmontée, naît
étonnemenl agréable de ce quePfe conSntP nf 1 '• ^ ''" ]" pensée un
presque en cela seul, à mon sens aZ ™S * ', * "en fuit l,er'l:
crois par conséquent qu?S ortte?ïï ? i ' te Chanm' des vers ! et J"
qui ont comme eux le génie po^^ue!! ' ^ ** *"» g°Ûtéa *ue Pa' <*«
C'est s'exclure soi-même. Aux vers dp T am««o r r d ne trouvait qu'un défaut : 10tte J*"J' Rousseau
C'est que l'auteur les devait faire en prose.
Mais il les faisait en prose tout aussi aisément' et l'on a d^ a, une ode en prose au cardinal de Fleurv. Son ax on e favod
S "U; te:1 dire plus exaciement i°ut - q«e ûïïs
mL a eiS ne Peuvent Pas dire tout ce que dit la
prose » Au reste, Lamotte et Fénelon celui-ci avec inLime^
poésie et Trt °n endIe' lauteur des ^flexions sur la poésie, et, m 1 on remonte encore plus haut, du savant évêaue Huet qm appelai( Ia rime un * ' invention LsMre
des Arabes, cette nation brutale et féroce. On pense bien auau xvm s.ecle le nombre des adversaires de la vers ficadoV ou
vaux briH e;Tai'ide Ia P°ésie fran^aise' dLlt saccro^e : lan-' vaux brilla dans leurs rangs. L'abbé du Bos* accusa la rime d enerver presque toujours le sens du discours quand elle ne tue 7*éZf M0nîeS^ieu.' da- 1- litres persanes, écriv
ens Fn l ? P°v ? C°nS1Sle ' mettre dGS entmves au bon ,T;3 fevan,che' ^oItaire peut être compté, avec Vauvenar-
contré LPaaZ/GH ^T de la versifî^ien : ,1 la défend
ne trp r/'n ^ PiefaCe d flW*e' el Conlre Fé»el™ dans une lettre a Cideville (13 août 1731) : « Tous nos stériles partisans de la prose triomphent d'avoir dans leur parti lauteur do Canaque, et vous disent hardiment qu'il y a dans nos vers une monotonie insupportable. » Il est vrai qu'ailleurs, en vers, en prose il met asse. malignement en lumière les imperfections et de la langue et de la versification française. VÉpitre a Horace fait a la langue le procès que Fénelon lui avait fait, et presque dans les mêmes termes.