Fragments, XII, t. I^desŒuvres
• - autres Dations ?
- la clarté, l'agrément, la )usl - l'Italie et .
pas par funiformiU ?
Cette langue a perdu peu à peu une foui" d'expressions î-nergi-
cetle perte a un peu affaibli notre poésie ' .De
plus, il n'y a point de langue dans laquelle la versification
ait plus d'entraves... C'est presque toujours la rime qui amène
rs faibles, inutiles ou rampants, avant ou après les beaux vers. Cet inconvénient attaché à la rime a fait naître plus d'une fois la proposition de la bannir; mais il est plus beau de vain-
ine difficulté que de s'en défaire. La rime est nécessaire à la poésie française par la nature de notre langue, et est con-
• à jamais par les ouvrages de nos grands hommes -. »
conclure pacifiquement, comme Fénelon, mais après une . mimes, où Ton n'est pas trop surpris de voir
appel a l'empereur de Chine pour condamner les chinoi-
s de la versification française :
-:ious si ce prund art dont nous épris
aussi difficile à Pékin qu'a Paris.
T->n peuple est-il soumis à cette loi si dure Qui veut qu'arec six pieds d'une égale mesure,
i alexandrins cote à côte marchant-.
L'uni la rime et l'autre pour le sens *î
Mais si un Voltaire a l'esprit trop critique pour ne pas sentir et marquer les défauts des meilleures choses, il l'a trop sensé aussi pour n'en pas apercevoir les avantages. Dans le Di sur l" tragédi . qui BrtUus, il se dit effrayé par In
iité de notre poésie et l'esclavage de la rime.
Vn poète est un homme libre qui asservit sa langue :> -on génie; le Fran- •sclave de la rime, obligé de faire quelquefois quatre vers pour
Anglais • lit tout ce qu'il •• il tout ce qu'il peut: l'un court da
.autre marc - entraves dans un chemin glif
étroit.
\. Lettre > M. I' 15 anil 1261.
, I. iv. et sur Sorlonux, II. i.
y i Chine, 1771. I! a -rit aussi, d..ns In préface -I û
.•..• difficulté pour le mérite seul de la raincre
••lui qui tire du fond >l "t'-s T"
ton! le moud", est un nomme très sage -t presque uniqo
C'est, il est vrai, à un Anglais, milord Bolingbroke, qu'il s'adressent il s'empresse d'ajouter que la rime est essentielle à la poésie française ; il observe qu'elle fait plaisir, même au théâtre : « Un bon mot en vers en est retenu plus aisément ; les poitrails de la vie humaine seront toujours plus frappants en vers qu'en prose. » C'est le goût vollairien qui servit de règle aux encyclopédistes, et il est curieux de remarquer que c'est dans les rangs des encyclopédistes que notre versification trouva ses défemseui a les plus convaincus, sinon toujours les plus persuasifs. Condillac, dans son Art 'Traire: le chevalier de Jaucourt, dans les articles Prose et Vers français; d'Alemhert, à l'article Goût, sont de ces avocats bien intentionnés1. Celui-ci dans le plaisir que cause le vers découvre deux plaisirs combinés, l'un naturel, essentiel au vers, tenant à une harmonie intime à laquelle tous les peuples sont sensibles, l'autre artificiel et d'opinion, qui n'est pas le même pour tous les peuples, parce que chacun a une versification particulière. A l'harmonie la raison même est quelquefois contrainte de faire de légers sacrifices, et d'Alemhert plaint ceux que cette harmonie laisserait insensibles. Vn autre encyclopédiste, Marmontel, qui d'abord avait attaqué la rime, quelques années plus tard convertissait son réquisitoire en plaidoyer2 :
« Peut-on ne pas regarder le travail bizarre de rimer, nous dit l'abbé du Bos, comme la plus basse des fonctions de la mécanique de la poésie? » Qe mécanisme de la parole doit paraître bas et puéril à un observateur austère, qui ne compte pour rien le charme de l'expression ; mais pour l'homme doué d'un organe sensible et d'un goût délicat, cette mécanique a son prix. Lu rime peut causer trois sortes de plaisirs. L'un est relatif à l'organe : c'est le sentiment de la consonance. Mais la rime n'intéresse pas seulement l'oreille ; elle soulage, elle aide la mémoire ; et si c'est un plaisir pour l'esprit de se retracer fidèlement et sans peine les idées qui lui sont chères, tout ce qui rend léger et facile ce travail de la réminiscence doit être un agrément de plus. Or, il est certain que la rime donne à la mémoire des signaux plus marqués, pour retrouver la trace de- idées. Par ce rapport de consonances. un mot en rappelle un autre ; et tel vers nous aurait échappé, qui, par cette extrémité que l'on lient encore, sera retiré de l'oubli. La rime est enfin un plaisir pour l'esprit, par la surprise qu'elle cause; et lorsque la difficulté, heureusement vaincue, n'a fait que donner plus de saillie et de vivacité, plus <Je grâce ou d'énergie à l'expression et à la pensée, soit par la singularité ingénieuse du mot que la rime a fait naître, soit par le tour adroit, et pourtant naturel, qu'elle a fait prendre à l'expression, soit par l'image nouvelle et juste qu'elle a présentée à l'esprit, la surprise qui naît de ces hasards réser-
(. Voir Rocafort. les Doctrines littéraires de l'Encyclopédie.
•1. Cf. l'art. Epopée, t. V, et les art. Rime et Vep.-. Supplément, t. IV.
esl un plaisir à chaque il a pour qui connaît l'indocilité de la langue et les difficultés de l'art.
Lisons judicieuses, mais trop mathématiquement nnméi s, Ue que donne Nisard : i Le charme il-la po- ~ - s seu ment dans la difficulté vaincue : il naît
-urtout de cette beauté singulière qui résulte de la propriété rmes jointe à l'exactitude de la rime. » Mais pourquoi -'indi i même que Fénelon n'ait pas du premier
coup découvert toutes ces bonnes raisons? La poésie antique lui cachait à coup sûr la moderne; mais qui soutiendra
que la versification des modernes ait les mêmes ressources que celle des anciens ? Fénelon n'a donc fait, ici encore, qu'outrepasser la vérité ; il ne Ta point foncièrement altérée. 11 est vrai qu'une erreur bien franche vaut quelquefois mieux que certaines exaj-'éialions complaisantes ou doucereusement perfides.
La tragédie et la comédie. — In prélat critique de théâtre : Sophocle ei Corneille, Téreuce et Molière.
Pareillement, il est trop aisé de montrer Fénelon sévère jusqu'à l'injustice dans les chapitres de la Tragédie et de la Comédie.
Quand Fénelon arrive à l'art dramatique, il reproche aux poètes modernes affadi la tragédie. Il ne cite !•-• nom de Corneille que pour préférer à I ur condamner l'emphase de CUma au nom de la simplicité de Suétone. Il ne parle de Racine que pour donner la palrne à VHifpolgte grec sur la l'Indre française, et pour mettre le long récit . - } plaintes entrecoupées de Phili a peine
s'il lai - çà et là une louange qui adoucisse la i ..
ments sur 1 : lière est un grand poète c<-mique.
Mais combien ;tions inet-il à cet éloge ! Qu'il accu-- Molière <k' don-
ner un tour gracieux au vice, j'y consens : on ne peut demander à l'ai que de Cambrai d'être plus indulgent que ne le Bera plus tard le philosophe
os la peinture di et le naturel dans le style ! Rapprocher, dans une comparaison malveillante,
l. Ii.r.s ;. réponse an discoc .ri de M. Leconte de Lisle à 17.
it a «lit, avec plus de brièveté et de riracité que .Marmonrime ae m'ap| un <lu wrs un étonnement délicat, une sur-
. si elle ne m'em,' elle ne m'éblouK pas de
[j'.-ine de s'eiprio qa
K l'élégance de Térence » et « Le galimatias de Molière ! voilà une hardiesse de partialité qui démontre rattachement de Fénelon pour les anciens
et le vrai sens de la Lettre a l'Académie*.
Mais, en vérité, on est plus sévère pour lui qu'il ne l'a été pour les modernes, si l'on oublie que c'est ici un prélat qui se l'ait critique de thécàtre, et qui ne peut l'être sans quelque embarras. Rappelons-nous que Pascal avait condamné absolument la comédie même la plus innocente. « Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde a inventés, il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comédie. C'est une représentation si naturelle et si délicate des passions, qu'elle les émeut et les fait naître dans notre cœur2. » Rappelons-nous de quel ton Bossuet jugeait le Cid et anathématisait Molière. Racine converti citait, il est vrai, à son Ois, pour le détourner du théâtre, l'exemple du duc de Bourgogne, dirigé par le plus sage des précepteurs ; mais, précepteur ou directeur, Fénelon ne fut jamais un irréconciliable ennemi du théâtre. A son ami le duc de Chevreuse, préoccupé de l'éducation de sa belle-fille, il écrivait : « Laissez entrer un peu d'opéra et de comédie dans l'étendue de la liberté que vous lui laisserez3. » C'est cet esprit de tolérance éclairée qui inspire les deux chapitres sur le théâtre, et ce dont il faut s'étonner, ce n'est pas qu'il se soit trompé en plus d'un de ses jugements sur les poètes dramatiques, c'est qu'il les ait jugés dans le détail, en critique plutôt qu'en évêque. Certes, le christianisme de Fénelon entre pour quelque chose dans ses jugements, et parfois en donne la clef. Mais ce n'est pas de ce seul point de vue qu'il considère l'art dramatique, et il faut lire ces chapitres, comme les autres, à la lumière de cet idéal antique qui éclaire Fénelon, mais l'aveugle aussi çà et là, à force de l'éblouir.
C'est pour cette raison que toute distinction ici serait factice entre la tragédie et la comédie ; ces deux chapitres n'en font proprement qu'un, dominé par les mêmes idées, vivifié parles mêmes sentiments. Même les jugements portés sur les anciens sont inséparables des jugements portés sur les modernes, car c'est en vertu des mêmes principes qu'ils sont loués ou critiqués les uns et les autres. Par exemple, c'est l'archevè-
1. H. Rigault. Histoire de la querelle des Anciens et des Modernes. 2. Pensées, art. XX.IV. éd. Bavet.