tour les jugements sur Corneille
Phèdre est attaquée, non sans éloges mêlés aux critiques ; au contraire, le Cid, Horace, Cinna, QEdipe, ne sont pas épargnés.
C'est que les anciens donnaient moins de hauteur de la: au cothurne : « Il ne faut point que le cothurne altère ['imitation de la vraie nature... La noblesse du genre tragique ne doit point empêcher que les héros mêmes ne parlent avec simplicité, à proportion de la nature des choses dont ils s'entretiennent. » Mais il y a une simplicité cornélienne, toute mâle, que Fénelon peut-être n'est pas fait pour sentir. Il est déjà de ces délicats du xviuc siècle qui méconnaîtront la rigoureuse originalité du premier xvnc siècle, et diront, avec Yauvenargues : « Corneille est tombé trop souvent dans ce défaut de prendre l'ostentation pour la hauteur, et la déclamation pour l'éloquence. » Tout ce qui, chez Corneille, est nerveux, leur paraîtra tendu ; tout ce qui est concentré leur paraîtra obscur. Les « éclairs » qui jaillissent de ces nuages fatigueront leurs yeux. Comprenant mal et les nécessités de la scène, qui amplifie et prolonge, pour ainsi dire, l'écho des grands sentiments et des grandes paroles, et peut-être aussi le génie de cette race latine, si naturellement oratoire et dont le génie français procède, ils jugeront que Corneille donne un langage trop fastueux à ces Romains, hautains, il est vrai, par leurs sentiments, mais «simples, naturels, modestes dans leurs paroles », comme si Tite-Live était aussi « simple » que Suétone, comme si Sénèque et Lucain, ces Romains d'Espagne, n'étaient pas, plus que Virgile et qu'Horace, les premiers maîtres des poètes français !
Mais peut-être est-ce justement cela qui déplaisait à Fénelon : il y a certains anciens qui sont modernes, pour ainsi dire, par un certain goût du trait brillant et une certaine recherche de l'etfet. Ces anciens, ceux qui sont ou des beaux esprits ou des déclamateurs, les Ovide et les Sénèque, Fénelon, en plus d'un endroit de la Lettre, n'hésite pas à les sacrifier. Il veut, pour la tragédie, une noblesse qui ne soit pas emphase ; pour la comédie, une familiarité qui ne soit pas bassesse. Comme, clans le tragique, Sophocle est préféré à Racine et Racine à Corneille, Aristophane et Plaute, dans le comique, se voient préférer le discret, l'élégant, le sensible Térence.
J*avouo que les trait? plaisants d'Aristophane me paraissent souvent bas : ils sentent la farce faite exprès pour amuser et pour mener le peuple... Le respect de l'antiquité doit être grand ; mais je .suis autorisé parles anciens contre les anciens mêmes. Horace m'apprend à juger de Plaute.
. juge prévenu contre les an 'on lui oppose, n'est pas le meilleur arbitre qu'on puisse choisir. La - plaisanterie » de Plaute ravissait un Cicé^
mais les petites gens qui sont les héros de ses pièces parlent une langue un peu mêlée dans son énergie pittoresque. phane était fort admiré encore parMme Dacier, qui traduisit son PltUus; mais ce qu'il a de grâce poétique et de follement hardie pouvait-il racheter aux veux de Fénelon, je ne dis 5 ses - frites, mais ses trivialités mêmes? Aux yeux de la critique modem Aristophane et c'est
Plaute qui sont les vrais, les seuls comiques de la Grèce et de Home : le comique nuancé et attendri de Térence cesse presque d'être du comique. Il n'en est que plus accommodé au goût i énelon, qui apprécie avant tout, chez le disciple de M nandre, « un goût pur et exquis.... une naïveté inimitable, qui plail et qui attendrit par le simple récit d'un fait très commun n : il n'outre aucun caractère; la passion parle chez lui toute - Peut-on désirer un dramatique plus vif et plus
nu ? • Dès lors, on comprend trop pourquoi Fénelon, reprenant l'antithèse esquissée par Boileau dans l'Art poétique, oppose Térence à Molière, et auquel des deux il laisse la victoire. Toutefois relisons sans parti pris celte page célèbre, et il noua semblera que, tout pesé, on y peut faire assez large la part de l'admiration, d'une admiration sincère, puisqu'elle est combattue par des scrupules de plus d'un genre et qu'elle n'en est pas accabl
Il faut avouer que Molière est un grand poète comique. Je ne crains pas de dire qu'il a enfonce plus avant que Térence dans certains caractères. Il a embrassé une plu* grande variété de sujets. Il a peint par des traits /mis presque tout ce >/ue nous avons de dérègle et de ridicule. Térence Be borne à rej vieilla: jeunes hommes pi étourdis, des
- el impudi i - imposteurs et scélérate
caractères méritaient sans doute d'être traités suivant Les mœurs des
and auteur.
'•/ 'Itère a ouvert un chemin tout nom eau. Encore une fois, je le Ironie -je pari l toute li
Voici donc un archevêque, écrivant à cette Académie dont Molière n'a pas été membre, et qui semble s'excuser d'oser juger librement l'auteur de Tartuffe, et qui le proclame « grand », grand qu< même sur un point essentiel! A coup
sûr, l i son élégante simplicité reprennent bientôt le
dessus sur Moli a atyle forcé qui approche du galima-
tias. On n'a plus à défendre Molière contre le triple reproche et d'écrire mal, et d'outrer les caractères, et de donner un tour gracieux au vice, avec une austérité ridicule et odieuse à la vertu1. Pour ce qui est du langage, il est clair que le parler gaulois de Molière a peu de rapports avec le parler attique de- Fénelon; que le style en vers de Molière, en dépit de ses négligences, est d'une facilité brillante et d'une fermeté saine, surtout dans les dernières pièces, comme les Femmes savantes; qu'il y a quelque puérilité à rechercher si sa prose ne vaut pas mieux que ses vers: qu'en particulier l'exemple de Y Avare est mal choisi, car, ainsi que l'observe Génin, il est écrit presque tout entier en vers blancs. Mais la Bruyère, qui n'était ni un grand seigneur ni un prélat, a fort sévèrement jugé le jargon et le barbarisme de Molière, et, clans l'ensemble, malgré les apparences, le jugement de Fénelon accorde plus au poète. Pour les caractères outrés, s'il est certain que Fénelon a méconnu cette loi théâtrale qui oblige l'auteur dramatique à « rendre le ridicule plus sensible », il ne l'est pas moins que Molière n'a pas toujours dédaigné de plaire au parterre au moyen de quelques exagérations dont il eût pu se passer, surtout dans les pièces que, chef de troupe, il devait écrire pour «les spectateurs les moins délicats ». Pour la morale enfin, n'est-il pas permis de se demander aujourd'hui encore si l'honnête homme de Molière est bien toujours V homme tel que nous le voulons, esprit sincère et droit, âme chaleureuse et délicate? Les avis ne sont-ils pas encore partagés sur l'interprétation du Misanthrope ? attendait-on de cet évêque l'apologie du Tartuffe ? et s'il conclut le chapitre de la Comédie en s'ap propriant un arrêt de Boileau (qui vise seulement les farces italiennes), n'accordet— il pas en même temps que Molière peint avec beaucoup deforce et de beauté les mœurs de son pays?
Le projet d'un traité sur l'Histoire. — Fénelon novateur et précurseur des historiens modernes.
M. Brunetière, qui aime peu Fénelon, écrit avec bien de la sévérité : « Son projet de Rhétorique, son projet de Poétique,.