Causeries, du lundi, t. IX
tort, nous, de regretter dés hardiesses, même des intempé- H - [ui font vivre d'une vie, pour ainsi dire, • menée volontairement impersonnelle par ailleurs. Le moi • de Bourdaloue, il ne nous déplaît pas de le trouver mêlé aux raisonnements les plus abstraits en appa- .. [ne, obstiné, àpremenl sincère. Comme à Mme de Sévipné, il ne nous déplail pas que Bourdaloue dis g ,'i bride abattue el frappe comme un sourd sur les i - [ue 'l'atteindre en plein visage plus d'un de ses auditeurs. On dit que Les dames de la cour furent d'abord effarouchées de cerlaii rdaloue dul -'excuser; mais, en s'ex-
ensant, il prenait soin d' .. te. Eux aussi, les cour-
i de la h ceux du clergé, devaient l'écouter
quand il s'élevait «outre ces incapables qui considèrent les ges les plus difficiles, les honneurs les plus éclacomme dus a leur naissance », ou lorsqu'il ne craignait er le portrait du dévot intéressé, qui fait de sa dévotion un instrument de sa fortune.
ir de la qualité pour aspirer à ce qu'il y a de plus éminent
(d'être né d'un père opulent pou:
aux i' . on le langage ordinaire, qu'un t..-!
tel pour que le fils ait l'assurance de vouloir être tout ce q i
. A.vec cela, quelles que soient son indignité et son incapacité person-
. il n'y aura rien qu'il n'entreprenne; il jugera, il condamnera, il gou-
t, il décidera du sort et de la vie des hommes; il sera, comme dit
.- le chandelier, quand il devrait être caché sous le boisseau...
capable de tout. Prenez garde, capable de tout : pre-
•ii-.-nt. parce qu'il donne à tout, et quelquefois aux plus grandes iniqui-
. irence de piété qui le trompe lui-même, et dont il n'aimerait pas
qu'un entreprit de le détromper; mais, en second lieu, capable de tout, parce
que, quelque dessein que la passion lui sug^'-re. sa piété, ou plutôt l'estime
ise l'établit, le met en état de réussir. Veut-il pousser
n ne lui résiste; veut-il supplanter un adversaire, il est
il ; veut-il flétrir la réputation du prochain et le décrier, son seui
ferait le procès à l'innocent même. VA n'est-ce pas je ri" ferai
point ici difficulté de le dire, non pour décréditer la piété, à Dieu ne plaise!
mais pour condamner hautement les abus qui s'y peuvent glisser, et qui s'y
le tout temps), n'est-ce pas par la voie d'uni.- fausse piété qu'on
avules plus faibl lever aux plus hauts rangs; les hommes les
insidération el de recommandation être néanmoins les plus
tutrea titres ni d'autre mérite
qu'un certain air de réforme, emporter sur quiconque la préférence el
»? Or je vous deman rien qui, selon les
sentiment- naturels, doive plus attirer notre aversion et notre indignation.
P or connaître ces tartufes de cour, Bourdaloue n'avait pas in d'avoir lu Tartuffe. \\ n'<:u était que plus à son aise.
LA PRÉDICATION AU TEMPS DE BOSSl'ET 23
après avoir si fermement séparé la fausse piété de la vraie, pour blâmer Molière, qui portait les esprits de ses admirateurs et de ses lecteurs à confondre dans la même réprobation la dévotion et l'hypocrisie.
Comme la fausse dévotion tient on beaucoup de choses de la vraie ; comme la fausse et la vraie ont je ne sais combien d'actions qui leur sont communes; comme les dehors de l'une et de l'autre sont presque tout semblables, il est non seulement aisé, mais d'une suite presque nécessaire, que la même raillerie qui attaque l'une intéresse l'autre, et que les traits dont on peint celle-ci figurent celle-là, à moins qu'on n'y apporte toutes les précautions d'une charité prudente, exacte et bien intentionnée, ce que le libertinage n'est pas en disposition de faire. Et voilà, chrétiens, ce qui est arrivé, lorsque des esprits profanes, et bien éloignés de vouloir entrer dans les intérêts de Dieu, ont entrepris de censurer l'hypocrisie, non point pour en réformer l'abus, ce qui n'est pas de leur ressort, mais pour faire une espèce de diversion dont le libertinage put profiter, en concevant et faisant concevoir d'injustes soupçons de la vraie piété par de malignes représentations de la fausse. Voilà ce qu'ils ont prétendu, exposant sur le théâtre et à la risée publique un hypocrite imaginaire, ou même, si vous voulez, un hypocrite réel, et tournant dans sa personne les choses les plus saintes en ridicule : la crainte des jugements de Dieu, l'horreur du péché, les pratiques les plus louables en ellesmêmes et les plus chrétiennes. Voilà ce qu'ils ont affecté, mettant dans la bouche de cet hypocrite des maximes de religion faiblement soutenues, au même temps qu'ils les supposaient fortement attaquées, lui faisant blâmer les scandales du siècle d'une manière extravagante; le représentant consciencieux jusqu'à la délicatesse et au scrupule sur des points moins importants. où toutefois il le faut être, pendant qu'il se portait d'ailleurs aux crimes les plus énormes; le montrant sous un visage de pénitent, qui ne servait qu'à couvrir ses infamies; lui donnant, selon leur caprice, un caractère de piété la plus austère, ce semble, et la plus exemplaire, mais dans le fond la plus mercenaire et la plus lâche.
Le roi lui-même avait sa part de ces reproches couverts et de ces allusions souvent peu voilées. Et pourtant il voulait entendre Bourdaloue tous les deux ans, et Bourdaloue lui rendait ce témoignage : « La vérité que j'ai prèchée à la cour n'a jamais trouvé dans le cœur de ce monarque qu'une soumission édifiante et qu'une puissante protection. » Depuis Lavent de 1670 jusqu'en 1699, il reparut maintes fois à la cour. Son œuvre oratoire est immense : 85 sermons, sans compter ceux qui n'ont pas été recueillis; 16 panégyriques, 2 oraisons funèbres. Trente ans se maintint son succès, dû surtout au goût régnant pour les analyses morales et pour les portraits. « Pour aller droit à la réformation des mœurs, dit l'abbé d'Olivet, il commençait toujours par établir sur des principes bien liés et bien déduits une proposition morale, et après, de peur que l'auditeur ne se fit point l'application de ces principes, il le
I lui-même, parmi détail merveilleux où la vie des lmm- 1 11 ce délai! étant ce qu'il y avait de plus : qui, pai - ient, frappa d'abord le plus
dans le P. Bourda • ■•■ que les jeunes prédi-
cateurs lâchèrent te plus d'imiter. Bourdaloui I mfs à
p.-in!: s gens (M iS igné signale cette nouveauté dès l'hiver de 1671 ; ses - j ne voulurent plus être que
portraitistes. Dans le premiei des Dialo- , Fénelon marquera l'excès où cette tendance aboutit dans li seconde partie du siècle : « Il nous a fait des peintures morales où chacun >h trouvait; il a fait une - lu cœur humain qui égale les Maximes de II. de la Rochefoucauld. » Les « portraits » de Bourdaloue ont pour nous un double intérêt, historique et moral. Lors même qu'on ne serait pas sensible à l'attrait piquant de porindividuels, ou le sera certainement à l'intérêt de portraits généraux où Bourdaloue, ce juge sévère de Tortnmon;: I de Molière, un rival inférieur, il faut l'avouer.
dit communément, et on L'ami de tout le monde
une. »Ilyaenefl s gens lececaracti isaper-
rec un risage ouvert, vous tendent tel
- fonMes plus belles offres de service. Mais
enfin, après mille protestations d'arnitié, ils vous quittent, et demandent au premier qu'ils rencontrent comment vous vous appelez et qui vous êtes {.
Bourdaloue est donc un moraliste dans la chaire; mais il serai' de prétendre qu'il a fait pas-'-r l'enseignement
de 1 i morale avant l'enseignement dt.' la foi. On l'a dit, « quand Bourdaloue s'attaque à nos vices, il ne croit pas avoir assez fait s'il les combat seulement par des motifs humains et s'il ne recourt a un motif supérieur, tiré du dogme chrétien... La morale suppos . .m' . car il en est le principe, et le do^me doit
être accompa:'n>: de la morale, car elle en est la conséquence*, liais il connaissait ce public qui attendait de lui qu'il prêchât, non pas la morale san< le dogme, mais la moulus encore que le <)o::m>\ Eut-il toit «le se préoccuper, non pas seulement du goût, mais dea besoins de ses auditeurs? tel, théologien à la fois et moraliste, se plaignait déjà,
•i sur la Charit»; du -prochain et tes amitiés humaines. Voyei le Miêtut-
la grave.
iction des Sermons choisis de . édK. Hatzfeld; De-
nous apprend l'abbé Ledieu, qu'on délaissât les mystères de la foi pour les peintures morales et les portraits. Si c'est une décadence l, le public, de plus en plus indifférent au dogme, n'en est pas moins responsable que les prédicateurs.
iïoNsiiot. — Les Panégyriques.
Bossuet descendait de la chaire chrétienne quand Bourdaloue y monta. Les nombreux sermons prêches par Bossuet à Metz, de 1652 à 1659, furent suivis des carêmes prêches aux Minimes de la place Royale (1660), aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques (1661), au Louvre (1662), à Saint-Thomas du Louvre (1665), à la cour (1666), et des avents prêches aux Carmélites (1663), au Louvre (1665), à Saint-Thomas du Louvre (1668) et à Saint-Germain (1669). C'est en 1669 que Bossuet est nommé évêque de Condom, peu avant d'être chargé de l'éducation du Dauphin. Il ne prêcha désormais qu'à de rares intervalles, jusqu'au moment où, douze ans après, il quitta la cour pour se consacrer à son nouveau diocèse de Meaux.
Pendant toute la première période, les Panégyriques des saints sont mêlés aux sermons, et c'est pour plus de clarté qu'on les en sépare ici.
Le Panégyrique tient de l'oraison funèbre à la fois et du sermon, mais plus du sermon que de l'oraison funèbre, et, pour comprendre qu'il en doive être ainsi, il suffit de réfléchir à la nature de Y éloge qui en fait le fond. Il est prononcé longtemps après la mort du héros, et ce héros est un saint. Dès lors, les incidents de la vie se fondent dans le rayonnement de la sainteté qui les couronne, les grandes leçons chrétiennes s'offrent d'elles-mêmes, et le panégyriste se transforme presque involontairement en prédicateur. Saint François de Sales distinguait trois sortes de panégyriques : le premier est surtout un récit historique des actions et de la vie des saints; le second,
1. Il y a certes décadence pour le goût et pour le style. Voici quelques exemples d'une éloquence subtile ou déclamatoire : « La pourpre des Césars, dit saint Jérôme, s'était teinte de sang, mais du sang des hommes qu'ils avaient versé. Si elle éclatait, c'était du feu brûlant de leur ambition, et, si elle rougissait, c'était bien moins de sa propre couleur que de leurs vices. « Saint Etienne est comparé à Moïse, parce que la Voie du martyre devient, par l'effusion du sang, « comme une espèce de mer Rouge de l'Eglise ».