i sembk . ■ ique -oit celai que
avons • Ur et M. Bébeliiau pro]
ils la : maturité du génie de Bos-
rnonnaire.
particulier et caractéristique dans l'apostolat île Paul; d l'unité et la simplicité du panégyrique tout entier.
Si dans fexorde, comme saint Augustin traitant ce même panégyrique, comme il le fera lui-même plus tard dansl'exorde de l'oraison funèbre de Condé, il se déclare étonné, presque accablé d'avance par la grandeur de son entreprise, ce n'est pas une précaution oratoire à laquelle il a recours : celui qu'il appelle le plus illustre des prédicateurs et le plus zélé des apôtres; celui pour qui il sent un « amour mêlé de respect », dont la sagesse toute divine lui parait « vraiment digne du troisième ciel », est à ses yeux le modèle inimitable, presque indéfinissable, dont il faut s'approcher sans cesse, sans espérer de jamais l'atteindre. Si, d'autre part, il annonce dès le début qu'il n'a pas dessein de considérer saint Paul dans sa vie particulière, ce n'est pas seulement, comme on a pu le conjecturer, qu'il l'avait considéré sous ce point de vue dans son premier panégyrique, dit le Surrexit Paulus; c'est qu'il veut faire sortir de cet éloge d'un saint une leçon applicable à tous les hommes, spécialement à ceux qui prêchent la parole de Dieu ou qui gouvernent l'église.
Il a hâte de montrer, dans le premier point, le plus intéressant pour nous, la faiblesse victorieuse des prédications toutes simples de Paul.
Mais n'attendez pas, chrétiens, de ce céleste prédicateur ni la pompe ni les ornements dont se pare l'éloquence humaine. Il est trop grave et trop sérieux pour rechercher ces délicatesses ; ou, pour dire quelque chose de plus chrétien et de plus digne du grand apôtre, il est trop passionnément amoureux des glorieuses bassesses du christianisme, pour vouloir corrompre par les vanités de l'éloquence séculière la vénérable simplicité de l'Évangile de Jésus- Christ.
Trois choses contribuent ordinairement à rendre un orateur agréable et efiicace : la personne de celui qui parle, la beauté des choses qu'il traite, la manière ingénieuse dont il les explique; et la raison en est évidente. Car t'estime de l'orateur prépare une attention favorable, les belles choses nourrissent l'esprit, et l'adresse de les expliquer d'une manière qui plaise les fait doucement entrer dans le cœur. Mais de la manière que se représente le prédicateur dont je parle, il est bien aisé dî juger qu'il n'a aucun de ces avantages.
Sa mine n'est point relevée, et il est réduit à gagner sa vie par l'exercice d'un art mécanique. Sa doctrine parait folie et extravagance, car il ne sait prêcher que Jésus-Christ crucifié, et il prêche sans éloquence, sans agrément.
Comment donc peut-il espérer que ses auditeurs soient jersua lés? Mais, C. de Litt. — î3 issuet Sermons] . 3
lifficile, torique
volonté '1" mon
On sent ici. dan- g tUon voulue de la doctrine et
aussi de l'expression, l'influence toute proche dece Vincent île Paul qui, dan- m de la simplicité évangélique, conju-
rait à genoux un prédicateur à la mode de renoncei aux ornements de l'éloquence profane. Rien de plus austère que cette théorie de l'éloquen si Bossuet s'y était tenu strie-
nt, il ne nous paraitrait pas si grand orateur. Cette prégéliqae « ne doit avoir rien qui éclate » , car 16- -■'"' pour sa parole aussi bien que pour sa personne s hommes admirent.
le l'apôtre ni qu'il vienne flatter les oreilles par des . ni qu'il veuille charmer les esprit> par de vaines |u'il dit lui-même : >• Nous prêchons une sagesse in lueu cr cherchons pas de vains orne-
;t l'éclat du monde. Si notre simplicité déplaît aux s.- is leur déplaire, que Jésus-
. m! être connu que des humnc a ces humbles; faisons-leur des prédications dont de f humiliation de la croix, et qui soient dignes par la faiblesse.
Paul rejette loua les artifices de la
:.'able,
: t iné-
!'ii ne l'onl .• licats de la
i. 81 Ignore la rhétotirist lui lient lieu de tout; et son
nom.; . r,.n.
drontsa simplicité . ignorant dans l'art de bien
- . ;i ira *-n :
dedis-
• Atliv- : !
ix pieds du ine d'un proconsul, et ni lesquels on !
- tiendra bien i ■ tant de farr;
Et d'où vient cela, chrétiens ? C'est que Paul a des moyen? pour persuader que la Grèce n'enseigne pas et que Rome n'a pas appris. Un surnaturelle, qui se plaît de relever ce que les superbes me] répandue et mêlée dans l'auguste simplicité de ses paroles. De là vient que nous admirons dans ses admirables Épîtres une certaine vertu plus qu'humaine, qui persuade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant qu'elle captive les entendements; qui ne flatte pas les oreilles, mais qui porte ses coups droit au cceur. De même qu'on voit un grand fleuve qui retient encore, coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse qu'il avait acquise aux montagnes d'où il tire son origine, ainsi cette vertu céleste qui est contenue dans les écrits de saint Paul, même dans celte simplicité de style, conserve toute la vigueur qu'elle apporte du ciel, d'où elle descend...
Aimons donc, aimons, chrétiens, la simplicité de Jésus; aimons l'Évangile avec sa bassesse; aimons Paul dans son style rude, et profitons d'un si grand exemple. Ne regardons pas les prédications comme un divertissement de l'esprit ; n'exigeons pas des prédicateurs les agréments de la rhétorique, mais la doctrine des Écritures.
Les commentaires sont superflus. Une seule observation ne sera peut-être pas déplacée. Fénelon voudra, lui aussi, qu'on revienne à « cette première simplicité » des apôtres et des Pères, et, chez Fénelon, la pratique sera conforme à la théorie, car, sauf une ou deux exceptions, il ne composera guère que des homélies. C'est à l'homélie, en effet, c'est-à-dire à l'improvisation « inégale et sans suite », qu'aboutit l'admirable développement du premier point. Mais Bossuet comprendra, il a déjà compris que cette simplicité doit être surtout dans le fond, et que, pour mieux faire valoir cette vérité de la doctrine, il n'est pas interdit, je ne dis pas d'appeler, mais de laisser venir l'éloquence.
Après avoir persuadé, dans ses discours, par la seule simplicité, Paul doit triompher, dans ses combats, par la seule faiblesse. Ce second point a moins d'intérêt pour nous : le développement sur la « force persuasive du sang épanché par le fils de Dieu » est trop théologique et ecclésiastique pour nous toucher beaucoup. Nous voudrions aujourd'hui, peut-être à tort, sur l'apostolat, les aventures extraordinaires et le martyre de saint Paul, quelques-uns de ces détails précis et pittoresques qui feraient vivre à nos yeux l'histoire. Bossuet luimême sent bien que tout ce développement, plus oratoire qu'historique, reste en somme assez vague, et c'est pourquoi il se décide à choisir quelque action illustre où les fidèles puissent voir « en particulier » combien les souffrances de Paul sont persuasives : c'est le séjour de Paul à Philippes. Mais comment il abat à ses pieds l'impérieuse majesté de Rome ; comment, dans celte même Rome, il affermit à l'avance, par son
h des martyrs qui te suivi mpire spi-
rituel futur, plus illusi: -. dous ii«' le
en.
(me point est traité brièvement, comme il arrive souvent i : I le mouvement du discours,
[u'il approche de la fin. Il n'y faut iir un défaut décomposition: la forme du discours chez
et la parole vivant-' développe, transforme !•■ I I Comment Paul sait porter
i les pli tageant, pourquoi il veut
- - -x plus bumbles en travaillant de ses main-, il
pli.ju»- pourtant avec une précision assez forte. Nous pénétrons
••m tout ardent des tlammes de la charité
: sur un éloquent appel à la charité que se
L'Hôpital général.
La théorie de l'éloquence sacrée dans les Sermons. — Le sermon sur << la Parole de Dieu » et sur « lu Prédication c\ an^cliqiic ».
11 esl peu d>- di. cours, panégyrique ou sermon, appartenant
t 1 i le Bossuet, où n'apparaisse, pins ou moins ma-
e, plus ou moins voilée, cette préoccupation de rendre à
; tence de la chaire sa force, en lui rendant la simplicité
rite. Dès : ietz, dans un sermon de véture, il
lit: « .N'attende/, pas de moi tous ces ornementa de la
tique moderne, Prie/, seulement cet Esprit qui souffi
il vent qu'il veuille répandre sur mes es deux beaux
ornements de l'éloq étienne : la simplicité et
mil dans un -ci mon de La mena de tous Les saints :
té"? quelle image nous en donnezielle Forme paraît-elle aux h
a» tout corporellement : noua voulons lo
mjourd'ljui yeux ipùi-
fMeis ei atani m fond de ioire âme; les détourner
priment, el ité t iule pure .' Tentom .
Ce peut être dans mes paroles : nullement, n»1 le croyez pas. Car je moi-même? Sans doute dans une lumière intérieure qui me :
si là aussi que vous la voyez... Je vous parle, je tous excite
votre attention; mais il y a une voix secrète de la vérité qui me parle intérieurement, et la même vous parle aussi. S-d^n la sai:e dispensation du ministère ecclésiastique, les uns sont prédicateurs, elles autres sont auditeurs: selon l'ordre de cette occulte inspiration delà vérité, tous sont auditeurs, tous sont disciples : si bien qu'à ne regarder que l'extérieur, je parle, et vous écoutez; mais au dedans, dans le fond du cœur, el vous et moi écoul >ïi s la vérité qui nous parle et qui nous enseigne.
C'est pourquoi alors même que, comme dans le sermon sur les Démons (1660), la vérité pourrait a isém entre vêtir une forme particulière et pittoresque, il n'y cherche, il n'en veut faire voir que ce qu'elle a de général. « Comme j'espère que Dieu me fera la grâce de traiter ces choses, non par des questions curieuses, mais par une doctrine solidement chrétienne, il ne sera pas malaisé d'en tirer une instruction importante. » Partout il se montre uniquement soucieux, non de charmer les esprits, mais d'ouvrir les âmes « par cette clef admirable de la parole divine à laquelle rien n'est fermé1 ». Mais c'est surtout dans les sermons sur la Parole de Dieu prêché aux Carmélites (2e dimanche du carême de 1661), et sur la Prédication évangélique, prêché devant la cour le 1er dimanche du carême de 1662, que Bossuet a donné avec ampleur et mesure la théorie de son art, car c'était un art, qu'il le voulût ou non, mais un art spontané, s'il est permis de parler ainsi, et qui, conscient ou non de ses ressources, se subordonne sans effort à l'expression de la vérité.
Le mot de saint Mathieu qui est le texte du premier discours contient en germe tout le développement-: Hic est fllius meus dUectus, in quo mihi bene complacui: ipsum audite. « Celui-ci est mon fils bien-aimé dans lequel je me suis plu : écoutez-le. » Cet ipsum audite sera la conclusion du sermon, comme il en est le point de départ. On le trouve cité ou développé en plus d'un autre sermon, par exemple dans le sermon sur les Fondements de la religion : « 0 Seigneur, parlez vous-même dans cette chaire : vous seul avez le droit d'y parler, et jamais on n'y doit entendre que votre parole. » Dans ce même sermon, Bossuet s'applique, nous apprend-il, à suivie l'Ecriture « de mot à mot et de parole à parole », car « il ne faut pas que l'homme parle » et contrefasse la voix de Dieu. « La source vive d'où il
1. Premier sermon pour la fête de tous les saints, prêché à Metz.
COnt> DE LITTERATURE
s • tus. ilit Gand m e expliquée
! s ' les attaques sonl plus directes »'t
[tie partout ailleurs contre ces prédicateurs qui font undivei tissement et un jeu du ['lu- prave, du plus important, du emploi de 1 Église, mais aussi contre les audii veulent qu'on leur ad < - vérités chrétiennes
ou que, pour les - » on y mêle les inventions de
:.i humain ». Lui, au contraire, il ne craint pas de partir du dogme h d'y revenir : tout ce sermon a principalement pour but «!>• marquer le rapport - que le prédicateur a dé-
couvert ••!;!!-• deux mystères, celui de l'eucharistie et celui de
- ilement nécessaires au chré-
de lui. Mais du développement théolo-
loppemenl .1 la fois théorique et pratique
>ur ce qui ■ la rentable éloquence telle que l'admet
s-ChrisL
Lei -'-ment des paroles ; l'i-
\ gagné quelqueiblance du : réi ité; et
vent rechercher, : les brillants q ni une harmonie qui i ni des mouvements qui chatouillent, ma - qui percent, un tonnerre . tin foudre qui I .rs.
Que - avoir maintenant quelle pari peul donc avoir L'élo-
- in vous dira qu'il ne lui est
mis d'y paraître qu'à ! i - pientiam de domo sua, U
est, pectore sapienlis, procedere intellipas et tanquam inseparabilem famulum, eliam
itam, tequi eloquentioM. Il y a ici un ordre à garder: la sagesse mur-
theienanl, amm'. la ma I \uence t'avance- après, comme la suivante1.
- :nt Augus- ' Il veut dire que l'éloq [uelque plnc dans 1 - nrétiens, ne doit
pas être recherchée avec tro[i d'étude. // [nul qu'elle semble tenir comme d'elle-
attirée par la grandeur aU pour ternir d'interprète a la se
qui pu irs. qui doit parler d
; Père qu'il nous ordonne aujourd'hui d'entendre? Ainsi le ;
celui qui frit parler Jésus-Christ. Mais il ne lui fait pas tenir un la d'homme, il craint de donner un <■■ : à sa vérité éternelle :
.! en emprunte : - termes
enl pour fortifie! .\\v si.n discours.
il ne cherche qne • el les sentf-
nements de l'élo-
quand il l<-s rencontre en passant el qu'il lc> voit fleurir devant lui
par la iffectent-ils
un fragment rit.- de l' oraison funèbre du
pas de s'en trop parer, et tout appareil lui est bon pourvu qu'il soit un miroir où Jésus-Christ paraisse en vérité, un canal d'où sortent en leur pu: eaux vives de son Évangile.
Mais s'il est encore trop de prédicateurs profanes, la faute n'en est-elle pas aussi à ces trop profanes auditeurs « qui détournent leur oreille de la vérité et qui demandent des fables et d'agréables rêveries » ? « C'est aux auditeurs de faire les prédicateurs... ; ce sont les auditeurs fidèles qui font les prédicateurs évangéliques. Aimez donc la vérité, chrétiens, et elle vous sera annoncée; souhaitez d'enlendre parler Jésus-Christ, et il fera résonner sa voix jusqu'aux oreilles de votre cœur. »
La parole de Dieu, comme l'eucharistie, doit aller au cœur de l'auditeur. 11 faut donc, pour l'entendre, lui prêter l'oreille du dedans; car, « outre le son qui frappe l'oreille, il y a une voix secrète qui parle intérieurement, et ce discours spirituel et intérieur, c'est la véritable prédication, sans laquelle tout ce que disent les hommes ne sera qu'un bruit inutile... On parie dans la chaire, la prédication se fait dans le cœur. » Combien peu d'auditeurs écoutent les prédicateurs autrement que pour les comparer aux autres et à eux-mêmes ? « Comme si la chaire était un théâtre où l'on monte pour disputer le prix du bien dire î... Pour être attentif à la parole de l'Evangile, il ne faut pas ramasser son attention au lieu où se mesurent les périodes, mais au lieu où se règlent les mœurs. » Si on lui prête cette attention chrétienne, on verra « partir quelquefois comme un trait de flamme » qui pénétrera jusqu'à la moelle du cœur. Dans l'esprit de Bossuet, ce second point avait au moins autant d'importance que le premier, car il s'adressait à ces auditeurs frivoles que le premier devoir du prédicateur est de préparer à comprendre, à recevoir, à aimer la vérité. Mais l'intérêt, pour nous, est moindre. Il se ravive dans la première partie du troisième point, où Bossuet se demande à quoi l'on peut reconnaître que la parole de Dieu a produit tout son effet sur nous, et répond que c'est au changement des mœurs. S'emparant adroitement du mot de saint Jean Chrysostome sur les auditeurs qui écoutent les discours ecclésiastiques « de même que si c'était une comédie », il parle des plaisirs du théâtre avec la même sévérité au fond, mais, avec moins de rudesse dans la forme, qu'il n'en parlera trente- trois ans après, dans les Maximes et Réflexions sur la comédie.
Il y a des spectacles qui n'ont pour objet que le divertissement de Fesprit,
- - ! i- du
- qu'oo
- ne lui sur le Ihéàtre • ! sans êti
que le coeur
• . :. il •'-( tnuis-
ui au fond sonl indifférentes. Mai-
-'.qu'ils
s, cette
t que des images et dea
.mi lui-même, qui pro-
- véritables : tant il esl
ai-é i nous-mt
Ce : théâtre, c'est par les <• œu ■
- îles que nous saurons avec assurancesi nous sommes vraiment e seignés I ir écouter Jésus-Christ, con-
clut Bossuet, il laut accomplir sa sainte parole: il ne parle pas plaire, mais pour nous édiûer dans nos consciences. Iln'établil pas des dis pour être 1"- ministres delà
site publique ; c'est pour affermir le règne de sa véi ité.
Le n'est, en plusieurs
. que le sermon nti la Parole de Dieu repris et
tns le détail. Mais il esl prêché devant la cour, et le
ton n'est plus le même, ni, à certains égards, le point oV vue.
nt lici «1- commis par Dieu à la
l'Évangile, r-es illustres abandonnées.
ir cela que ces chaires ont été tuprès des
autels, afin que, pendant que la vérité est si hardiment déchi-
les mondains, il y ait du moins quelque
. parle en sa Là "ncore sont attaqués ces
.♦'•nt la prédication « ou comme un enti
indifférent, par coutume et par com] i tout au plus
comme un entretiei g •• qui ne fail que chatouiller les
oreilles pai la douceur d'un plaisir qui passe . i.
inné avec une énergique éloquence • que la parole
[ui nous esl de la part de Dieu, n'est pas
mais un instrument de la <:ràce ».
i yeux fixés sur la cour,
sur le roi lui-même, a qui il s'adresse en finissant avec une
arole. 0 l>. quel lieu je
|u'il y faut dire. Donnez-nu :
i; donnez-moi des paroles efficaces, puissantes; donnez-mot la prudence; donnez-moi la force; donnez-moi la circonspection; donnez-moi la simplicité. Vous savez, ô Dieu vivant, que le zr'le ardent qui m'anime pour le service de mon roi me fait tenir à bonheur d'annoncer votre Évangile à ce grand monarque, grand véritablement, et digne par la grandeur de son âme de n'entendre que de grandes choses, qu'on ne lui inspire que de grands desseins pour son salut; digne, par l'amour qu'il a pour la vérité, de n'être jamais déçu. Sire, c'est Dieu qui doit parler dans cette chaire : qu'il fasse donc par son Saint- Esprit, car c'est lui seul qui peut faire un si grand ouvrage, que l'homme n'y paraisse pas, afin que Dieu y parle tout seul par la pureté de son Évangile...
C'est l'application de la théorie à la conduite du prédicateur. Dans la théorie comme dans la pratique, Bossuet est resté fidèle à lui-même :
Prêtez l'oreille, ô mortels, et apprenez de votre Dieu même les secrets par lesquels il vous gouverne; car c'est lui qui vous enseignera dans cette chaire, et je n'entreprends aujourd'hui d'expliquer ses conseils profond-, qu'autant que je serai éclairé par ses oracles infaillibles. (Sermon sur la Providence, 1662.)
Tout se fait par une secrète vertu qui persuade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant qu'elle captive les entendements; vertu qui, venant du Ciel, sait se conserver tout entière dans la bassesse familière de leurs expressions, et dans la simplicité d'un style qui parait vulgaire... (Sermon sur la Divinité de la religion, 1665.)
Répandons dans nos discours le baume de la piété', et, au lieu de ces finesses dont le monde est las, la vive et majestueuse simplicité, les douces promesses, Tonction céleste de l'Évangile. (Troisième Sermon pour la Circoncision, 16S7.)
Jusque dans les Méditations sur l'Évangile, il y insistera: « Avant de monter dans la chaire, s'y écriera-t-il, écoutons au dedans le Maître céleste, et ne prêchons que ce qu'il nous dicte. » Nulle part cependant on ne voit qu'il exclue l'éloquence de la prédication chrétienne; il lui attribue seulement un rôle subordonné. Dans le Panégyrique de saint Paul, qui n'est, au fond, dans sa partie essentielle, qu'une antithèse entre l'éloquence païenne et l'éloquence chrétienne, il a pu exagérer les termes pour mieux faire ressortir l'opposition; mais la vraie doctrine est très clairement exposée dans le Sermon sur la Parole de Dieu, où Bossuet exige seulement que l'éloquence ne soit pas poursuivie « avec trop d'étude ».
li iaetrlae rellgiease. La philosophie cl la foi: les haerédalea. Le dogaae fondamental : sermon* sur la i»r<>\ Meaee*
ir invisible qui sollicite les cœurs de se
m i parie par la bouche de l'orateur sacré, quelle
le doil être la circonspection de son
intei • es les questions curieuses, il doit tout
Lidemenl chrétienne » , pour en
lirer une instructi m importante Démons), c'est-à-dire établir
d'abord fermement le dogme, d'où fleurira d'elle-même la
île. D'autres prédicateurs parlent du dogme, mais le
c'est qu'ils n'en voient pas tout* g non seulement religieuses, mais oratoires. Pour >u plus souvent pour dissimuler les rigueurs de ut de leur propre fonds cent choses éloquente ou piquantes, au risque d'être infidèles avec esprit à Lrine orthodoxe. Il dédaigne, lui, ces coquetteries : «Je irderai de rien avancer de mon propre sens. On n'entendra de ma bouche que les oracles de l'Écriture ». [De\ m
- dans la chaire de Jésus-Christ et desapôtres, s'il allait
[ue erreur aux fidèles qui l'écoutent!... « Ah!
P • ni » à foi le la Vallière.) Sa force, il
t, lui viei .", qui n'admet pas qui ne
même pas le doute. Pour convaincre, il faut tout
d'abi ■ nvaincu ; aucun prédicateur n'a affirmé, imposé
bile et de candeur que Bossuet;
aucun n'a plus multiplié les formules tranquillement impérieu-
ne vérité très constante... C'est une chose assu-
Aussi ne s'abaisse-tr-il pas à prouver ce qu'il faut
croire : il --t mieux séant à la dignité de la chai suppo-
mme indubitables les maximes de l'Évangile que de les
lisonnement ». Amour des plaisirs.) Que nous
renient les phi Lte pauvre philosophie, aveugle qui
conduit <J gles? D ooles on forme des doutes,
mais on n'y prononce point de d ... Plus tôt on verra
le froid et le chaud cesser de se faire la guerre, que les philosophes convenir entre eux de la vérité de leurs dogmes ». C'est se commettre à un péril manifeste que de se fier à la seule raison humaine, si variable et si chancelante. La divine éloquence de Platon, la subtilité de raisonnement d'Aristole, les superbes opinions de Sénèque, que sont -elles auprès de la simplicité de Jésus, qui a des paroles de vie éternelle? (Lot de Dieu.)
Sur les contradictions et les erreurs des philosophes, sur l'impuissance de la raison humaine à tout expliquer, l'éloquence de Bossuet ne tarit pas. Mais ce développement est commun à la plupart des prédicateurs chrétiens : ce qui est propre à Bossuet, c'est la mesure avec laquelle il le traite. Il sait et dit que la philosophie « a conservé de belles règles et qu'elle a sauvé de beaux restes du débris des connaissances humaines > Divinité de la religion)\ qu'au-dessus des choses insensibles Dieu a établi le sentiment, et au-dessus du sentiment la raison, c>ont la vigueur immortelle n'est affaiblie que par son union avec le corps; que ce qui nous parait quelquefois de si subtil et de si inventif chez les animaux, n'est qu'une ombre des opérations immortelles de l'intelligence des hommes [Démon s ; contre Montaigne et contre ceux qui se rient du vain orgueil de l'homme, et nous égalent aux bêles, il défend ce qu'il y a en nous de divin : « Connaître une première nature, adorer son éternité, admirer sa toute-puissance, louer sa sagesse, s'abandonner à sa providence, obéir à sa volonté, n'est-ce rien qui nous distingue des bêles? » [Pour la fête de tous les saints.) Par où l'homme est petit, certes, il le voit, et le fait voir sans complaisance :
Malgré la bassesse et la pauvreté où le péché nous réduit, le cœur de l'homme étant destiné pour posséder un bien immense, quoique la liaison qui l'y tenait attaché soit rompue, il en reste toujours en lui quelque impression qui fait qu'il cherche sans cesse quelque ombre d'infinité. L'homme, pauvre et indigent au dedans, tiche de s'enrichir et de s'agrandir comme ii peut; et comme il ne lui est pas possible de rien ajouter à sa taille et à sa grandeur naturelle, il s'applique ce qu'il peut par le dehors. Il pense qu'il s'incorpore, si vous me permettez de parler ainsi, tout ce qu'il amasse, tout ce qu'il acquiert, tout ce qu'il gagne. Il s'imagine croître lui-même avec son train qu'il augmente, avec ses appartements qu'il rehausse, avec son domaine qu'il étend. Aussi, à voir comme il marche, vous diriez que la terre ne le contient plus; et, sa fortune enfermant en soi tant de fortunes particulières, il ne peut plus se compter pour un seul homme.
Et en effet, pensez-vous, Messieurs, que cette femme vaine et ambitieuse puisse se renfermer en elle-même, elle qui a non seulement en sa puissance,
d'une infinité de
: ; autourdc - - patri-
. . i qui lâche
multiplier d
s, ministn de tant de • ml qu'il lui plaira, il ne faut | mort. Mais il n'y ;
infini que notre vanité s'imagine, il ne s'avise jamais . qui seul néanra sure au Jusl
Mais il voit aussi par où l'homme est grand, et il ne veut pas
lui permettre de se mépriser tout entier. Il ne prend pas. comme
.;, un plaisir amer à l'humilier, et pourtant il se pose
-cal, et presque dans Les mêmes
termes. M entre les P< t et le sermon
pour de toi de M!le de la Vallière!
. ■ que i'homm ' Est-ce un prodige? est-ce un com- ^ogé H îompatibles'? ou bien est-ce une énigme inex-
ms expliqué l'énigme. Ce qu'il y - un reste de sa première institution; ce qu'il y a de — rti avec ses premiers principes, c'est le malheur» . .-fiute. Il ressemble à un édifice ruiné, qui dans ses maire encore quelque chose de la beauté et de la grandeur m origine sur la connaissance de Dieu et il est tombé en ruine ; le comb] abath. - le fondement. Mais qu'on ren trouvera dans les restes de ce bâtiment renversé et les , l'idée du premb ' la mai que de l'archi-
1. : .me de la chut.- n'est pas foilé; mais de sa chute l'homme peul se relevei par la grâce, el la grâce, telle que Bos- \ conçoit et la définit, n*est pas la p tnséoiste. Pour
! suftit à»- vouloir fermement l'élre : « oui cherfoi ne manque jamais de le trouver. » Ceux qui ii" cherchent pas de bonne foi, ce sont ces libertins dont [ue tons les sermons de Bossuel dénoncent l'audace crois- . qui par leurs attitudes dédaigneuses, par le scandale de - murmures ou de leurs rires, troublent jusqu'à la paix des endant que la parole de Dieu s'j fait entendre.
. :r;ii-je toujours*' iai-je toujours dan- le mon
seils de Dieu, qui, tout plongés qu'ils sont dans les choses basses, se mêlent de décider hardiment des plus relevées? Profanes et corrompus, lesquels, comme dit saint Jude, « blasphèment ce qu'ilsignorent,et se corrompent dans ce qu'ils connaissent naturellement ». 0 Dieu! les vcrrai-je toujours triompher dans les compagnies, et empoisonner les esprits par leurs railleries sacrilèges"?
Mais, hommes doctes et curieux, si vous voulez discuter la religion, apportez-y du moins et la gravité et le poids que la matière demande. Ne faites point les plaisants mal à propos, dans des choses si sérieuses et si vénérables. Ces importantes questions ne se décident pas par vos demi-mots et par vos branlements de tête, par ces fines railleries dont vous nous vantez la délicatesse et par ce dédaigneux souris L
Or, à quel dogme religieux s'en prennent de préférence les libertins? Précisément à celui qui est, aux yeux de Bossuet, le dogme fondamental, au dogme de la Providence. Ils disent ouvertement « que les choses vont au hasard età l'aventure, sans ordre, sans gouvernement, sans conduite supérieure ». [Sur la vigilance, 1665.) Cette grande idée de la Providence divine présidant éternellement à la conduite des choses humaines, Bossuet n'avait pas besoin de l'emprunter à saint Augustin, elle devait s'imposer à un esprit avide d'unité. Elle dominera le Discours sur l'histoire universelle, mais elle domine déjà le Sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu, prêché à Metz en 1651, et la seconde partie du Discours ne sera, en certains endroits, que le développement de ce sermon de jeunesse. Peu après, en 1656, Bossuet prêchait à Dijon, sa patrie, devant le duc d'Épernon, gouverneur de la Bourgogne, son premier sermon sur la Providence, sur ce texte, emprunté à saint Jean : Mundus gaudebit, vos autem contristabimini, sed tristitia vestra vertetur in gaudium. Le monde, ce sont ces incrédules qui manquent au respect dû à Dieu.
De toutes ses perfections infinies, celle qui a été exposée à des contradictions plus opiniâtres, c'est sans doute cette Providence éternelle qui gouverne les choses humaines. Rien n'a paru plus insupportable à l'arrogance des libertins, que de se voir continuellement observée par cet œil toujours veillant de la Providence divine; il leur a paru, à ces libertins, que c'était une contrainte importune de reconnaître qu'il y eut au ciel une force supérieure qui gouvernât tous nos mouvements.
Ils se réjouissent, mais leur joie sera trompeuse. Les fidèles
i. Sermon sur la Divinité de la religion. Voir aussi les sermons sur le Respect dû à la vérité, à la parole de Jésus-Christ, sur la Prédication évangélique. sur les Effets de la résurrection de Jésus-Christ, pour le jour de Pâques, sur la Vigilance, etc.
s'attristent, mais leur tristesse Jeu t cette tris-
3 troig parties du texte forment Les rmon. Mais la composition de ce u dénoti un.' certaine inexpérience. Bossuet y
ien le dessein de défendre la Providence contre les - berlins; il prou sse antique
D'expliqué r i»*n , qui ritures seules expliquent tout, [ci
. le Dû tirs sur l'histo - est en germe, par
Dieu, prenanl la parole, explique aux hommes pourquoi ilaabandonné aux Grecs, puis aux Romains, l'empire du monde, tandis qu'en un coin de l'Asie est peuple qui li M lis le développement essen-
mpu çà et là par des développements incidents, ibtils el même scolastiqu"<. La seconde partie est remplie par une curieuse dissertation sur les trois causes des afflictions qui peuvent nous éprouver et sur les trois sortes (1 utilité que nous pouvons tirer de ces épreuves en vue du sa- 3i bien qu'on pourrait donner à ce premier sermon le titre d'uni iphiqne de Cicéron, de Finibus bonorum et
tint. La méthode n'est pas moins incertaine que le plan : est plutôt affirmée que prouvée; au lieu de s'élever du spectacle de L'ordre du monde à l'idée d'une Providence, Providence, mise hors de discussion, que Bossuet ntre l'ordre du monde. La composition et la méthode du second sermon 1661 . prêché au Louvre, sont très supérieures. par le désordre même qui règne trop souvent dans les •• mond tsuet établit l'existence nécessaire
d'un ordre suprême. Ht, cette fois, le discours tout entier découle d'un texte très clair : FM. recordare quia recepUti bona , La: tùniliter mala; nunc autem hic consolatur, Mon fils, souviens-toi que tu as reçu du u ta vie, et que Lazare n'y a reçu que du mal; c'est pourquoi il est maintenant dans la consolation, et toi dans les tour- D'oû nait une division très nette : quels sont les ressoi - mouvements de la céleste politique qui régit
tonte la nature? — avec quels sentiments devons-nous accepter
- . siue :'■ la Providence divine, et ils ne trouvent elle que La distribution des biens et des maux, qui ucune distinction entn mécban queletimp nchent comme dans leur fortei
irnpr' :. le là qu'ils jettent hardiment des traits contre la sagesse
qui régit le monde, se persuadant faussement que le désordre apparent choses humaines rend témoignage contre elle. Assemblons-nous, chrétiens, pour combattre les ennemis du Dieu vivant. Non contents de leur faire voir que cette inégale dispensation des biens et des maux du monde ne nuit en rien à la Providence, montrons au contraire qu'elle l'établit. Prouvons, par le désordre même, qu'il y a un ordre supérieur qui rappelle tout à soi par une loi immuable.
Dans le premier point, Bossuet s'allache à prouver « qu'un conseil éternel et immuable se cache parmi tous ces événements que le temps semble déployer avec une si étrange incertitude », et que la confusion apparente des atfaires du monde nous révèle « un art caché » qui les dirige; de sorte que toutes les inégalités se rectifient si l'on sait rencontrer le point par où il faut regarder les choses, et qu'on ne voit que sagesse là où l'on n'imaginait que désordre. En quoi consiste donc le mystère du conseil de Dieu, la grande maxime d'État de la politique du ciel? C'est que Dieu veut que nous vivions au milieu du temps dans une attente perpétuelle de l'éternité. C'est à dessein qu'il laisse quelque désordre apparent dans un monde si admirablement ordonné pour l'ensemble : il veut nous faire comprendre qu'il n'y a pas mis encore la dernière main, nous tenir toujours en attente du grand jour de l'éternité, où il mettra, par un jugement décisif, la justice et l'impiété dans les places qui leur sont dues. Ici se déroule un beau tableau de 1' « économie » de l'univers. On y trouve des traits d'une poésie toute racinienne. « Cette puissance suprême qui a construit le monde... a fait ces grands arbres des forêts, qui subsistent des siècles entiers; elle a fait les Heurs des champs, qui se passent du matin au soir... Depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites créatures, sa Providence se répand'partout. Elle nourrit les petits oiseaux, qui l'invoquent dès le matin par la mélodie de leurs chants ; et ces fleurs dont la beauté est sitôt flétrie, elle les habille si superbement durant ce petit moment de leurêtre, que Salomon, dans toute sa gloire, n'a rien de comparable à cet ornement. » Et il aurait oublié l'homme qu'il a fait à son image! Quelle folie de le croire !
Que s'il vous parait quelque désordre, s'il vous semble que la récompense court trop lentement à la vertu, et que la peine ne poursuit pas d'assez près le vice, songez à l'éternité de ce premier être: ses desseins, conçus dans le sein immense de cette immuable éternité, ne dépendent ni des années ni des siècles, qu'il voit passer devant lui comme des moments, et il faut la durée entière du monde pour développer tout à fait les ordres d'une sagesse si profonde. Et nous, mortels misérables, nous voudrions, en nos jours qui pas-
: plies '. Parce qui . ii"ti- voudrions que l'infini s, et qu'il déployât en si peu d'espace el tout ce que sa justice gir l'Etern réduii noti mi sm ..lue.
nnons qu'il fasse souvenl du bien aux méchants el laisse souffri ds maux aux justes. Mais il y a deux
de maux: lc> biens el les maux mi I qui participent à la Fois de la nature du bien el du mal, el qui loui bent .1 l*un ou à l'auti e, suivant l'usage que nous en faisons : fortui Ijeur, Dieu les donne indifféremment à tous
• I les vrai- maux, la félicité éter-
oels supplices des réprouvés, il ne les
uje qu'a; fait le discernement des bons et des
1e sont pas encore ce qu'elle- doivent
mais el • - t an jour : la peine alor- ne sera plus
- coupable •■ qui elle est due, ni la consolation refusée
au juste qui l'a espc
ad point, plus brièvement traité, Bossuet nous
I l'application » que nous devons faire de la
qu'il a ex - N id mirons rien des choses d'ici-bas, ne
gnons lit-ii à>- tout termine en la vie présente;
as disting s méprisables que Dieu donne
biens précieux qu'il garde pour
amuniquer qu1 surs. Pour prouver combien
sont vaincs ces grandeurs du moud-' que Dieu laisse si volontiers
aux /: mpies, I*- >ss tel reprend l'exemple du peuple juif
ovironné des superbes monarchies
infidèles : il y ajoute un exemple qui touche
•••lui du sultan, descendant de
Mahomet, qui est ass - sur le Lrônedu grand Constantin, qui
abat - — 1 1 1 L la croix de Jésus-Christ, et dont les
minent tous les jouir, la chrétienté. ÎJe ces triomphes
d'un jour, superbe néant », Dieu fait bien peu de cas. Les
empires, les monai il leur grandeur relative : Bossuet
1 nt Louis XIV, et lui rend en passant un hommage
paume terrestre qu'ils possèdent seuls, les
ste où leurs suront leurs égaux.
ji qui s'attache immuablement à la cause première et
fondamentale, à Dieu, à sa volonté, à sa providence si \ qui enferme dans ses desseins toutes les causes et tous les fets, reçoit la prospérité avec une modestie reconnaissante et honore celui d'où lui vient sa fortune, en la partageant avec les misérables; dans l'adversité il ne désespère jamais, parce que jamais il n*est sans ressource, ayant pour le soutenir l'espérance du royaume de Dieu. Les prospérités et les adversités des autres lui sont une leçon fortifiante; il n'est plus blessé du bonheur apparent des criminels.
S'ils prospèrent visiblement, et que leur bonne fortune semble faire rougir sur la terre l'espérance d'un homme de bien, il regarde le revers de la main de Dieu, et il entend avec foi comme une voix céleste qui dit aux méchants fortunés qui méprisent le juste opprimé : « O herbe terrestre, ô herbe rampante, oses-tu bien te comparer à l'arbre fruitier pendant la rigueur de l'hiver, sous prétexte qu'il a perdu sa verdure, et que tu conserves la tienne durant cette froide saison? Viendra le temps de l'été, viendra l'ardeur du grand jugement qui te desséchera jusqu'à la racine, et fera germer les fruits immortels des arbres que la patience aura cultivés. » Telles sont les saintes pensées qu'inspire la foi de la Providence.
Les grandes idées morales : la vie et la niort.
C'est sur ce dogme essentiel que sont appuyées toutes les grandes vérités morales que Bossuet enseigne. Entre les idées morales et les dogmes religieux, chez lui, on ne pourrait établir qu'une distinction factice, tant ils sont étroitement unis dans sa pensée et dans ses écrits. On a pu faire une étude particulière de Bossuet moraliste', et certes peu de moralistes sont plus pénétrants; mais il se fût offensé d'être admiré ainsi : ses observations morales les plus profondes ou les plus hardies, ses développements moraux les plus amples, font corps avec sa doctrine1. Dans le sermon sur la Divinité de la religion, après avoir énuméré et vanté les lois morales auxquelles Dieu a soumis la société et la famille, il s'écrie :
1. On pourrait cependant détacher des sermons jusqu'à des maximes toutes faites : « Il y a un certain art innocent de relever le priv de ce que l'on donne, par la manière et les circonstances. [Éminente dignité des pauvres.) — 11 y aune certaine intégrité de l'âme et de la vertu qui appréhende d'être violée par les louanges. » (Honneur.) — Chaque âge a sa passion dominante : le plaisir cède à l'ambition, et l'ambition cède à l'avarice. » (Ardeur de la Pénitence.)
COURS DI UTTÉRÀTI ;
au nat immortelle beauté -\<> la m. .rai.' chré-
une beauté ttrère, je l -. qu'elle
Mais au fond . quelle politique plus humain qui contredit de si saintea institutions i lui qu ' mœurs me prouvent la foi.
; chose* tellement connex utilement i e» de les séparer.
delà morale chrétienne, il n'essaye pas de l'atténuer. Oi marquer pourtant que la morale de Bossu-'t, pd un peu lit adoucie avec le temps : c'est la nondaine qu'il combattait surtout d'abord; -•Mi.- le rigorisme qu'il se tourna ensuite. Le péril s'était dépla z rien de bon de ceux qui outrent la ver lu. V Ceux-là ferment les portes du ciel dont la dureté rend la vertu sèche »-t odieuse. » (Élévations.) Il est
- s . la connaissance du
mon : [uentation de la cour, l'ont incliné peu à peu vers
l'indu . 3 il ri»- faudrait pas exagérer cette vue, ni
B ssu( f. i i goure use d'abord, soit devenue complaisante sur la lin. Sa première rigueur n'a rien de -on indulgence n'aura rien qui sente la mollesse. au contraire, par la suite, la fermeté et l'égalité qu'elle tnde. B ssnel ne jette pas un regard amèrement ette grande comédie du monde » Impénitence . qu'il a pourtant ! servei . 11 sait que les pas-
sions et le> inl< leux grands ressorts de la lie hu-
maine; il va jusqu'à proclamer l'intérêt monarque absolu de la cour et du moi:
O droit! ô bonni appelle à l>}moin contre l'in-
justice des fa ris je tous appelle en vain : » [ne plus
parmi nous que d .peux, el l'intérêt est devenu noir
de justice.
Intel le la cour, plus décrié, elle
plus ii. -. tu trompes a ae 'lu monde
- Qui ne devient
• toi, qui ne tombe pas d
rmon sui . prêché à Saint-Germain
en 1666, prend tonte sa signification si l'on songe que l'année
Lient de paraître et que Bossue!,
en y faisant une allusion assez claire, ne songe pas à les contredire, appuie au contraire sur la « corruption presque universelle que l'intérêt a faite dans le monde », et cela devant la cour, où la bonne foi, dit-il, « n'est plus qu'une vertu de commerce »; ce qui prouve-tout au moins que l'air de la cour n'a pas amolli son énergie. Dans les sermons de Metz surtout, il y a çà et là quelques duretés : par exemple, on peut juger que le ton du développement sur les bacchanales du carnaval, dans le sermon sur la Loi de Dieu, est un peu bien solennel : « 0 jours vraiment infâmes et qui méritaient d'être ôlés du rôle des autres jours! jours qui ne seront jamais assez expiés par une pénitence de toute la vie...» Mais il va dans ce même sermon un développement consolant sur l'espérance que Dieu nous adonnée comme pour charmer nos maux et tempérer par quelque douceur l'amertume de cette vie, et l'on peut dire que, prise dans son ensemble, la morale de Bossuet est celle de l'espérance plutôt que celle de la terreur.
Sans doute, au fond de tout sermon nous retrouverions la double ou plutôt l'unique pensée qui fait le fond de toute oraison funèbre : l'homme est peu de chose, considéré du côté du monde; la vie humaine n'est bonne que comme préparation à la mort, qui ouvre l'accès de la véritable vie. Mais, pas plus dans le sermon que dans l'oraison funèbre, Bossuet ne permet à l'homme de se mépriser tout entier. Alors même qu'il dévoile sans pitié la vanité des ambitions humaines, il est d'autant plus fort qu'il n'abuse pas de sa force pour tout anéantir. Il a prêché trois fois sur l'Ambition : aux Carmélites (1661), au Louvre (1662; c'est le sermon classique), à Saint-Germain (1665), c'est-à-dire deux fois devant la cour, et « ce n'est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la cour... C'est vouloir en quelque sorte déserter la cour (la rendre déserte) que de combattre l'ambition, quiestl'àme de ceux qui la suivent, et il pourrait même sembler que c'est ravaler quelque chose de la majesté des princes, que de décrier les présents de la fortune, dont ils sont les dispensateurs » ; mais, s'il prend ses précautions pour ne pas blesser « la cour la plus auguste du monde », il n'en fait pas moins parler hautement l'Evangile contre la fortune, et prouve, sans complaisance comme sans âpreté, que la fortune est toujours méprisable, « non seulement quand elle ôte, mais même quand elle donne; non seulement quand elle change, mais même quand elle demeure ». Résolument, et comme s'il avait hâte de ruiner notre orgueil en ce