‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 37 sur 228 · I. II. ch. xii · texte numérisé non relu

I. II. ch. xii

paroles devaient être circonspectes. Il écrivait à l'abbé Dirois, lo 10 novembre 1081 : « Je crois que la vérité se peul dire hautement partout, pourvu que la discrétion tempère le discours et que la charité l'anime. » Il s'était promis de parler avec le respect d'un sujet, mais aussi avec cette fermeté d'un prédicateur de l'Evangile « qui, bien loin de s'abaisser devant les monarques du monde, y doit paraître avec plus de force ». [Panêgyriquei de sainte Thérèse et de saint Joseph.) Put-il tenir cette promesse aussi pleinement qu'il l'eût voulu? Il lui eut été difficile, en face d'un roi victorieux, de condamner les conquérants avec la sévérité un peu brutale qui ne déplaît pas dans un sermon de Metz, sur la Bonté et la Rigueur de Dieu : « Et qu'est-ce à dire, à votre avis, parcourir les provinces par des victoires? n'est-ce pas porter partout le carnage et la pillerie? » Souvent, par la suite, il dut laisser parler à sa place ce prédicateur invisible qui se fait entendre dans le cœur des rois aussi bien que des autres hommes : « Il y a un Dieu dans le ciel, qui venge les péchés des rois. C'est lui qui veut que je vous parle ainsi, et, si Votre Majesté l'écoute, ce même Dieu lui dira dans le cœur ce que les hommes ne peuvent pas dire. » (Sur la Charité fraternelle, 1662.) A ce moment le roi, jeune, ami des plaisirs et des fêtes, n'avait guère le loisir ni le désir d'écouter parler Dieu. Il faut bien l'avouer, pendant une longue période, la plus éclatante du règne de Louis XIV, la parole de Dieu n'exerça qu'une action médiocrement efficace sur la conduite du prince et des courtisans qui tenaient à honneur d'imiter le prince. Les reproches directs eussent été déplacés peut-être; mais les allusions voilées étaient impuissantes. Il fallait se rabattre alors sur les thèmes généraux, l'ambition, l'intrigue, la flatterie, qui sont les fléaux des cours. Quand l'orateur, dans l'église ou dans les palais, quittait ce rôle de moraliste pour celui de conseiller, il lui arrivait d'être dupe de repentirs apparents ou passagers; mais il l'était toujours avec candeur, éloquence et majesté. Au reste, dans le beau sermon sur les Devoirs des rois (1662), il a laissé voir avec assez de netteté et de force comment il entendait cette mission difficile de directeur de la conscience des princes. La doctrine de ce sermon n'est pas antre que celle de la Politique tirée de l'Écriture sainte. Bossuet s'y approprie ce mot de David : « Vous êtes des dieux et vous êtes tous enfants du Très- Haut. » Il est vrai que ces dieux de chair et de sang mourront comme les autres hommes. N'importe, ils sont des dieux, et leur autorité ne meurt pas. « L'homme meurt, il est vrai; mais le

- DE LITTBRATDRB

mais : l'iiii - si imraor-

h ■ qui, pour affermir l'autorité,

la liberté loute justice et, pour entourer la

inviolable, rendrait Dieu lui-

i. fauteur de l'usurpation el com-

I l tyrannie, i Gandar. Quelle barrière Bossuet oppose-

i-il à : .' i ae seule : les rois ne doivent

leur permet : s... Béas qui régnent : qu'ils vous lu moins, puisqu'ils n'ont qu ulà crain :

aettemenl défini : c'est lem

devoir eu. exige » d'eux qu'ils se

dent i, les protecteurs de son autorité,

les fauteurs de sa discipline. Précisément le

remplit Louis XIV « est le seul de tout l'univers où,

n. jamais il ne s'est assis que des

princes enfants de l'Église. L'attachement de nos rois pour le

Baint-siège aposl ble leur avoir communiqué quel-

de la fermeté inébranlable de cette première pierre

sur laquelle l'Église est appuyée ». Louis XIII s'est rendu mé-

moral - int le pai li qu'avait formé l'bérésie ; il laisse

à son - de l'étouffer tout entière par un

jusU- ment de sévérité et de patience ». Ici encore

Gand - . Il ne faut peut-être pas prendre à

la lettre la prière adressée au roi d'exterminer les blasphè*

• . ce qui n'équivaut pas tout à fait à exterminer les blas-

pendant, quand Bossuet assigne au roi la

er la cabale des libertins, gardniaux

conditions ni aux personnes », il ajoute, avec une pré'

. qu'il faut i un cbàtiment rigoureux à une telle in-

solen' . Les : lis croient protégei L'Église; mais c'esl elle qui

D i religion (-t q ur, leur impose

-vis d'- l'hérésie celte politique menaçante ou oppn

que Bossuet appelle de ses vœux ou L'ioiili»* dans plusieurs de

ns.

ne une forte d'histoire morale de ce temps qu'on pourrait dégage] t. M. Rébelliau l'a

• bien des fois, »mpa -

lux mémoires et aux correspondances du temps, le reflet des affaires contemporaines, les principaux événements de cette époque, en effii I

: ibord lie horreurs de la guerre civile, que

LES SERMONS DE BOSSUET Tl

Bossuet observe de près, et qu'il déplore avec d'autant plus d'amertume que Condé vient de passer aux Espagnols.

La France, hélas ! notre commune pairie, agitée depuis si longtemps par une guerre étrangère, achève de se désoler par ses divisions intestines. Encore, parmi les Juifs, tous les deux partis conspiraient ;ï repousser l'ennemi commun, bien loin de vouloir se fortifier par son secours, ou y entretenir quelque intelligence : le moindre soupçon en était puni de mort sans rémission. Et nous, au contraire... Ah ! fidèles, n'achevons pas ; épargnons un peu notre honte.

La paix, enfin, est signée : dans le carême de 1660, prêché aux Minimes de la place Royale, Bossuet rend un hommage discret à Mazarin, qui l'a négociée, et le salue avec émotion : « Je ne brigue point de faveurs; je ne fais point ma cour dans la chaire, à Dieu ne plaise. Je suis Français et chrétien; je sens, je sens le bonheur public, et je décharge mon cœur devant mon Dieu sur le sujet de cette paix bienheureuse qui n'est pas moins le repos de l'Église que de l'État. » (Sur les Démons.) Condé rentre à Paris, et, à peine rentré, vient surprendre Bossuet, qui prêchait au même endroit sur ['Honneur du monde le dimanche des Rameaux de 1660. Dans le compliment improvisé qu'il lui adressa et qu'il prit soin de rédiger plus tard, Bossuet semble tracer au prince rentré en grâce une sorte de plan de la vie qui lui reste à vivre, et l'on a pu même y découvrir, avec un peu de bonne volonté, il est vrai, les idées essentielles que développera l'oraison funèbre de 1687. A la guerre civile succède la famine; le sermon sur YImpénitence finale (1662) nous donne un court mais émouvant tableau de ces misères nouvelles, tandis qu'un sermon de la même époque, le second sermon sur la Providence, nous montre les Turcs abattant sous le croissant la croix de Jésus-Christ, diminuant tous les jours la chrétienté par les succès de leurs armes. Le grand règne s'ouvre : ceux qui veulent faire leur fortune à la cour « par la voie détournée » {Providence), Fouquet, par exemple, voient leurs espérances s'en aller en fumée. Il faut plier devant la toute-puissance d'un seul. Les victoires, les paix glorieuses, sont saluées au passage; les progrès et les éclats des passions royales sont indiqués çà et là par des sous-entendus et des réticences, qui en laissent deviner plus qu'elles n'en disent, jusqu'au jour où la triste la Vallière porte aux Carmélites l'amer souvenir des « tristes jalousies du monde » (167o) jusqu'à celui, plus lointain encore, où l'on sent que M31*2 de Montespan va céder la place à Mme de Maintenon.

Mais s r n'ont leur écho qu'en

il<-- i 'ut dans la chair.',

s ' int d'années d'un p< - sermon pour le

jour de Pâques, sur les

nner au : ss ml . à une heui e dé ci si

. ou Lorsque, au nom d le du clergé de France, le 9 n ivembre, il pro- '■' le l'Église, qui •■st.

i l'a dit, i m qu'un acte. Dai

différend entre le p ipe et le roi l'atfaire .lit-- de la Régale n'en futqu ûrété préoccupé d'abord,

comme ou \>- voit par le Sermon du joui- d 3, de main-

sseur de Pierre, même en

l'un roi qui t.- (lui-même le plus zélé et

le i»! ,:ants de l'Église ». Puis, c'est du

qu'il inclinera, moins par esprit de courtisan que

pour préserver Louis XIV .-t Golbert du danger de leurs propres

t peut-être épargner un schisme à l'Église de

• i sent bien que lorsqu'il admire chez les Hébreux,

uni avec la magistrature », c'est

union nécessaire qu'il souhaite de voir toujours n

entre Rome el I > princes chrétiens, dont le plus chrétien esl le

pleine de science et do vertu ! mais qu'elle ■ • catholique, et qu'elle e*t suintement

eur île saint l'irrre .' Oh !

point troul te rien n'altère cette paix et cette

y la paix. La paix >■*[ l'objet

-. pour

unir parfaitement : réel les enfanta, I-- chef elles rnem-

pril <]•• rimes vulg u i trticulières

i vrai esprit de runitécatholi as dans un

tout ce qui est contraire ir l'esprit : prévaut tou-

tra de Paris ont reconnu dans la chaire la plénitude de la ; stolique : il ne

ercice « par les lire par le mmunes de loute L'Église ; de

de tout, elle ne dél ruise elled es rois

et inviolable, puisque l'Église l'a respecté même dai

princes persécuteurs de l'Évangile; leur couronne est hors d'atteinte; mais « il y a plus de justice que de grâce dans les privilèges qu'ils accordent à l'Église », puisque c'est l'Églis< prend soin de leur conserver leur royaume ; la concorde du sacerdoce et de l'empire est utile au sacerdoce et nécessaire à l'empire. En jetant un coup d'œil rapide sur l'histoire de l'Eglise gallicane, Bossuet prouve que les rois de France, plutôt que de troubler la paix de l'Église, « se relâchaient volontairement de quelques-uns de leurs droits », mais aussi que saint Bernard considérait le pape non comme le seigneur des évêques, mais comme l'un d'entre eux, « atin que, dans cette haute élévation, il prît soin de conserver dans tous les évêques la dignité d'un caractère qui lui est commun avec eux, et qu'il songeât qu'il y a toujours, avec une grande autorité, quelque chose de doux et de fraternel dans le gouvernement ecclésiastique ». C'est dans cet esprit que l'ordonnance de saint Louis, « le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne, le plus soumis au saint-siège et le plus ardent défenseur de la foi romaine », a consacré les libertés de l'Église gallicane.

Si vous voyez donc vos évêques demander humblement au pape l'inviolable conservation de ces canons et de la puissance ordinaire dans tous ses degrés, souvenez-vous qu'ils ne font que marcher sur les pas de saint Louis et de Charlemagne, et imiter les saints dont ils remplissent les chaires. Ce n'est pas nous diviser d'avec le saint-siège, à Dieu ne plaise ! C'est au contraire conserver avec soin jusqu'aux moindres fibres qui tiennent les membres unis avec le chef. Ce n'est pas diminuer la plénitude de la puissance apostolique : l'Océan même a ses bornes dans sa plénitude ; et s'il les outrepassait sans mesure aucune, sa plénitude serait un déluge qui ravagerait tout l'univers.

En déclarant qu'il veut unir inséparablement dans tous ses desseins l'Église et l'État, Louis XIV suit la tradition de ses pères, et la France vivra par ces maximes: « Rien ne sera plus inébranlable qu'un royaume uni si étroitement à l'Église que Dieu soutient. » Ce roi n'est-il pas la consolation et la joie de l'Église, « lui qui réjouit tous les jours le Ciel et la terre par tant de conversions?... Lamain de Louis était réservée pour achever de ruérir les plaies de l'Église ». On sent que la révocation de Ledit de .\antes se prépare, et Bossuet y applaudit d'avance. « Que tarde un si saint pape à s'unir intimement au plus religieux de tous les rois? » L'Église romaine a été toute-puissante quand, « heureuse de dispenser les trésors du Ciel, elle ne songeait pas à disposer des choses inférieures que Dieu n'avait pas

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