‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 39 sur 228 · I. I: IV 2 Tru „$ ne l'éloquence de la · texte numérisé non relu

I. I: IV 2 Tru „$ ne l'éloquence de la

Œuvres.

des Blancs-Manteaux, entreprit ce grand travail. Pendant \ quatre ans il le poursuivit, avec l'aide d'un autre bénédictin, dom Coniac; de 1772 à 1778 parurent quatre volumes de sermons, suivis, dix ans après, d'un volume de panégyriq dom Deforis monta sur l'échafaud en 1794, et son œuvre resta inachevée. Quand il n'aurait eu que le mérite de débrouiller ce chaos, il faudrait lui en être reconnaissant. Mais il eut le co de défendre L'intégralité du texte de Bossuet contre ceux qui auraient voulu qu'on fit un triage, des retranchements, et qu'on publiât seulement certains sermons choisis. L'abbé Maury se révoltait à l'idée qu'on allait tout publier de Bossuet, même « le linL'e sale . Et le libraire Boudet, poussé par Maury, intentait à dom Deforis un procès d'où celui-ci sortait, d'ailleurs, victorieux. On fait aujourd'hui à Deforis deux reproches plus mérités : il n'a tenu assez de compte ni de la chronologie ni de la composition, à la fois une et complexe, des sermons de Bossuet. En ne les reconstituant pas et en ne les classant pas à la lumière des dates, il a rendu difficile l'étude et la comparaison, aussi curieuses que nécessaires, d'es œuvres oratoires de Bossuet dans leur suite et dans leur progrès. En incorporant au texte mainte correction ou variante ; en réunissant, un peu de force, des fragments de sermons à d'autres sermons dont ils ne faisaient pas originairement partie, il introduisait un nouvel élément de trouble là où il venait de faire l'ordre.

L'effet produit ne fut pas alors ce qu'il serait de nos jours si quelque érudit apportait au publie lettré une telle pâture. On cite, il est vrai, le P. de Neuville qui, préparant une édition de ses propres sermons, et recevant celle des sermons de Bossuet, se trouvait (('petit et rampant » à côté, regrettait de les avoir connus trop tard. Mais ce même P. de Neuville, dont les œuvres eurent infiniment plus de succès que celles de Bossuet, écrivait : « A l'école de ce maître unique du sublime, de l'énergie, du pathétique, j'aurais appris à réfléchir, à penser, à exprimer, et j'aurais désiré de tomber dans ces négligent style inséparables de l'activité, de l'impétuosité de son génie. » La Harpe disait plus crûment : « Chaque homme a reçu son partage, et le talent de l'éloquence comme celui de la poésie appelle ceux qui le possèdent à des genres différents. Bossuet était médiocre dans les sermons, et Massillon le fut dans l'oraison funèbre. »> Chateaubriand lui-même, qui. dans son Génie du christianisme, n'a qu'un mot très va^rue sur les sermons, en critique l'enflure de style dans ses. Mélanges littéraire*, et prend

temples pi ' i M >rt, uo des

- ...ri-. A plus : son i sV tonne*

la Harpe,

- - nions, les aient si mai. Dussaull n'y voil que quelques maté-

ipreinls pai fois du - eau de plus souvent il rouille d'une éj >que où le .

pui é . De Kél< Iz - deuz premiè-

loue el i Massillon :

- même si évident, ajoute-t-il, qu'il semble que

n'ait pas : qu'entre Bourdaloue el

sillon que peul - i palme de L'éloquence

ensuiU le même en certains endroits une simplicité

lible, ol»scur, dit"!'. - :n'-nt=,

quelq . i, manquent souvent de clai t ■• méthode;

tous ses dis* irvus d'onc-

l le-t-il d'un ,.i recherche ni le plus, etj - s si ;>ut.

A la fin de l'Empire, le - ueuxde Bossu-l, le

ual de Ba tsset, blâme idmiralion de quelques-

uns pour tout ce qui vienl de la plume t, regrette que

tienl pu faire un discernement religieux des beautés répand - >ns, et plaide tout au plus les

circonstances atténuantes : Les sermons de B firent

icoupd'ii . t d'imperfections; mais on ne

doit pas oublier qu'il les prononça il y a plus de cent cinquante j u 'il s forent c toute la rapidité

qu'exigeait l'empn — ment qu'on montrait à les entendre.

ration, ri : on lit seulement les

quarante-trois volumes de l'édition dite de Versailles (1814),

ij reproduil à peu de chose près l'édition fle dom De de l'abbé Vaillant 1851]

sur la chronolog , bien que loin d'ê-

tre inattaquable, pose la question sui son vrai terrain. Uienlôt le candide et enthousiaste Floquet, avec une sincérité de conviction qui fait près trange, reprend et approfondit la biographie que Baussel n'avait qu'esquissée. L dition Lâchât :,\ ?ol., 1 able,

mais manque encore de simplicité, de clarté, parfois même d'exactitude. Elle est suivie de près par les beaux travaux de Gandar. Mais c'est seulement de nos jours que Ton semble arrivé à la pleine intelligence du génie de Bossuet sermonnaire : parmi les critiques ou les érudits qui ont le plus contribué à ce résultat, il est juste de citer MM. Brunetière, Gazier, Eauson, Rébelliau. V Histoire critique de la prédication de Bossuet, par l'abbé Lebarq, est la magistrale préface d'une édition des sermons qu'on peut espérer définitive.

La transformation du sermon après Bossuet. — Retour à Bourdaloue. — llassillon et le dix-huitième sièele.

Ce n'est plus contre un dédain inintelligent qu'il faut se garder, c'est contre une admiration trop exclusive, qui sacrifierait à Bossuet tous les autres orateurs et écrivains. Parce que Féletz refuse injustement l'onction à Bossuet, il ne faut pas condamner Bourdaloue aune sécheresse implacablement aride1. Parce que Bossuet a été grand écrivain en même temps que grand orateur, et parce que nous éprouvons un plaisir moins vif à lire Bourdaloue, il n'est pas besoin de fermer les yeux au mérite sévère et solide du prédicateur qui occupa si longtemps et avec tant d'autorité la chaire chrétienne et qui faisait dire à Condé : « Silence, Messieurs! voici l'ennemi. » Il est certain que l'éloquence sacrée s'est transformée; il est possible qu'elle se soit altérée, après Bossuet. Bossuet aime à remonter aux principes, d'où il voit tout le plan de son discours, parce que ce plan n'est que la vérité qu'il expose, vue sous ses diverses faces : « Mais procédons par principes ; les hommes ne reviennent que par là. » [Effets de la résurrection de Jésus-Christ.) Quand il applique le principe, il sent parfois le besoin d'avertir : « Descendons dans quelque exemple particulier. » (Compassion de la sainte Vierge.) Et il traverse rapidement les applications, pour revenir aux principes encore. Bourdaloue n'a pas cette puis-

1. « Le P. Bourdaloue a fait le plus beau sermon qu'on puisse jamais entendre. Il en fait toujours de très beaux, mais il me semble que celui d'aujourd'hui surpasse de beaucoup les autres. Il s'est adressé au roi sur la fin, et lui a parlé sur sa santé. En vérité, il a bien tondu' du monde, à ce qu'il m'a paru; mais l'on voyait son cœur parler plutôt que sa voix. » (Lettre de Mffl( de Maintenon à Mmo de Brinon, 25 décembre 1686.

- A endre un - Bost ambi-

lion i -il 'i Dieu et par rappoi i au prochain ,

qu'il ne les i haut. Il se cantonne dans L'analyse, dont il mie isement ' menls, par procédé de

juxtaposition plutôt qu<- de composition.

I sible «mi particulier dans le sermon

se encore ! ir de

i uiière : au lieu de faire porter loui

i développement >ur la mort et l'immortalité dont

la m : la vie de l'homme, son àme

ns qui la sollicitenl 9seins

qu'il conçoit, sa volonté avec les actes qu'elle accomplit, et la

la mort est tour à tour appliqué ; issions, à

il les '1 impter, les éclairer, les

vl. En i • anl qu'o-

e métier de scruta te ui s, ce qu'il

; en hauteur de vues, il !• • - ideur d'o

n. Aujourd'hui, s théoriciens et crit sinté-

ig lui reprochons quelquefois justement sa pénétralion de m étant fait, Bossuet, un idéal du prédicateur, nous voudrions Bourdaloue plus théologien. Il rtainque le P. Bourdaloue ne fut pas un Père de l'Eglise ; il peut nous apprendre beaucoup sur les replis du cœur humain • - hypocrisies du monde. Et sans doute

iteur qu'il a été. Car ce dicateur seul qui fait la prédication : le public qui l'écoul - - premier collaborateur. Et, quoique Bourdaloue parlât, dit-on, les yeux demi-clos, cependant il ne perdait jamais enl de vue ce public sans l'adhésion duquel il ne pouvait rien. ■ Il n'est rien de plu* et de plus parole de Dieu, ■ dit-il au début d'un de ses ser- !•• sainl ministère de la prédication, qui devrait produû inondants, parune malitalité est devenu, a notre confusion, un des emplois, - plus inutiles? • Il cherche à la fois la cause du imaia la vérité chrétienne n'a été plus souv.-ni lamaifl elle n'a été plus Les cœurs sont

m Hatzfcld.

,-. pour le 'iiin mi he de :

remués parfois, les mœurs ne sont pas changées. Faul-il s'en prendre à la parole de Dieu? .Mais c'est toujours lo même Évangile qui est prêché. Aux prédicateurs? Assurément tous ne dispensent pas la parole divine avec les mêmes dispositions ni la même édification. Quelques-uns « en trafiquent pour acheter je ne sais quel crédit et une vaine réputation dans le monde Mais la parole de Dieu opère par sa vertu même. Son efficacité n'est pas attachée au mérite ni à la sainteté de- prédicateurs. Aux auditeurs? Ils sont les vrais coupables, en effet, et ils auraient tort d'en vouloir à d'autres qu'à eux-mêmes.

Dans un sermon dont l'objet est analogue1, Massillon fait entendre les mêmes plaintes, mais plus directes et plus amères : on sent que l'indifférence religieuse a fait de grands progrès. C'est à l'auditoire qu'il s'attaque dans les deux parties de son discours : dans quelles dispositions doivent être les auditeurs quand ils viennent entendre la parole de Dieu ; dans quel esprit ils doivent l'écouter, c'est ce qu'il examine.

De tous les ministères confiés à l'Église pour la consommation des élus, il n'en est presque pas de plus inutile que celui de la parole, et le moyen le plus puissant que la religion ait de tout temps employé pour la conversion des hommes, est devenu aujourd'hui la plus faible de ses ressources. Vous êtes vous-mêmes, mes frères, une triste preuve de cette vérité. Jamais les instructions ne furent plus fréquentes qu'elles le sont de nos jours, et jamais les conversions n'ont été plus rares.

On se presse autour de la chaire chrétienne; mais c'est « une vaine curiosité qu'on veut satisfaire, un loisir inutile qu'on est bien aise d'amuser, un spectacle de religion dont on veut avoir le plaisir, une coutume qu'on suit parce que le monde l'a reçue; que sais-je? le désir de plaire au maître en imitant son respect pour la parole de l'Evangile, et de s'attirer plutôt ses regards que ceux de la miséricorde divine ». Que vient-on chercher à l'église"? La pompe extérieure, les vaines curiosités d'un spectacle tout profane. C'est un pareil public, ce sont ses « ennuis » et ses « dégoûts » qui obligent le prédicateur à mêler trop souvent à la vérité des ornements humains qui toujours l'affaiblissent. Et c'est ainsi qu'on arrive peu à peu, quand on est Massillon, à mériter les éloges de Voltaire :

Les sermons du P. Massillon sont un des plus agréables ouvrages quenout ayons dans notre langue. J'aime à me faire lire à table : les anciens en usaiens

1. Carême, tome II. sermon pour le premier dimanche de carême : Non in solo pane vivit homo. sed in omni verbo qv.od procedit de ore Dei. (Matth., IV, 4.)

ura un admirateur trèa /■•;■'■ .1" la - : . \ -rient '/ ton.

5si l'approbation de Voltaire a valu à ce même Ifassil-

lon l'hostilité ] inelle de Nisard, qui s'écrie : Le

, fréteur! el de M. Bruoetière. On Lui

ta seulement, comme Bourdaloue, un

mais presque un philosophe. Sa morale ea

ut même impitoyable, mais c'est en vain qu'il . el il y a plaisii a être damné par un liomme qui parle bî bien... Il a l'air seulement oV frapper fort »; il veut trop prou S i s'inspire des circons-

> plutôt que d'un principe lixe de doctrine. Sa vague sensibilité deviendra bientôt, chez d'autres, sensiblerie : il tâche lire les cœursen rajeunissant la chimère de l'âge d'or, .alité primitive, en déclamant contre la guerre, dont la gloir< - liée de s ■.. Au fond, on lui reproche

de son temps. Le lils du notait" d'Hyères, Jeaniassillon (1663-1742 , oratorien, semble, en effet, avoir paru à point nommé pour marquer la différence profonde qui du xviii6. Après avoir fait admirer dans le Midi son éloquence insinuante et touchante plus que vigoureuse, il prêcha en 1699 lavent, puis, en 1701 et 1704, le « grand cadevant la cour. C'est dans le Grand Carême qu'on a coutume d'admirei le beau mouvement du sermon sur le Petit

Je m'arrête à t ici assemblé». Je ue parle plus du

i, je tous regarde comme si tous étiez seuls sur la terre; et

:upe et qui m'épouvanl [ue c'est ici

ire et la tin del'uniTers; que les cieux Tont s'ouTrir sur vos

il paraître dans sa gloire au milieu de ce temple, el que

oblésque pour l'attendre, et comme des criminels trem-

- à qui l'on va prononcer ou une sentence de grâce ou un arrêt de mort

- OaUer, voua mourrez tels que tous êtes

amuseront jusqu'au lit de la mort: c : tout ce que voua trouTerez alors en voua de nouveau sera peut-être un compte un peu

l. Lettre I. Dans une autre lettre au dae de la Vallière

Voltaire appelle Hassillon le Racine «l- la chaire. M ' de M lintenoo disait

la même diction dani 1 1 prose que Racine. Et Sainte-Beure a écrit :

celui qui a ui orde sensible dans le cœur, et qui i>i»'--

•.;|,, i qui a dans I oreille an rague instinct d'nar-

douceur qui lui fait aimer ju- ; tendance de certaines pn-

rôles. »

plus grand que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre; et sur ce que seriez si l'on venait vous juger dans le moment, vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie.

Or, je vous demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et me mettant dans La même disposition où je souhaite que vous entriez; je vous demande dune : si Jésus-Chris! sait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus auguste de l'univers. pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs el des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite ? Croyez-vous que les choses du moins fussent égales ? Croyez-vous qu'il s'y trouvât seulement dix justes, que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes tout entières? Je vous le demande, vous l'ignorez, et je l'ignore moi-même ; vous seul, ô mon Dieu! connaissez ceux qui vous appartiennent : mais si nous ne connaissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savons du moins que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or, qui sont les fidèles ici assemblés? Les titres et les dignités ne doivent être comptés pour rien; vous en serez dépouillés devant Jésus-Christ : qui sontils? Beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir ; encore plus qui le voudraient, mais qui diffèrent leur conversion : plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber; enfin un grand nombre qui croient n'avoir pas besoin de conversion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte: car ils en seront retranchés au grand jour. Paraissez maintenant, justes : où êtes-vous? Restes d'Israël, passez à la droite; froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de cette paille destinée au feu. O Dieu ! où sont vos élus, et que reste-t-il pour votre partage?

C'est là, dit Voltaire *, un des plus beaux traits d'éloquence qu'on puisse lire chez les nations anciennes et modernes. Mais quoi! toujours Voltaire ! C'est peut-être la beauté littéraire du mouvement qui seule l'aura frappé. Mais voici des paroles chrétiennement belles et hardies sur le choix d'un genre de vie, choix si décisif et pourtant si légèrement fait d'ordinaire :

Remontons à la source : d'où vient que cet homme est entré dans la robe ? C'est qu'il a cru mieux faire son chemin par la voie de la magistrature que par celle des emplois militaires. D'où vient qu'un autre a suivi la route des armes? C'est que son nom et les services de ses ancêtres lui permettaient d'aspirer à tout, au lieu qu'un parti différent l'eût laissé dans l'obscurité d'une vie privée. Pourquoi celui-ci paye-t-il de tous ses biens une charge qui l'approche de la personne du prince? C'est que sous les yeux du maître on est plus près de la source des grâces. Quels sont les motifs qui conduisent cet autre à l'autel saint? que vient-il chercher dans l'Église? ses trésors, ou ses fonctions? ses honneurs, ou ses ministères? l'éclat du sanctuaire, ou le Dieu qu'on y adore? Il apporte, pour toute marque de vocation à un ministère d'humilité, des vues d'élévation et de gloire; à un ministère de travail et de sollicitude, des espérances de repos et de mollesse; à un ministère de désintéressement, de modestie et de charité, des projets de luxe, de profusion et d'abondance...

Des parents barbares et inhumains, pour élever un seul de leurs enfants plus

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