‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 57 sur 228 · I. Voir la page it du fascicule sur le-, Sêtmon · texte numérisé non relu

I. Voir la page it du fascicule sur le-, Sêtmon

• LES ORAISONS FUNÈBRES

!r,\ et de monter à sa place, et que rien ne pouvait soutenir la beauté du spectacle etla perfection de la musique que la force de son éloquence. Ma fille, ce jeune homme a commencé en tremblant, tout le monde tremblait il a débuté par un accent provençal : il est de Marseille; il s'appelle Léné. Mais, en sortant de son trouble, il est entré dans un chemin si lumineux, il a si bien établi son discours, il a donné au défunt des louanges si mesurées, il a passé par tous les endroits délicats arec tant d'adresse, il a si bien mis dans tout son jour tout ce qui pou mit être admire, il a fait des traits d'éloquence et des coups de maître si à propos et de si bonne grâce, que tout le monde, je dis tout le inonde sans exception, s'en est écrié, et chacun était charmé d'une action si parfaite et si achevée. C'est un homme de vingt-huit ans, intime ami de M. de Tulle, qui l'emmène avec lui dans son diocèse. Nous le voulions nommer le chevalier Mascaron ; mais je crois qu'il surpassera son aine. Pour la musique, c'est une chose qu'on ne peut expliquer. Baptiste (Lully) avait fait un dernier effort de toute la musique du roi. Ce beau Miserere y était augmenté : ii y eut un Libéra où tous les yeux étaient pleins de larmes. Je ne crois point qu'il y ait une autre musique dans le ciel. Il y avait beaucoup de prélats. J'ai dit à Cuitaud tout bas : « Si c'était l'oraison funèbre de quelqu'un qui fût vivant, il n'y manquerait pas. » Cette folie a fait rire Guitaud sans aucun respect pour la pompe funèbre .

C'est dans ce décor et dans ce milieu plus solennel qu'édifiant que Bossuet lui-même avait plus d'une fois déjà pris la parole, moins pour célébrer les grands de la terre que pour tirer de l'éloge de quelques-uns une leçon pour tous. Ses débuts dans l'oraison funèbre avaient été plus modestes. A Metz, en 1056 et 1658, il avait dit les vertus obscures et paisibles del'abbesse Yolande de Monterby et de l'ancien échevin Henri de Gornay. C"est par abus peut-être qu'on qualifie d'oraison funèbre celte « courte exhortation » où Bossuet s'efforce « de ramasser en peu de paroles des vérités très considérables », à savoir, principalement qu'il faut apprendre à se servir si heureusement de la mort qu'elle nous obtienne l'immortalité. Yolande de Monterby est restée abbesse jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, toujours active, toujours patiente, également éloignée de la rigueur farouche et de la trop molle indulgence, préservée jusqu'au bout de tout penchant à la médisance et à l'avarice. Mais de quelques traits à peine indiqués on ne saurait composer un caractère bien net et bien vivant; le trait dominant, le seul original à peu près, c'est le grand âge de la prudente abbesse, et c'est aussi la source d'un développement, disproportionné avec l'étendue totale du discours, sur les avantages ou les inconvénients d'unelongue vie. Mais l'exorde ade l'ampleur; le vrai Bossuet s'y fait entendre déjà, et déjà y exprime avec force l'idée qu'il se fait d'un discours si hautement instructif, où d'autres ne voient qu'un discours d'apparat.

■ -.-■'■■ l'ambition - morts.

m objel plus noble dans la solennité

aplei ;t leui - . afin que 1 ' leur donne

ue la vanité humaine

Il tient à non- en prévenir aussi dès le début de l'oraison funè-

i loin de son espi il « toutes - isidérations | i I les bassesses honl

de la Hait . - d i lieu où il parle et du ministère

pour proposer au public trois ou quatre réflei • (S principes du christianisme -ci en

premièi - Quelque apparente inégalité que la fortune

ail m - s, li nature n'a pas voulu qu'il y eût grande

différence d'un homme à un autre. » C sans

[uelques-uns des auditeurs de

i -m tout qui appartenaient à cette noble famille

lorrain-- des I lis par un martyr, saint Livier.

sse et ne craint pas de s'attaquer de froni

au préjugé de la noblesse : « Pour mettre à couvert la faiblesse

commune de la naissance, chacun tâche d'attirer sur elle toute

de ses la rendre plus éclatante par cette

lumière empruntée. Ainsi l'on a trouvé le moyen de distinguer

tnces illustres d

mettre une différence infinie entre I noble et le

roturier, comme s'il n'avait pas les mêmes qualités, el n'était

- éléments. » [ci encore l'orateur appuie

eu lourdement; il ne se contente pas d'affirmer que Henri

irnay * a toujours mépri li u. s. dont il

arrive assez ordinairement que la noblesse étourdit le monde »;

il disserte sur la nol s ut qu'il veut orner et ampli-

in sujel ingrat. Mais, 'levait

être faible, l'expn ssion d - gran : morales ne l'est pas,

et tel - brouillon si imparfait a mérité de pa

nlier, dan- l'oraison funèbre de M tdame :

Il y fait 1*1-, »alité qui paraisse dans le

. elles ont to

LES ORAISONS FUNÈBRES

commun, qu'elles viennent d'un..' petite origine; le leur

elles roulent leurs Ilots on bas par une chute continuelle, et qu'elles vont enfin perdre leurs noms avec leurs eaux dans le sein imm :nse de l'< i où l'on ne distingue point 1" Rhin, ni le Danube, ni ce* nul; mes d'avec les rivières les plus inconnues : ainsi tous les hommes commencent par les mêmes infirmités. Dans le progrès de leur ■<- •. les ann poussent les unes les autres comme des flots : leur vie roule et descend sans la mort par sa pesanteur naturelle; et enfin après avoir fait, ainsi que les fleuve*, un peu plus de bruit les uns que les autres, ils vont tous se confondre dans ce gouffre infini du néant, où l'on ne trouve plus ni rois, ni princes, ni capitaines, ni tous ces autres augustes noms ent les uns des autres, mais la corruption et les vers, la cendre et la pourriture qui nous égalent.

Si l'on mot à part ces deux oraisons, ou plutôt ces deux sommaires d'oraisons funèbres, on verra que la première dés tables oraisons funèbres de Bossuet est celle du P. Bourgoing (4668), demandée à Bossuet par la congrégation de l'Oratoire, dont le P. Bourgoing fut directeur pendant vingt ans. Ici encore, sans doute, Bossuet amplifie sa matière et agrandit son personnage. « Ce n'est pas sous ce radieux aspect, dit M. Jacquinet, que les confrères du P. Bourgoing, jugeant en lui l'orateur, nous l'ont représenté. Les hommages qu'ils rendent à son talent nous donnent l'idée d'un génie plus rassis, d'un mérite plus modeste. » Mais le sujet prêtait davantage à l'éloquence d'un Bossuet. Il n'avait pas à marcher parmi ces « écueils » dont il parle avec un effroi si sincère dans un exorde fameux1.

(Wàce à la miséricorde divine, le révérend père Bourgoing, supérieur général de la congrégation de l'Oratoire, a vécu de leiie sorte que je n'ai point à craindre aujourd'hui de pareilles difficultés. Pour orner une telle vie, je n'ai pas besoin d'emprunter les fausses couleurs de la rhétorique,. et encore moins les détours de la flatterie. Ce n'est pas ici de ces discours où l'on ne parle qu'en tremblant, où il faut plutôt passer avec adresse que s'arrêter avec assurance, où la prudence et la discrétion tiennent toujours en contrainte l'amour de la vérité. Je n'ai rien ni à taire ni à déguiser; et si la simplicité vénérable d'un prêtre de Jésus-Christ, ennemie du faste et de l'éclat, ne présente pas à no> yeux de ces actions pompeuses qui éblouissent les hommes, son z innocence, sa piété éminente, nous donneront des pensées plus dignes de cette chaire. Les autel- ne se plaindront pis que leur sacrifice soit interrompu par un entretien profane : au contraire, celui que j'ai à vous faire vous proposera de si saints exemples, qu'il méritera de faire partie d'une cérémonie si sacrée, et qu'il ne sera pas une interruption, mais plutôt une continuation du mystère.

Puis, selon le mot de saint Grégoire de Nazianze, cité par Bossuet, « il était prêtre avant même que d'être prêtre », et ce

I. Voyez le début de cet esorde. page 14 du fascicule sur les Sermons.

pliquerail >i bien à Bossue! lui-même — donne

ré par un prêtre à un prêtre.

Le H Iratoii i s'offre naturellement

; |: »ss - 53 mpathie celte congrégation

□ obéit sans dépendre, où l'on gouverne sans

1 dans la douceur, où 1

mu s il-- li cr ûnte. Enfin, il était

prédicateui : nouvel) s >n de définir, pour ainsi dire,

■ édicateui r des prédicateurs

profanes el Qeuris qui croient avoir tait tout leur devoir quand touillé les oreilles du bruit de leurs périodes mesu- - superficielles1. Tout ce premier point . ellemment développé. Le second offre aux modernes un streint, mais on aurait toit de le négliger, car le futur historien d - V ru de l'Église prolestante et même

du Dû y laisse entrevoir quelques-

vues sur l'unité 'I l m Dieu, un

Christ, un évêque... Un Dieu, principe de l'unité; un Christ, iteur de l'unité; un marquant el représentant en

la singularité de sa charge le mystère de l'unité d" l'Église. » l'. B 1 irgoing n'était pas destinée à voir 1 contraire, celle de Nicolas Cornet 1663), grand maî- - n de Navarre, fut imprimée en 1698. Il est vrai qu'au témoignage de l'abbé Ledieu, Bossuet n'y reconnut pas nvre. Nous y reconnaissons, nous, sinon le discours même qu'il avait prononcé il n'avait eu que huit jours pour le pré- : . d'i moins un fond de pensées et de sentiments qui lui appartiennent bien '-n propre, «.est dans la maison de Navarre que Bossuet avait achevé ses élude- ; il ]•■ rappelle dans l'exorde reconnais! discrétion. .Mais Nicolas Cornet avait été

lie de la faculté de théologie au moment où comperséentions contre le jansénisme, el c'est lui qui avait dénoncé les cinq propositions. En rappelant la vie de ! jeteur de l'ancienne marque », Bossuet ne pouvait passer sous silence le rôle que sou ancien maître avait joué dans ces - ; mais, entre les jansénistes et les jésuites, il n'était pas aisé de garder une attitude qui fût à la fois nette

Page 1