Voir li préface de l'édition de* pai M. Rébelliaa M
de nous apprendre que la reine, poursuivie dans sa fuite pari. ; navires parlementaires, avait commandé au pilote de son na « s'il voyait qu'elle ne pût échapper, de mettre le feu aux poudres ». De même le mémoire de Mme de Motleville faisait ressortir l'humeur railleuse de Henriette de France, en ajoutant que « pour l'ordinaire il était difficile, malgré l'innocence de son intention, que le prochain n'y fût un peu blessé », mais aussi qu'à mesure qu'elle avançait dans la piété, « elle était devenue scrupuleuse là-dessus ». A lire Bossuet, on croirait que c'est toute sa vie, et par nature, que Henriette a ménagé le prochain et détesté les discours empoisonnés de la médisance.
Mais ce qu'il pouvait louer sans craindre de dépasser la mesure, ce qu'il a caractérisé de traits inoubliables, c'est « la magnanimité de cette princesse » sur qui la fortune ne pouvait rien. Récits et tableaux se succèdent, si bien liés, si bien éclairés, qu'on croirait ne lire qu'une page de l'histoire d'Angleterre, si le narrateur, à tout moment, ne nous faisait souvenir qu'il raconte pour prouver : scribitur non ad narrandum, sed ad probandum. Voici l'héroïque voyage de Hollande en 1642, la tempête, l'air de sérénité avec lequel la reine elle-même rassure les matelots, leur' affirmant « que les reines ne se noyaient pas ». Et voici que sur elle tonnent <c cent pièces de canon » (à Burlington, dans le Yorkshire) et que la maison où elle entre est toute percée de leurs coups. Elle survit, « marche comme un général à la tète d'une armée royale1», triomphe et pardonne, puis, comme elle est femme après tout, a ses défaillances, que Bossuet ne veut pas connaître; enfin, accouche d'une fille dans Exeter menacé par l'armée du comte d'Essex, se cache, s'enfuit sur cette mer où elle avait vu, lors d'un premier et glorieux voyage, « les ondes se courber » devant leur dominatrice, est serrée de près, jusqu'à Jersey, par les vaisseaux républicains, aborde enfin à Brest, mais ne se dérobe à la persécution que pour tomber dans une humiliation encore
Hanotaux a édité le mémoire de Mme de AJotteville, et. le comparant à l'oraison de Bossuet, dit très justement : « On voit par la lecture de ces deux pièces que, par la méditation et l'étude, l'orateur finissait par s'abstraire, pour ainsi dire, de son sujet, et qu'il ne conservait plus du sentiment de la réalité que ce qui était nécessaire pour que ses leçons restassent encore frappantes pour l'esprit de ses auditeurs. C'était une autre Henriette, une autre Marie-Thérèse, même un autre Condé qui se levait peu à peu dans son âme. C'était la gloire et les malheurs des rois, les divers succès de la fortune, les alternatives des splendeurs ou des misères humaines, sortes d'abstractions morales et religieuses, qui devenaient son véritable sujet. »
1. 11 faut reconnaître que ce détail exact, mais un peu vague, est plus précis et plus vivant chez Alm<) de Alotteville.
plus étrange el pour étaler à la France même et au Louvre, ou elle était née avec tanl de gloire, toute l'étendue de sa mi«
. i- duite i demander du secours n el à en accepter de qui? l>-s parlementaires qui combattaient à Paris l'autorité lendemain du jour où la tête du roi d'Angleterre i i dri s, puis de Ifazarin, l'allié de Cromw-il. i Bossuel .1 glissé: il lui eut été difficile de rappeler devant une telle assemblée ce que nous savons par !><•!/. el li s contemporains : que les marchands de Paris refusaient de faire crédit à la reine détrônée, qu'au cours d'un hiver rigoureux il n'y avait plus un morceau de bois dans la maison, et que la petite Henriette, sauvée miraculeusement et ramonée à sa mère par la coml — M trton, était réduite à garder le lit pour ne pas trop souffrir du froid. Henriette, duchesse d'Orléans, écoulait Bossuet; la cour n'eût pas assisté sans gêne à cette évocation de souvenirs terribles, qu'on s'était bâté d'oublier. 11 râlait mieux passer vite à la restauration de Charles II, aux
es rendus par sa mère a la France, à sa lin chrétienne, à la grande leçon qui sortait de sa destinée. Le caractère même de cette destinée, mêlée à de grands évé-
nts historiques, détermine le caractère de cette oraison funèbre, et ce caractère, longtemps après, se retrouvera, plus
int, dans l'oraison funèbre de Gondé. Mais dans celle-ci
itira l'admiration et l'émotion de l'ami. Bossuel, qui n'est pas encore l'évoque «le Rfeaux, le Père de l'Eglise, considère de plus loin, avec une sérénité plus facile, la vie de Henriette de - j'iii- glorieux et ses jours sombres. Il n'en est que pîos libre pour s'élever et nous élever à sa suite jusqu'à cette . m paisible des idées générales où philosophie, théologie, bistoire, se confondent.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
Éditions Cahen (Dupont, Didier (Delagrave), Gazier (Colin), Jacquinet (Belin), Rébelliau (Hachette .
LIVRES
Bâillon ;De). — Henriette-Marie de France; in-16, Perrin.
Bausset (Del — Histoire de Bossuet ; 4 vol. in-12, Beaucé-Rusand, 1828 ;
t. !«,L III, p. 170 à 182.
Buckle. — Histoire de la civilisation en Angleterre, trad. Baillot; Mar-
pon. 1881.
Clarendon (Lord). — Mémoires, coll. Guizot, t. XII. Deschanel. — Le Romantisme des classiques; 3e série, 1888, Calmann-
Lévy, gr. in-18 ; p. 122 à 140.
Guizot. — Histoire de la révolution d'Angleterre, in-8°, 4e édit.; Maison, 1850, précédée d'un Discours.
Hume. — Histoire des Stuarts, t. III, trad. Cainpenon; in-8°, 1840. Lanson. — Bossuet; Lecène, in-18 Jésus, 1891; p. 145, 146. Lemaitbe (Jules). — Les Contemporains, lre série; Lecène. Le Veneur de Tillières. — Mémoires sur la cour de Charles Iev, édit.
Hippeau; 1862.
Lingard. — Histoire d'Angleterre, t. XI; in-8°, trad. Roujoux. Macaulay. — Histoire d'Angleterre depuis l'avènement de Jacques II,
trad. Montégut; Charpentier, 2 in-12: t. Ier, ch. Ier. Maury. — Essai sur l'éloquence de la chaire, in-S°; Crapelet ; t. Ier. p. 326. Michelet. — Histoire de France au dix-septième siècle, Chamerot, in-8';
t. XI, ch. xxn, xxin.
Motteville (Mme de). — Mémoires, édit. Riaux. Richelieu. — Mémoires, coll. Michaud.
Sainte-Beuve. — Causeries du lundi; Garnier, in-12; V, 176, 177;
Séyigné (Mme de). — Lettre du 11 janvier 1690. Villemain. — Histoire de Cromwelt; Maradan, 1819. 2 in-8°. Voltaire. — Siècle de Louis XIV, ch. vi. — Essai sur les mœurs, ch. clxxix, clxxx, clxxxi.
JUGEMENTS
L'éloge funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Charles Ier, que Bossue! lit en 1669, parut presque en tout un chef-d'œuvre. Les sujets de <• 3 d'éloquence sont heureux à proportion
ilheurs que les morts ont éprouvés. C'est en quelque façon comme dans les tragédies, où les grandes infortunes des principaux personnages sont ce qui intéresse davantage.
\ LTAIRK, Si / T. ch. XXXII.
La mort de la reine d'Angleterre vint offrir h Bosquet le plus majestueux et te plus grandiose des sujets. Il lui fallait la chute et la restauration di . la révolution des empires, toutes
les fortunes diverses assemblées en une seule vie et pesant sur une même tète.
Saihtb-Bicvj s du lundi, t. X; Garnier.
Il esl Frai, d a rieux portrait de Henriette de France,
soit réticence voulue, soit plutôt illusion sincère, rien n'est dit d'une naturelle vivacité etimpéluosité d'humeur dont, au temps • puissance, celte aimable et vertueuse reine ne savait pas '••ndre; qui plus d'une fois, durant le- lon^'s et orageux préludes de la guerre civile, l'avait emportée aux conseils immodérés, aux résistances passionnées et aveugles, mais quêtant d'infortunes avaient amorti-, el dont il ne restait plus que de faibles traces chez la péniti Chaillot. Faute de ce trait.
i-nous d'admirer ou ad mirerons -nous moins, dans Qg ii e d'un si fier et si fidèle dessin, le coup d'œil, le génie, rémotion do peinti
Iagquinet, édit. des Oraisons furu bres; Belin.
Voici Henriette de France, une petite femme sèche et noire, une figure longue, une grande bouche et des yeux ardents; fanatique en religion, avec une foi absolue au droit des couronnes. Et quelle vie! Des années de lutte enragée et de douleurs sans nom; neuf jours de tempête pendant qu'elle va chercher des soldats à son mari : des chevauchées à la tête des troupes qu'elle ramène, et des nuits sous la tente; une invasion au milieu des canonnades; un accouchement tragique entre deux alertes; la mère séparée de sa petite fille, ne sachant ce qu'elle est devenue; puis, en France, l'hospitalité maigre et humiliante, la pension mal payée par Mazarin; pas de bois en plein hiver pendant la Fronde; la veuve du roi décapité pleurant du matin au soir et, parmi ses larmes, prise de gaietés subites, par des retours inattendus du sang de Henri IV; et la dévotion finale, murée et profonde comme un tombeau, la mort anticipée dans le silence du couvent des Visitandines...
Et voici la fille, Henriette d'Angleterre, un berceau ballotté dans les hasards de la guerre civile, une enfance triste dans un intérieur froid, gêné et presque bourgeois, de reine exilée. Elle sort de là parfaitement simple et bonne, et tous les contemporains, sans exception, vantent sa douceur. De grands yeux, une jolie figure irrégulière dont toute la séduction vient du rayonnement de l'esprit, et si charmante qu'on ne voit plus la taille déviée ; romanesque et trompant son propre cœur dans de périlleuses coquetteries; d'ailleurs vive, intelligente, nullement guindée, aimée des hommes de lettres, bonne enfant avec eux; adorable, adorée, triomphante (avec plus d'une blessure au cœur), jusqu'au verre de chicorée et à la « nuit effroyable »...
J. Lemaître, les Contemporains, lrc série ; Lecène.
LETTRES
Madame à Bossuet pour 1^ prier de laisser imprimer l'oraison funèbre de sa mère.
(Besançon. — Baccalauréat, juillet 1881.)
If
M de Motteville écrit à sa sœur pour lui raconter l'oraison lunèbre prononcée par Bossuet en l'honneur de Henriette de France, reine d'Angleterre.
i, — Collège de fille-. iv
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Étudier les rapports et les différences du Panégyrique de saint Bernard et de l'oraison funèbre de Henriette de France. Montrer le progrès du génie et de l'éloquence de Bossuet.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1866.)
Comment Bossuet a-t-il su concilier l'éloge, l'histoire et le sermon dans l'oraison funèbre de Henriette de France?
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1886.)
Juger les jugements historiques sur Charles Ier et Cromwell.
(Rennes. Baccalauréat classique. — Paris. Professorat des écoles normales. — Leçon.)
Faire le portrait de Henriette de France d'après l'oraison funèbre de Bossuet.
(Montauban. — Lycée de filles, ôe année.;
Exposer, d'après Bossuet, les causes de la révolution d'Angleterre, et expliquer ce qu'il entend par la philosophie de l'histoire.
(Toulouse. — Lycée de filles, 3° année, 1897.)
Bossuet, dans l'oraison funèbre de Henriette de France, reine toujours lidéle à la vérité historique?
utenay-aux-Roses. — Dkvoib de littérature.)
si pas un ouvrage humain que je médite. Je ne suis i un historien <jui doive vous développer le secret des cabinets, ni l'ordre des batailles, ni les intérêts des partis. Il faut que je m'élève an-dessus de l'homme pour faire trembler toute créature sous les jugements de Dieu, m [Oraison funèbre de lien- . Vérifier l'idée exprimée dans ce passage par l'élude de cette oraison.
I ontenay-aux-Roses. — Dkvoib de littérature.)
Que faut-il entendre par cette expression : une langue solide/ Étudier à l'appui la première phrase de l'oraison funèbre de
Fonlenay-aux-Roses. — Composition de littérature.)
Comparaison de l'oraison funèbre de Henriette de France et du sermon sur l» Providence.
ViHefr — J. Bardou imj.r.
ORAISON FUNEBRE DE HENRTETTE-ANNE D'ANGLETERRE