Daniel de Cosnac, Mémoires
La dédaigneuse Mllc de Montpensier et le caustique marquis de la Fare ne parlent pas autrement. Seulement, si elle charmait le monde, elle se laissait charmer par le monde a sou tour. « Le monde l'aimait, dit Mme de Motteville, et elle ne le haïssait pas. » Quelques coquetteries, quelques légèretés, achevèrent de détacher d'elle un mari froid par nature et livré à d'indignes favoris tels que le chevalier^ de Lorraine. Malheureuse de ce côté, devenue plus grave sans rien perdre de sa grâce, chargée parla confiance de Louis XIV d'une importante négociation avec la cour d'Angleterre, elle y révéla une « incroyable dextérité à traiter les affaires les plus délicates, à guérir ces défiances cachées qui souvent les tiennent en suspens, et à terminer tous les différends d'une manière qui conciliait les intérêts les plus opposés. » C'est à ce moment qu'elle apparut «au comble de la grandeur et de la gloire », au lendemain du voyage triomphal qu'elle fit en Angleterre au printemps de 1(370, et d'où elle rapporta un traité d'alliance offensive et défensive entre les deux pays. « Le plaisir et la considération que donnent les affaires se joignant en elle, dit Mme de la Fayette, aux agréments que donnent la jeunesse et la beauté, il y avait une grâce et une douceur répandues dans toute sa personne qui lui attiraient une sorte d'hommage qui devait lui être d'autant plus agréable qu'on le rendait plus à la personne qu'au rang. » C'est à ce moment qu'elle est frappée par la mort. Le 29 juin 1670, elle est saisie de vives douleurs; le 30, après huit heures de souffrances, elle expire.
Le bruit courut qu'elle avait été empoisonnée, à l'instigation du chevalier de Lorraine, récemment exilé. Saint-Simon affirme à tort que personne n'en douta ; mais il paraît bien que Madame ne fut pas seule à le soupçonner. Pour dissiper ces soupçons, le roi fit faire l'autopsie du corps en présence de nombreux témoins et médecins français ou anglais : la déclaration officielle fut que Madame était morte d'une maladie d'entrailles, d'une attaque de « choléra morbus ». Cette déclaration ne convainquit pas tout le monde, puisque Saint-Simon, longtemps après, rajeunit l'accusation, dont la mémoire de Monsieur ne se lava jamais complètement. Depuis, le débat a été plus d'une fois repris : l'autorité même de Littré, qui attribue la mort de Madame à un ulcère de l'estomac, ne l'a pas clos. Au reste, l'insoluble problème des causes de la maladie offre infiniment moins d'intérêt que le récit de la mort, car le prêtre qui aide Madame à bien mourir, c'est Bossuet.
X [, | ne mondaine, il semble que Ma-
g Loojonrsété la chrétienne donl Bossuet li , :,jii par ! ii d'une morl récent el pési-
up d'esprit et d'agrément, le jan- ! tmns1 ne lui reconnatl pas une piété éprouvée : i Elle un honneur de paraître fort éclairée, et par là elle ■ spril fort. Cependant, depuis quelq elle cl erchail la vérité d'une religion, et n'était encore déterras doute, son indifférence, car - l'abbé Ledieu que, pendant l'année qui précéda sa mort. eHe eut recours à Bossuet, comme à un véritable direct, science, et q le chaque semaine, à des heures
es, il lui apportait ses conseils, ses consolations peut-être. ison funèbre de la rein- - terre fut-elle, comme le
pense Ledieu, l'occasion qui les rapprocha? 11 est probable qu'elle ne l'eût pas demandée à Bossuet si elle n'avait estimé ^on talent et sa personne. Floquet assure que, pendant l'anni Ile suivit assidûment les sermons de celui qu'on
appelait encore l'abbé Bossuet et qu'on allait appeler l'évéque de Condom : dans le préambule d'un sermon de cette époque -mains, prêché le jour des Rameaux, celui- Madame, dont il loue, en homme qui la connaît bien déjà, le juste discernement, le jugement exquis, le goût délicat. Si donc Monsieur fit prier Bossuet d'assister Madame qui se sentait mourir, ce n'e>t point seulement, comme le dit la m digne M • de Montpensier, parce qu'il a cherché qui pourrait avoir ■■ bon air à mettre dans la Gazette ». Bossuet ne fut point cependant le premier prêtre qui accourut : il fut devancé par là pre et dur Feuillet, chanoine de Saint-Cloud, que Lecamu5 admii ju'ila parlé à Madame plus rudement qu'on
ne parle d'ordinaire aux grands, et qu'il l'a « savonnée à sa . Pour estimer à leur juste prix les éloges de ce jansé- . il faut lire tout ce dialogue, dont on ne peut citer ici qu'un lent, entre Feuillet et Madame, l'un brutal sans nécessité2, d'une douceur inaltérable :
ir Pepillet, on quel état je suis réduite. — En un trè*
: dame, lui : '■ ;i présent qu'il y a un
i connu pendant votre vie. — Il est vrai, mon