‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 76 sur 228 · C. de Litt. — Bossuet [Oraisons funèbres · texte numérisé non relu

C. de Litt. — Bossuet [Oraisons funèbres

lus naturels Frani ûs. On sait que ce dévoue-

menl absolu ne fui pas payé de retour. Elle ne cacha p

douleur ni ses larmes quand elle vit que le i"i ne l'aimai!

{>lu-: mais ell chercha une consolation dans les

[lies de la piété la plus ardente. Sur six enfants elle en

:. L'influence que Mme de Maintenon prit sur le roi

el qui eut pour effet de le rapprocher <le I i reine, lui rendil

un peu de bonheur. Mais c'est justement, comme l'observe

dans le temps qu'elle se trouvait le plus heureuse »»

que la mort vint la surprendre. Elle mourut en peu de jour-.

à la suite d'une saignée faite mal à propos ou d'un excès de

B • causé par un de ces voyages rapides et pénibles que

Louis XIV imposait à sa cour. On attribue au roi ce mot de

f, qui est un juste éloge, mais bien paisible : « Sa mort premier chagrin qu'elle m'ait donné. » Mais M"^ de Caylus dit qu'il fut m plus attendri qu'affligé » et qu'il plaisanta, quelques jours après, Mmc de Maintenon sur sa contenance trop alfa isl

Quel parti pouvait tirer Bossuet d'une vie dont il dit luimême qu'elle fut toujours « égale »? Il n'y avait été mêlé que dans une circonstance douloureuse : le duc d'Anjou, « ce jeune prince que les Grâces semblaient elles-mêmes avoir formé de leurs mains », venait de mourir, et Bossuet, « triste mesd'un événement si funeste », vit couler à flots les larmes de la mère. Le souvenir de cette mort d'enfant lui inspire un de ces mots émus qu'on regrette de trouver plus rarement dans cette oraison funèbre que dans celle de Madame : « Il me semble que je vois encore tomber cette fleur. » Le seul enfant survivant de la reine, le grand dauphin, était au premier rang des auditeurs de Bossuet à Saint-Denis, et Bossuet, dans sa péroraison, l'exhorte à écouter la voix « connue » de son ancien ;pteur. Il n'y a pas apparence, d'ailleurs, que les leçons du prédicateur aient pénétré dans l'âme de l'indolent dauphin plus avant que les leçons du précepteur n'avaient pénétré dans son esprit autrefois. Mais enfin tout ce qui donne un tour et un ton un peu personnels à cette oraison trop uniformément édifiante est accueilli avec plaisir par le lecteur, même la phrase, assez surprenante ici, où Bossuet rappelle que la i «ine de France a été tendrement aimée de la reine d'Kspa^n*' <^e nom odieux ».

S'il avait été un historien, ou simplement un morali-te, libre

- .'mies et les secrets des cœurs, il eût

trouvé, certes, en un tel sujet la matière d'une étude curieuse et douloureuse, et n'aurait pas été réduit, soit à célébrer l'antiquité, la grandeur et la piété des maisons de France et d'Autriche, soit à revenir si souvent aux fréquentes confessions et communions de la reine1, aux torrents de larmes qu'elle versait sur les moindres péchés, à ses jeûnes et abstinences de tout genre, toutes choses très dignes de respect, mais qui n'illustrent pas une vie et ne soutiennent pas une oraison funèbre. Cette infante d'Espagne, qui devint Française de cœur, mais non pas de langage ni de manières; qui, d'ailleurs, fille d'un père « qui sut conserver avec une grâce, comme avec une jalousie particulière, ce qu'on appelle en Espagne les coutumes de qualité et les bienséances du palais », avait un air de dignité et de grandeur naturelle, tenait fort bien son rang quand il était nécessaire de se prêter au monde, s'y donnait même quelquefois, il faut l'avouer, aimait les spectacles et les fêtes, un peu gourmande, fort adonnée au jeu, capable de perdre vingt mille écus dans une matinée où elle avait manqué la messe, mais, de préférence, pendant de longues heures, méditait et priait dans la solitude de son oratoire.

A la regarder de près, la physionomie de cette reine est plus complexe qu'elle n'apparaît dans l'oraison funèbre : « Elle disait souvent d'assez plaisantes choses, écrit Mlle de Montpensier, et on en aurait fait plus de cas si elle avait été aussi à la mode que Mmc la dauphine le fut d'abord, ce qu'elle n'avait jamais été, la pauvre reine! » Et comment l'aurait-elle été, si « elle avait dans la tête qu'on la méprisait », ce qui la rendait non seulement jalouse, mais triste et gauche? Si l'on en croit Mme de Caylus, elle ne paraissait qu'avec « effroi » devant un mari qu'elle adorait, mais respectait encore plus, et dont les trop éclatantes infidélités lui perçaient le cœur, sans lui arracher jamais un cri de révolte. L'innocence, la pureté, la modestie, la perpétuelle régularité de cette vie, Bossuet pouvait les glorifier à son aise. Mais ce n'était pas toujours le repentir de ses péchés qui avait fait couler les pleurs de Marie-Thérèse. Sur les souffrances intimes de l'épouse, il fallait se taire, ou se borner à quelques allusions, qui ne laissent pas, d'ailleurs, d'être expressives, sur « ce que peut dans les maisons la prudence tempérée d'une femme sage pour les soutenir, pour y faire fleurir dans la piété la véritable sagesse, et pour calmer

1. Mme de Sévigné dit de la dauphine (13 mars 1680) : « Cette princesse ne cède point ù la reine pour communier souvent. »

• mit </u'ai-

; on sur les déplaisirs et Les mortelles douleurs qui se

cachent sous la pourpre. Ces allusions étaient attendues par

un publi.- d'élite qui en aimait la d< - ivante, comme

nous '-il admû re la prudente hardiesse. Mais elles

ne suffisent pas que le sujet, ainsi limité par des

apérieuseS) avait de doucement, du saintement

itone. 11 nous reste seulement l'idée assez nette, et non

. d'une reine dont la majesté n'était pas dédaigneuse, d'un».* femme dont la dévotion mélancolique n'excluait pas une charité active, quelquefois vaillante, d'une âme candide qui se reflétait sur un candide visage. « L'infante-reine, dit Mme de Motteville, était petite, mais bien faite : elle nous fit admirer en elle la plus éclatante blancheur que l'on puisse voir. » Cette blancheur extérieure, Rossuet en fait un symbole de la pureté intérieure qui resplendit dans les âmes élues. Il les rapproclm et les confond dans une phrase mystique de sentiment et un peu précieuse de forme, qui étonne et ne déplaît pas : « La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle. Cette éclatante blancheur, symbole de son innocence et de la candeur de son âme, n'a fait, pour ainsi parler, que passer au dedans, où nous la voyons rehaussée d'une lumière divine. » Les juges d'un goût rigoureux critiquent celte confusion d'une chose matérielle avec une cho>e morale1. On n'a pas le courage de livre, car ce trait d'u: - délicatesse subtile est peut-être l il qui fixe bien dans notre esprit celle sorte de candeur particulière qui distinguait la reine : c'était une âme toute blanche.

Le plan de l'oraison funèbre. — < uniment Bosquet eu élargit l'horizon : la rrinr a-.soeiée aux aetions du roi.

Mais une sainte vie suivi.- d'une sainte mort, cela est la ma-

d'un panégyrique plutôt que d'une oraison funèbre, et

parmi les oraisons funèbres de Bossuet, celle-ci est, en effet,

celle qui se rapproche le plus du panégyrique. Le panégyrique

loue des vertus qui atteignent à la sainteté et qui sont dignes

1. I .-iiir du double - -n- matériel et moral, <le* nota laif.>

I ldu8.

d'être proposées comme un modèle à l'imitation de fidèles moins parfaits. Dès le texte, emprunté à saint Jean, on comprend qu'il s'agit d'une àme prédestinée : Sine macula enim sunt ante thronum Dei. « Ils sont sans tache devant le trùne de Dieu. Tout l'exorde nous montre la reine mêlée au petit groupe des êtres bienheureux que Dieu chérit pour leur innocence : dans la suite du discours, quelle vertu est le plus souvent louée en elle, sinon « cette bienheureuse simplicité, gui lui était commune avec tous les saints »? Une oraison funèbre conçue dans cet esprit ne peut avoir le même plan, les mêmes divisions tranchées et les mêmes oppositions dramatiques que les oraisons précédentes des deux Henriette. Mais la grande idée de la Providence est encore ici l'idée dominante, le point de départ de toute la démonstration :

Entrons, Messieurs, dan? les desseins de la Providence, et admirons les bontés de Dieu, qui se répandent sur nous et sur tous les peuples, dans la prédestination de cette princesse. Dieu l'a élevée au faite des grandeurs humaines, afin de rendre la pureté et la perpétuelle régularité de sa vie plus éclatantes et plus exemplaires. Ainsi sa vie et sa mort, également pleines de sainteté et de grâce, deviennent l'instruction du genre humain. Notre siècl>' n'en pouvait recevoir de plus parfaite, parce qu'il ne voyait nulle part dans une si haute élévation une pareille pureté. C'est ce rare et merveilleux assemblage que nous aurons à considérer dans les deux parties de ce discours. Voici en peu de mots ce que j'ai à dire de la plus pieuse des reines, et tel est le digne abrégé de son éloge : il n'y a rien que d'auguste dans sa personne; il n'y a rien que de pur dans sa lie.

C'est bien encore, si l'on veut, la division usitée : les grandeurs humaines ne sont rien devant la mort ; la piété seule est le .salut. Mais il sera inutile d'appuyer ici sur le néant des grandeurs humaines, puisque la reine a été la première à les humilier devant Dieu, puisqu'elle n'a point d'endroit faible par où la mort puisse la surprendre. A quoi servira donc, ce spectacle d'une vertu toujours constante dans la vie, toujours prête à la mort? Rien qu'à faire comprendre à tout l'univers « cette importante vérité, qu'il n'y a rien de solide ni de vraiment grand parmi les hommes que d'éviter le péché, et que la seule précaution contre les attaques de la mort , c'est l'innocence de la vie ». Cette oraison funèbre sera donc à la fois un panégyrique et un sermon; et la part du sermon sera d'autant plus large que la part de l'éloge profane sera plus restreinte.

La première partie, contrairement à ce qui se remarque dans les deux oraisons funèbres précédentes, serait d'un intérêt assez peu vif, si Bossuet s'était borné à exposer que Dieu lui-même

avait voulu élevei la reine par ane augusle naissance à un

cupé d>- n tout l'action

providentielle, gnanl peut-être le sourire de quelque

libertin,, - r, avec une hauteur un peu

remenl dédaigne is

- hes qui. mesura' ' .: que d'un certain ordre général d" ut! oommi s'il avait à nob

• itellig oce pouvait n

éternel le« - famille* qui sont la source qualités dominant vait-nt fair^ la fortone. Il a aussi ordonné dans

I dont elles sont composées, mais principales - 'uverner ces nations, et en particulier «I famii; ;cls elles citenir ou -'abattre.

:' ut naître les deux pnisi . la reine d ance et celle d'Autricl

rt pour balancer les en-, ses huma: ef ju-qu'à

quel tel

nt d éloquence passe un peu par-dessu> la tête de la modeste Mari pour aller frapper les philos

qui refusent de reconnaître l'intervention divine dans certaines choses bien « particulières ». Mais cette sorte d'apothéose des princes de la maison d'Autriche, et surtout de la maison de France, porte le développement à des hauteurs imprévues. B suet l'y maintient, non sans effort peut-être, car il est permis de ne pas admirer sans réserve l'apostrophe fameuse : ■ Cessez,. princes et potentats, de troubler par vos prétentions le projet 'amour, qui > mbU aussi le voul >fr troubler, Le souvenir des amours de Marie Mancini et duj'-une Louis XIV ne parait pas s'imposer ici, el 1 qu'on en pourrait faire sérail compromettant : il est pn piquant dans un ensemble plutôt austère. Il est vrai qu'il s'agit de confirmer l'idée chère I : l'amour lui-même ne peut

rompre les mesures « prises dans le ciel » et qui destinent l'in-

au roi. Ce mariage prenant dans sa pensée un caractère

té surnaturelle, on comprend son enthousiasme quand

il le voit réalisé, et cette autre apostrophe à l'Ile des Faisan- ou

oncloe la paix des Pyrénées : Ile pacifique... » On d'ailleurs, que l'orateur, de parti pris, veut étoffer, pour ainsi dire, la maigreur de son sujet en associant perpétuellement à l'histoire de la reine l'histoire de la France.

UKAlâON FUNEBRE DE LA HEINE 1

Ce dessein se précise lorsque l'éloge de la reine rencontre en quelque sorte l'éloge du roi et, pour un long moment, s'y perd. Le procédé, car c'en est un, est ingénieux et, dans une certaine mesure, légitime, puisqu'il est naturel, en principe, de ne pas séparer le roi de la reine. Mais celte reine a tenu si peu de place dans la vie de ce roi, qu'on voit trop à découvert l'habileté de la liaison : « Une reine si grande par tant de titres le devenait tous les jours par les grandes actions du roi et par le continuel accroissement de sa gloire. » Le développement, d'ailleurs, est large et suivi : Louis XIV dans la guerre, Louis XIV dans la paix, Louis XIV rempart de la religion contre l'hérésie, ce sont là de belles pages où l'histoire se mêle aux panégyriques, où les apostrophes sont encore un peu trop fréquentes et prolongées : « Tu céderas ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté. Tu disais en ton cœur avare... » Mais on perd trop de vue Marie-Thérèse : à peine la montre-t-on accompagnant le roi, au cœur de l'hiver, dans ses promenades tranquilles qui deviennent tout à coup des expéditions, et joignant au plaisir de le suivre celui de servir secrètement ses desseins. Cela ne suffit peut-être pas pour conclure : « C'était d'un tel héros que Marie-Thérèse devait partager la gloire d'une façon particulière, puisque, non contente d'y avoir part comme compagne de son trône, elle ne cessait d'y contribuer par la persévérance de ses vœux. » C'est acquérir à peu de frais la gloire. 11 est vrai que la plus illustre de toutes les reines est aussi « la plus illustre de toutes les mères », parce qu'elle a donné le jour à ce très médiocre personnage qu'est le dauphin. Que Bossuet avait raison lorsque, dans l'oraison funèbre du P. Bourgoing, il plaignait les orateurs chrétiens qui font le panégyrique des grands du monde !

La seconde partie, consacrée aux vertus chrétiennes de Marie- Thérèse, est la plus longue, celle où les questions théologiques, les citations de l'Écriture, tiennent le plus de place. Il est vrai que la théologie, chez Bossuet, rarement est aride : par exemple, il se demande si la pénitence doit être préférée à l'innocence même, et reprend, en la modifiant d'ailleurs heureusement, la parabole de l'Enfant prodigue, qu'il avait déjà traitée dans un sermon de sa jeunesse sur la Nativité de la Vierge ; il y a des longueurs encore et des subtilités dans ce développement, mais on les oublie quand on rencontre cette comparaison, prise au texte ancien : « Ainsi les cœurs sont saisis d'une joie soudaine par la grâce inespérée d'un beau jour d'hiver qui, après

un temps pluvieux, vient réjouir tout d'un coup la face du monde; maison ne r la constante sérénité d'une

saison plus bénigne. La foi vive de la reine et les vertus qui Lttachenl sont un peu délayées dans un autre développement qui a de Ponction, mais quelque mollesse, après la foi, de la reine pour le saint-siège qui » st mis en lumière; le ton devient plus vif et plus feun.-. car celui qui affirme que « le saint-siège ne peut jamais oublier la France, ni la Fiance manquer au saint- g -lui qui dénonce les me-

nées intéressées et politiques des ennemis de la France à Borne, e prélat gallican qui vient de prononcer le sermon sur YUiiiti de V Église dans l'assemblée du clergé de France. Le dernier développement, sur l'amour de la reine pour l'Eucharistie, n'a pas cet intérêt historique, mais quelques traits mériteraient d'y être relevés : par exemple, celui qui atteint ces «< fausses pénitences, qui ne sont suivies d'aucun changement de nos mœurs », effleurait au moins le roi lui-même. Fn terminant, l'orateur exhorte ceux qui l'écoutent à prévenir par la pénitence le coup terrible et toujours imprévu de la mort.

il!

Comparaison des oraisons funèbres de la reine par Bossnet et Fléehier.

Si l'on était tenté pourtant de juL'er avec trop de sévérité les faiblesses à peu près inévitables d'une telle oraison funèbre, il suffirait, pour la relever dans notre opinion, d'y comparer l'oraison funèbre que Fléehier prononça sur le même sujet le 24 novembre 168:5, dans l'église du Val-de-Gràce où reposait le cœur de la reine. Le texte choisi par Fléehier, plus banal que celui de Bossuet, annonce quel caractère prendra et gardera tout le discours. C'est un mot de L'Ecclésiaste Les fondements éternels sur la pierre solide et ferme et les commandements de Dieu sont dans le cœur de la femme sainte. » C'est à imiter une sainte en effet, non à pleurer une reine, que l'orateur invite ■ ttts. o Intrigues de cour, s'écrie-t-il, affaires du monde, raisons d'État, vous n'avez point ici de part: et c'est la grandeur de mon sujet d'être renfermé dans une vie toute chrétienne. C'en esl aussi la faiblesse au point de vue purement humain, car cette oraison fanèhre, ainsi réduite à un pai

rique, n'a pas même les ressources du panégyrique proprement dit, qui propose en modèle aux hommes la vie non pa< seulement édifiante, mais admirable et presque surhumaine, d'un saint véritable. De là sort une division qui manque au moins de force : « Les desseins de Dieu, fondements éternels de la piété de cette princesse, accomplis en elle ; les commandements de Dieu gravés dans son cœur, et mis en pratique, sont toute la matière de son éloge. »

Dans la première partie, cependant, Fléchier ne s'interdira pas absolument d'user des secours que peut lui offrir l'histoire. Il n'oubliera pas plus que Bossuet L'île fameuse où Mazarin et don Luiz de Haro discutèrent les clauses du traité qui donna l'infante à la France. Il essaye même, mais en passant et assez gauchement, d'associer la gloire du roi à celle de la reine : « Je ne crains point de diminuer la grandeur des actions du roi : ce prince veut bien partager sa gloire avec la reine, et joindre ce que le Ciel a fait pour lui à ce que le Ciel fit pour elle. » Mais ce ne sont là que des velléités timides. Voulant surtout montrer u la conduite de Dieu sur la reine )>, avant de montrer, dans la seconde partie, « la conduite de la reine à l'égard de Dieu » les divisions de Fléchier ne sont souvent que des antithèses de mots), il nous parle très peu de la « conduite » de Dieu, et beaucoup plus de celle de la reine; il nous peint Marie - Thérèse se cachant dans quelque paisible et sainte retraite pour y vaquer à la prière ou y faire une revue de sa conscience, allant d'église en église reconnaître Dieu partout où il veut être adoré, méditant les mystères sacrés, assistant au saint sacrifice, visitant les hôpitaux, voyageant pour honorer la fête d'un saint, et il appuie avec lourdeur sur cette idée que c'étaient là pour la reine les seules affaires importantes. Après quoi, le développement tourne sur une nouvelle antithèse : « Les ordres du Seigneur dont cette reine était chargée furent les fondements de sa grandeur; et les commandements du Seigneur qu'elle avait gravés dans son cœur furent les règles de sa piété. »

On revient donc, dans la seconde partie, à la piété de la reine, à ses « confessions réitérées », à son horreur de l'hérésie, dont le roi renversait les temples « élevés sur les débris de nos autels », à sa charité, à ses visites aux hôpitaux, dont Fléchier nous fait une peinture à la fois précieuse et réaliste, à l'égalité de cette vie si peu royale : « Mêmes vertus, mêmes retraites, mêmes prières, même usage des sacrements, mêmes principes, mêmes règles. » L'orateur, qui a de la finesse plus

COI l;> DE l.l l ihKAil RE

ijne de la vigueur, sent bien que recueil d'un sujet ainsi com-

j.i i-, c'est l'ennui. Comme pour se tromper lui-même, il s Y-cric :

lements d'une régence tumultueuse, la valeur d'un

s, une suite de guerres et de victoires, des vertus brillan-

mondaines, frapperaient peut-être davantage

sprits; 1 1 ini - j»» ne viens pas vous surprendre par des ac-

-xtraordii. viens vous édifier par des vertus quir

- communes qu'elles paraissent, ne laissent pas d'être

[ues. a Uù était l'héroïsme ? Il semble que Fléchier ait

\ oulu nous en faire sentir la nature dans le seul passage de son

liaison funèbre qui soit un peu précis, malgré le vague des

• •\j.iessions :

[à dans le fond - qu'elle répandait ses larmes et sa

toit dans la perte «Je ses enfante, que le Ciel lui donna pour accomplir s-- .ni ùt;t pour éprouver sa résignation; soit dans l'absence •lu r->i;... toit dans ces inquiétudes >■[ dans ces peim - ie la Provii, pour le saiut de Bes eiu<. mêle Boutent ;mx grandes fortunes, as ce qui se passait entre Dieu et el ente de la colomb':- doivent être laissés a la solitude et au Bilence à qui elle les a confiés. Il j x dont !<-• sort est de demeurer cachées à Timbre de celle- ; ;=-Christ, et il suffit de 'Jireà la gloire de cette princesse que tout sein saint, et que le Pèredesmis et le Dieu de toute consolation, qu'elle aima toujours également, là soutint et dans les douceurs et u\'ins les amertumes de la rie.

Qui ne sent pourtant que les mots brefs de Bossueten disent plu-, avec plus d'énergie à la fois et de véritable convenance? Fléchier s'est cru très habile parce qu'il est parvenu à faire entrer dans sa péroraison le mot de Louis XIV après la mort de la reine Je n'ai jamais reçu de chagrin d'elle que celui de l'avoir perdue »), et il lui semble voir le cœur de la reine, déposé dans l'église où il parle, se réveiller et s'attendrir à parole majestueusement décente. Bossuet n'a pas fait parler Louis XIV, et pourtant, s'il a lu les deux oraisons funèbres, est pas celle de Fléchier que Louis XIV a dû préférer.

PRINCESSE PALATINE 9 août 1685.)

Caractère particulier et analyse de cette oraison funèbre.

11 esl des oraisons funèbres de Bossuet plus éclatantes que celle d'Anne de Gonzague de Clèves, princesse palatine (1616- 6 juillet 1()84 ; il n'en est pas de plus étonnante au point de vue des difficultés surmontées. Celle dont Bossuet doit prononcer ici l'éloge est celle dont un critique contemporain1 a pu tracer ainsi le portrait : « Pour faire contraste (avec Marie- Thérèse, « moulonnière et tendre sous un empois héréditaire d'orgueil royal,... reine et brebis »), voici la princesse palatine, échappée de son couvent, mariée par ambition, toujours endettée, fine, intrigante, allant de Mazarin à Condé et complotant avec Retz, manœuvrant à l'aise dans l'eau trouble de la Fronde, souverainement belle avec un sourire mystérieux, débauchée, libre penseuse, je ne sais quel air d'aventurière, de princesse ruinée, de grande dame bohème, de Slave énigmatique et perverse longtemps avant l'invention du type. » La seconde fille de Charles de Gonzague de Clèves, duc de Nevers, de Mantoue et de Montferrat, et de Catherine de Lorraine, était à bien des égards une étrangère2. Elle épousa à vingt-neuf

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