LETTRES ET NARRATIONS
Lettre de Leibniz à Bossuet. — Bossuet, dans l'oraison funèbre de Michel le Tellier (2o janvier 1686), s'écrie, en parlant de la révocation de l'édit de Nantes : « Ne laissons pas cependant de publier ce miracle de nos jours; faisons-en passer le récit aux siècles futurs. Prenez vos plumes sacrées, vous qui composez les annales de l'Église. » Vous supposerez que Leibniz, après avoir lu cette oraison funèbre, écrit à Bossuet et lui exprime la pénible impression qu'a faite sur lui ce passage.
Pour Leibniz, la révocation de l'édit de Nantes a été une des plus funestes inspirations du règne de Louis XIV. Elle a causé l'émigration de plusieurs familles de protestants, qui ont porté à l'étranger leur activité et leur industrie, et qui deviendront des ennemis de leur patrie; elle a indisposé contre la France plusieurs nations de l'Europe et préparé pour l'avenir des guerres ruineuses
L'exécution de cet acte impolilique a été marquée par des vexations odieuses et par des actes de cruauté qui ont révolté la conscience publique.
Il rappellera en terminant les grands principes du culte, aujourd'hui méconnus, invoqués autrefois par les premiers chrétiens; il appellera enfin de tous ses vœux la fin de ces persécutions religieuses et une sorte de trêve de Dieu entre les partisans des doctrines adverses.
(Poitiers. — Baccalauréat, août 1888.)
Une personne qui est allée, le 9 août 1685, à l'église des Carmélites de la rue Saint-Jacques, entendre l'oraison funèbre de la princesse palatine et qui a écouté le grand orateur avec ces u oreilles curieuses » dont parle Bossuet dans son exorde, écrit à un ami pour lui faire part de ses impressions.
(Angers. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1894.)
M ! S - Lettre du 28 oct. 1685 écrivait à son cousin Bussy que i ier le Tellier moui la fermeté d'un grand homme et la piété d'un chrétien. Puis-;, lui répondit
: h Je trouve sa mort aussi heureuse que sa vie; mais enfin, quelque honneur qu'elle lui fasse, je ne suis pas fâché qu'il en jouisse : je l'aime mieux où il est que parmi noue.
On suppose que, peu après, Mm0 de Sévigné envoya à Bussy l'oraison funèbre du chancelier par Bossuet, et que Bussy, après l'avoir lue, en dit son sentiment en toute franchise, rendant justice aux grands mérites de l'orateur, mais faisant ses réserves sur le fond de l'élogi
Le 8 mars 1686, Fénelon, alors occupé à sa mission de Sainrit à Bossuet: « Mais le grand chancelier, quand le
ns-nous, Monseigneur? Il serait bien temps qu'il vint charmer nos ennuis dans notre solitude, après avoir confondu dans Paris les critiques téméraires. Je prie II. Cramoisy de nous regarder en pitié. »
-uet lui répond en lui envoyant l'oraison funèbre de le Tellier, qui vient d'être publiée. On écrira soit la lettre d'envoi de Bossuet, soit la réponse de Fénelon, dont l'admiration ne s'exprima peut-être pas sans quelques réserves, car il aimait à envisagei le christianisme par son côté radieux plus que par son côté somhre, et préférait aux conversions parla crainte les conversions par l'amour.
Le jour où Bossuet prononçait l'oraison funèbre de la Palatine, la Bruyère, qui lui devait d'être entré chez Condé, enterrait sa mère. On suppose que Bourdaloue, qui y assistait, lui écrit pour lui rendre compte du discours et de l'effet qu'il a produit.
L'oraison funèbre de le Tellier ne fut pas bien accueillie de tous les contemporains. Dn des correspondants de Bussy, du il, lui écrit 20 janvier et 20 mars 168'
(( M. de Meaux fit l'oraison funèbre de M. ie chancelier, vendredi, à Sainl-Gervais. On dil qu'il y parla moins de lui que des cardinaux de Richelieu, Mazarin et de Retz, et que de M. le prince. En un mot, on n'est pas content... On vous aura peut-être mandé que M. l'abbé Fléchierfit, vendredi dernier, aux Invalides, l'oraison funèbre de M. le chancelier le Tellier. Elle fut admirée de tous ceux qui l'entendirent, et surtout de ceux qui avaient enlendu celle qu'avait faite M. de Meaux. »
Après avoir pris connaissance des deux oraisons funèbres, Bussy lui répond.
C'est le 10 juillet 1671 que mourut le premier duc d'Anjou, dont la beauté, la gaieté, la santé, faisaient la joie de sa mère, et c'est Bossuet qui fut chargé d'annoncer sa mort à ses parents. Le roi et la reine étaient en Flandre quand ils apprirent le danger qui menaçait leur enfant. Ils s'empressèrent de revenir, et couchèrent à Luzarches, avant de rentrer dans Paris. Là Bossuet les attendait. Il entre, le matin, chez le roi, à qui l'attitude de l'illustre messager révèle son malheur et qui s'écrie : « Il n'y a donc pas eu moyen de sauver ce pauvre enfant? Pour moi, je veux ce que Dieu veut. Mais la reine, la reine! Allons la voir, Monsieur, je vous prie. » C'était le troisième enfant que perdait Marie-Thérèse. Après le premier moment de stupeur, elle fondit en larmes : m Me voilà résignée, dit-elle à Bossuet, mais laissez-moi, par grâce, que je pleure tout mon saoul. »
Consultez sur cet événement l'oraison funèbre de Marie-Thérèse.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
Des mœurs oratoires dans l'oraison funèbre, et principalement dans celle de la princesse palatine.
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1872.)
L'éloge, l'histoire et le sermon dans l'oraison funèbre d'Anne de Gonzague.
(Paris. Leçon d'agrégation, 1885. — Aix. Devoir