Lettre du 13 novembre
i OURS DE LITTÉRATURE
3 I ; l'un, qui ne rti, mourut du
moins assi-t-'- par Bossuet, et c'est Bossue! encore qui de la n de l'autre avait tiré une leçon si éclatante. Mais ce ii' - m funèbre de la Palaline qui détermina la
conversion de Condé, - plus de trois mois au para-
fant, en avril 1685, que Condé lii appeler le P. des Champs, condisciple et son ami, el qu'il lit publiquement ses pâques.
religieux • dont parle Bossuet, et à qui < «■ humble chrétien », obéit. Nul n'a jamais douté de sa bonne ajoute Bossuet; el il rappelle le mot de Coud»'- mourant : Je n'ai jamais douté des mysl ;res de la religion, quoi qu*i n ail dit. » Mais on avait eu des raisons pour le dire et pour le Chrétiens, vous l'en devez croire, s'écrie Bossuet; et, dans l'état où il est. il ne doit plus au monde que la vérité. Il faut croire que Condé, en le disant, était sincère, mais non pas qu'il a dit la vérité : ce n'est pas de ses doutes seulement, le ses impiétés, de ses parodies sacrilèges ou de ses profanations que l'histoire nous a gardé le souvenir. Mais tout disparait dans le rayonnement de la fin, dans celte mort simple, résolue, paisible, où « un prince si exposé à tout l'univers ne donne rien aux spectateurs, dédaigne ces magnifiques parurent qu'à faire connaître sinon un orgueil caché, du moins les efforts d'une àme agitée qui combat ou qui dissimule son trouble secret. Le prince de Condé ne sait ce que [ue de prononcer de pompeuses sentences; et dans la mort, comme dans la vie, la vérité fut toujours toute sa grandeur... Sensible jusqu'à la fin à la tendresse des siens, il ne s'y laissa jamais vaincre: el au contraire il craignait toujours de la nature. >< Mm- de Se vigne1, qui écrit avant que Bossuet ait parlé, confirme par avance le récit qu'il fait de cite mort doucement héroïque :
La lettre qu'il a écrite au roi est la plus belle chose du inonde, <■[ le roi
s'interrompit trois ou quatre fuis par l'abondance d< tait un
adieu et une assurance d'une parfaite fidélité, demandant un pardon noble
rementa pas~''-s. ayant : le malheur des temps; un remer-
..' du retour du prince de C«<nti, et beaucoup de bien de ce prince;
ensuite une recommandation a sa famille d'être unie : il les ernbi
- devant lui. et promettre de -'aimer comme frères; une - i tous ses g mauvais exemp
un chri-tianisme partout et dan^ la its, '\ui donne une
lion et une admiration éternelle... Je ci
13 novembre I686et 15 janviei
m peu de mots que de dire qu'il a joint à la beauté de sa vie toute héi une mort toute chrétienne, et s'est également acquitté des devoirs de bon chrétien, de fidèle sujet, de bon père et de bon maître, et qu'en vingt-quatre heures il a réglé toutes ces choses avec une fermeté, une tranquillité, une douceur et une étendue d'esprit qui le faisaient paraître comme en un jour de bataille, car on dit que dans ces occasions-là il était parfait, et la mort, qui est la plus importante action de notre vie, a été aussi le plus bel endroit de la sienne.
L'histoire dans l'oraison funèbre de Coudé. — La bataille de Roeroy raeontée par JI"e de Sendéry, llme de la Fayette, Bossuet et Voltaire.
Avant de peindre le caractère de l'homme, de l'ami, Bossuet avait défini avec force et précision les grandes qualités du général. Il ne dit plus, comme autrefois, à Metz, dans le sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu : « La folle éloquence du siècle, quand elle veut élever quelque valeureux capitaine, dit qu'il a parcouru les provinces moins par ses pas que par ses victoires. Les panégyriques sont pleins de semblables discours. Et qu'est-ce à dire, à votre avis, parcourir les provinces par des victoires? n'est-ce pas porter partout le carnage et la pillerie?... Son àme de Français semble devenir une âme de soldat pour célébrer « un de ces hommes extraordinaires qui forcent tous «les obstacles », et il considère longuement par cet endroit le génie de son héros, « puisque, pour notre malheur, ce qu'il y « a de plus fatal à la vie humaine est en même temps ce qu'elle « a de plus ingénieux et de plus habile. » C'est un véritable enthousiasme qu'on sent en des phrases comme celle-ci : « Aussi vifs étaient les regards, aussi vite et impétueuse était l'attaque, aussi fortes et inévitables étaient les mains du prince de Condé. » Mais voici un autre aspect de ce génie : dans le feu des grandes occasions, il a l'esprit le plus net, le plus posé, « tant son esprit s'élevait alors, tant son àme leur paraissait éclairée comme d'en haut en ces terribles rencontres : semblable à ces hautes montagnes dont la cime au-dessus des nues et des tempêtes trouve la sérénité dans sa hauteur, et ne perd aucun rayon de la lumière qui l'environne. » Celui de ees jours à la fois terribles et sereins qui est resté le plus vivant dans l'imagination des contemporains et de ceux qui
i suivis, c'esl le jour de Rocroy, qui esl comme Le du jeune capitaine. Voiture lui écrivit une de ses lettres
. roman de Z«i / . antérieur de dix ans à l'oraison funèbre, M'-' de la Fayette se souvienl visiblement d'un récit qui lui avait été fait des trois charges de Condé.
pie l fei me, et, ouvrant Bea batailli effet si pi . - ne les. parent soutenir.
- remit en 01 «mmença la même attaque jusqu'à trois
: ippa (vite Infanterie d -. et, touché de poir périr
. crié qu'où leur fit quartier, lh mirent tout Us arme* bus, tu fouit iiiitiiur île lui, il» semblaient n'atoir d'autre application qu'à a- /mirer m clémence <t)>r>^ avoir éprouvé sa râleur.
Longtemps avant Mmc de la Fayette, MIIe de Scadéry avait 1653 , dans les moindres détails, le même événement; mais Condé, chez elle, esl Cyrus, et les Kspagnols sont ! - M lss Lgètes. Kn lisant ce loni: récit, on est tenté parfois de se demander si Hossuet ne l'avait pas lu; mais le romancier et Leur chrétien ont dû puiser aux mêmes sources. Bossuet. plus précis encore dans sa sobriété que M,lc de Scudéry dans son abondance un peu prolixe, a connu aussi la relation du baron de la Moussaye, aide de camp de Condé, publiée en 1 6 T 3 r mais connue de lui, sans doute, sous sa forme première, et où nous lisons, par exemple : « Le conseil de se retirer ne pouvait être pris d'aucun des deux chefs, et les deux armées se trouvaient enfermées dans une enceinte de bois comme dans un champ clos duquel elles ne pouvaient sortir sans une perte ou sans une victoire tout entière. ■ Mais le récit du Grand Cyrus est pas moins saisissant d'exactitude: « Il ne restait donc
t. F.n %oi< i ous saviez de quelle sorte tout le monde est dé-
charné (lins Paria i discourir de vous, je suis assuré que vous en auriez honte, cl que vo ; une de voir avec combien peu de respect et peu de crainte de
léplaire tout I- peu] Qt de ce que roua avez lait. A dire la vérité,
trop de hardiesse et de violence à vous d'avoir, à l'âge où vous êtes, choque eus capital;, ter, quand ce n'eût été que pour leur
expérience; Eut tuer le pauvre comte de fontaine, qui était, à ce qu'on dit, un des. meilleurs hommes des Flandres, et a qui le [.rince d'Orange n'avait jamais osé toucher; | ces de canon qui appartenaient à un prince, onde du roi, frère de la rein*-, et avec qui von- n'aviez jamaù eu de différend : enfin mis en désordre Heures trou ignou, qui vous avaient laissé passer avec tant de I as ce qu'endit h- p. Musnier, mais tout cela est contre les - mœurs, et M • a I.. . •■ me semble, grande matière de fini. -Mon. J'avais bien ouï dire que vous étiez opiniâtre comme un diable, et qu'il ne faisait pas bon - j'avoue que je n'eusse pas cru que vous vous fussiez ; iit-1 ■ : ai voua continuez, vous vous rendrez insupportable à toute ni l'empereur ni le roi d'Espagne ne pourront durer avec vous. » •me IX. livre III.
plus à combattre qu'un grand corps d'infanterie...» 6yrus«jus-
ques à trois fois » attaque ces tiers ennemis sans pouvoir les rompre; puis, voulant « sauver la vie à de si braves gei s'avance pour recevoir leur parole : un malentendu amené une nouvelle décharge de leur part, une nouvelle et furieuse attaque des soldats de Cyrus, jusqu'à ce que Cyrus arrête le massacre et que les vaincus, charmés de la clémence du vainqueur s'amassent en foule autour de lui, déposant leurs armes à ses pieds. Cyrus s'agenouille et rend grâce au soleil, dieu des Persans, qui a éclairé sa victoire. Mais quelle comparaison est possible entre cet interminable récit et le récit court, nerveux, rapide, de Bossuet?
La narration oratoire de Bossuet soutient même avantageusement la comparaison avec la narration historique de Voltaire, qui n'est pas aussi animée et n'est pas plus exacte. Il n'est pas sans intérêt peut-être de considérer ce que peut devenir un même récit en passant d'un orateur chez un historien. Préoccupée avant tout de l'exactitude et de la clarté des faits, l'histoire ne s'interdit pas tout mérite littéraire dans le récit, et nos meilleurs historiens n'ont rien de commun avec de froids annalistes et d'impassibles érudits. Ce mérite pourtant est secondaire à ses yeux; l'essentiel est d'exposer avec force, simplicité, netteté, la suite logique des événements, d'en bien éclairer les causes, les progrès et les résultats. L'historien explique le « pourquoi » et le « comment» des choses; critique et philosophe, il mêle au récit ses réflexions et ses jugements. Dans une narration oratoire, et surtout dans une oraison funèbre, où doit surtout ressortir le caractère du héros, tout est emporté par un mouvement rapide; faits, réflexions, jugements, tout revêt la forme oratoire, et, à travers des péripéties émouvantes, le drame — car c'en est un — court vers la crise tinale. La narration de l'historien est donc avant tout un exposé critique et méthodique, un enchaînement de faits précis sur lesquels l'historien raisonne, ou qu'il se borne à distribuer selon leur importance relative, pour nous permettre d'en embrasser l'ensemble d'un coup d'œil; la narration de l'orateur est avant tout une peinture, où l'on réclame non seulement l'exactitude du dessin, mais l'énergie du coloris.
De là vient que les récits de Bossuet et de Voltaire sont si différents de ton et d'allure, bien que le fond en soit le même. Voltaire, qui écrit un récit continu de ces guerres, n'a pas besoin de préparer et d'encadrer le récit particulier de la bataille
deRocroy; il se borne à mettre • ■[) relief l'héroïque initiative mdé, qui Ihrre bataille malgré les ordres limitles de la >ndés pai ioo du maréchal de l'Hospi-
tal. \'> m - tout d'abord les adversaires : d'un côté,
wallonnes, italiennes, espagnoles, qu'on n'avait pu rompre jusqu'alors; de l'autre, des troupes moins is qu'anime le besoin pressant de l'État, et quecomun jeune prince du sang qui portait la victoire dans entre des bois et des marais, les deux ronl décider leur querelle, « comme deux braves en - . \ oilà l'exposition du drame.
Dès le début de l'action, le caractère du héros est marqué de traits inoubliables, et l'on sait par cœur le beau passage qui ouvre, pour ainsi dire, le premier acte : « A la nuit qu'il fallut des ennemis, comme un vigilant capitaine, il repose le dernier, mais jamais il ne reposa plus paisiblement. A la veille d'un si grand jour, et dès la première bataille, tranquille, tant il se trouve dans son naturel, "l on sait que le lendemain, à l'heure marquée, il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. » Observez le même fait raconté à un point de vue et sur un ton différents : • On remarque que le prince, ayant tout réglé le soir, veille de la bataille, s'endormit si profondément qu'il fallut le réveiller pour combattre. On conte la même chose d'Alexandre. Il est naturel qu'un jeune homme, épuisé des fatigues que demande l'arrangement d'un -i grand jour, tombe ensuite dans le sommeil plein; il l'est aussi qu'un génie fait pour la guerre, agissant sans inquiétude, laisse au corps assez de calme pour dormir. » Où Bossuet admire, Voltaire raisonne : c'est qu'il n'a pas l'ambition de nous émouvoir, mais de nous éclairer. De là celte froideur de l'historien, dont le contraste est si frappant avec l'enthousiasme de l'orateur.
Le caractère du héros lissé déjà; voyons l'esquisse
s'élargir et devenir tableau. Un seul trait suffit à Voltaire, mais un trait juste et précis : il caractérise à merveille cette activité exempte de trouble, ce « coup d'oeil qui voyait a la fois le dan- I la ressource ». Bossuet nous le montre tantôt étonnant de ses regards étincelanls ceux qui échappaient à ses coups, taulùt calmant les courages émus, et joignant au plaisir de vaincre celui de pardonner. C'est le héros guerrier à la fois et dément, le héros vraiment humain, et Bossuet ne se contente pas de glorifier sa bravoure; pour mieux imposer à notre
imagination cette image vivante du jeune vainqueur, il peinl l'extérieur aussi bien que l'âme. Il ne lui donne pas seulement ces yeux fiers et vifs dont tous les contemporains ont remarqué l'éclat singulier, mais aussi cette « haute contenance » que relève la victoire, ces « nouvelles grâces » dont la clémence le pare. C'est un portrait en pied du jeune prince, superbe et doux, tel qu'un Philippe de Champagne eut pu le concevoir. Bossuet n'oublie pas cependant le lieu où il parle et le but qu'il doit poursuivre : orateur chrétien, il doit nous faire admirer et aimer un héros chrétien. Ce prince du sang qu'il vient de nous montrer tour à tour si impétueux et si chevaleresque, si brillant d'une grâce majestueuse, juvénile et virile tout ensemble, modeste après la victoire, fléchit le genou sur le champ de bataille devant le Dieu des armées. Le beau tableau d'histoire s'achève donc en leçon morale.
Bien que la lumière soit concentrée sur la figure de Condé, il n'est pas le seul héros du récit de Bossuet. Le vaincu est digne du vainqueur. Qui ne voit des yeux de l'esprit « celte redoutable infanterie de l'armée d'Espagne, dont les gros bataillons serrés, semblables à autant de tours, mais à des tours qui sauraient réparer leurs brèches, demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroute, et lançaient des feux de toutes parts, » et au milieu, au-dessus d'elle, « le valeureux comte de Fontaines, qu'on voyait porté dans sa chaise, et, malgré ses infirmités, montrer qu'une âme guerrière est maitresse du corps qu'elle anime »? 11 ne faut pas demander à Voltaire ces images et ces portraits rapides; pourtant il montre fort bien la supériorité de cette infanterie, aussi solide et plus agile, sur la lourde phalange macédonienne. Qui mieux que l'auteur du Discours sur l'histoire universelle connaissait la phalange? Mais la réflexion qui convenait à la narration historique eût arrêté le large courant de la narration oratoire. Voltaire raconte et constate les faits : nous saurions par lui, si nous ne le savions par Bossuet, comment le prince arrêta le carnage et ordonna d'épargner les vaincus qui se jetaient à ses genoux. Mais, comme Bossuet a pris soin d'appeler notre sympathie sur ces « braves gens », sur ces « lions », la clémence de Condé nous cause un double plaisir. Le drame est ainsi complet, et le dénouement fait l'elfe t d'un coup de théâtre, après la péripétie qui semble le rendre impossible, en excitant, par une fatale méprise, la rage du soldat vainqueur.
Il y a plus : le récit de Bossuet est plus exact que celui de
lb >UR8 DE I.Hil.liATl RE
Voltaire: car Voltaire ne dit pas qu'il y eut deux parts distincts la bataille, comme le montrent les récils de la lionsleaux, de M. Cousin <-t du plus récent historien . le duc d'Aumale; il nous laisse ignorer que Gondé, vainqueur à l'aile droit»-, dut ensuite se porter au secours de l'aile g les Français a d-mii vaincus, mettre en
fuit»- l'Es - 1 victorieux . Par contre, Bossue! prêteàCondé un reg ss rague le la mort du brave comte de
i fait dire h qu'il voudrait être mort connue lu is vaincu ». C'est ainsi que l'historien, sans ambition oratoire (car il est un juge, et non un panégyriste . par un mot. par un trait, par une anecdote, peut, lui aussi, marquer un caractère.
Ce que Voltaire marque avec une admirable netteté, ce sont - tnséquences militaires de la victoire, c'est aussi la part prépondérante qu'y prit Gondé : <■ Le prince ^a»na la bataille par lui-même. » Sur le premier point, Michelet est de son avis, ►-t va jusqu'à dire : i Cet événement est bien autre chose qu'une bataille, c'esl un grand fait social : la cavalerie est l'arme aristocratique, l'infanterie l'arme plébéienne; l'apparition de l'infanterie est celle du peuple. » Mais il conteste à Condé l'honneur de la victoire, qu'il attribue eu partie à Sirot, l'un de ses lieutenants. Si le témoignage de Hossuet était isolé, il pourrait sembler suspect, car c'est un ami qui prononce un éloge. Mais Voltaire, qui résume tous les récils contemporains, est un historien, et l'histoire vient à l'appui du discours. Très différents par la forme, qui varie selon les genres, les deux récits sont identiques par le fond.
llossuet historien dans le resle de l'oraison funèbre. Le parallèle de Tnrenne et de Condé.
Une oraison funèbre ne saurait garder longtemps le ton épique. Toutefois, s'il est vrai qu'on chercherait vainement ici un morceau égal au récit de la bataille de Hocrov, on n'en admire - l'aisance avec laquelle Bossuet se soutient à ces hauteur- pendant toute cette première partie de son discours, comme la précision des détails par lesquels tout est caractérisé. phie de la bataille de Ffibourg est ééepoaatede relief:
ÛIUISON FUNEBRE Di; PRINCE DE CONDÉ 17
Ce n'est pas seulemenl des hommes à combattre : inaccessibles; c'est des ravines et des précipices d'un côté; c'est, de i un bois impénétrable, dont le fond est un marais; et, derrière des ruisseaux, de prodigieux retranchements : c'est partout des forts élevés et deabattues, qui traversent des chemins affreux : et au dedans, cVst Merci avec ses braves Bavarois, enflés de tant de succès et de la prise de Fribourg; Merci, qu'on ne vit jamais reculer dans les combats; Merci, que le prince de Condé et le vigilant Turenne n'ont jamais surpris dans un mouvement irrégulier, et à qui ils ont rendu ce grand témoignage, que jamais il n'avait perdu un seul moment favorable, ni manqué de prévenir leurs desseins, comme s'il eût assisté à leurs conseils.
Ici encore, les traits matériels ne servent qu'à mieux faire ressortir les peintures morales. Le champ clos n'est décrit que clans la mesure où la description qui en est faite accroît l'intérêt de la lutte engagée entre des adversaires dignes l'un de l'autre. Rien ne manque à la précision du tableau, pas même les « pluies excessives » qui se joignent à « l'effroyable disposition des lieux ». Un peu plus loin, le ton change : c'est que la vie de Condé a offert des aspects successifs bien différents. Le vainqueur de Rocroy est devenu le prisonnier de Vincennes et du Havre. Peut-on l'oublier, en retraçant sa vie? Mais comment en parler? C'est ici l'endroit a qui fait trembler, que tout le monde évite, qui fait qu'on tire les rideaux, qu'on passe les éponges », et où Bourdaloue pourtant devait se jeter à corps perdu1. Bossuet n'évite rien, ne tire pas les rideaux, mais aussi ne répand pas une lumière crue sur ces choses dont il voudrait pouvoir se taire éternellement, dont pourtant il faut une fois parler ». C'est Condé lui-même qu'il fera parler, et qui déclarera, « en parlant de celte prison malheureuse, qu'il y était entré le plus innocent de tous les hommes, et qu'il en était sorti le plus coupable ». Le plus innocent, c'est peut-être beaucoup dire. Mais il est certain que longtemps Condé n'a pas « songé qu'on pût rien attenter contre l'État ». Mme de Molteville ne semble pas se tromper quand elle écrit : « Il n'avait pas de penchant à la guerre civile. » Et c'est très sincèrement qu'il disait lui-même : « Je suis d'une naissance à laquelle la conduite des Balafrés ne convient pas. » On peut juger toutefois qu'il y a bien de Fart et un peu trop d'indulgence dans le fameux passade où Bossuet s'efforce de tout compenser et de tout équilibrer dans une harmonie finale :