‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 98 sur 228 · Lettre du 17 août · texte numérisé non relu

Lettre du 17 août

:io à funiyei mines

rent 1 1er, tantôt dans ane :.

lie; car

formés de ses

me il lui plait aux bom-

L'idee providentielle est, en eflVt, au fond de ce parallèle,

lit au fond du portrait de Cromwell, dansl'orai-

son funèbi France, avec cette différence que

rell était un Qéau de Dieu envoyé à l'Angleterre pour

la punir, tandi- que Turenne et Condé sont des élus «I

la France pour la sauver; comme si Dieu, dont la

sagesse, dit Bossnet, se joue dans l'univers, eût voulu, en les

al si différents jusque dans leur grandeur, montrer « tout

ce qu'il peut faire des hommes ». Avant de raconter la bataille

B ssuet avait déjà dit :

• roitre, ce roi chéri du Ciel: tout cédera à ses exploits : supérieur nme aux ennemis, il saura : rrir, tantôt se pasi

.;ux capit;< : Dieu, qui sera eontinuelle-

isnré rempart de b atai*

ur le défendre dans son enfance.

Voilà le point de départ, et voici le point d'arrivée, la conclusion de toute la première pari st ce qu'a vu notre et. ee qui est encore plus jL-rand, il a vu un roi se servir nids chefs et profiter du lu Ciel. » En face de celte conception toute religieuse du rôle des grands hom- ■u qui fait les guerriers et les conquérants,... Dieu : de la France et d'un roi qu'il a «lesti • grands ouvr :- sent les scrupules de quelques grands seigneurs délicats?

Analvse el eoinparaisoii des oraisons funèbres de Condé par Bossuct et par Bourdaloue.

Un peu plus d'un moi- '. 1" 26 avril 1087, Bour-

daloue, qui avait déjà prononcé, le 10 décembre 1083, l'oraison

il : ri de Bourbon, père de Gondé1, prononçait celle

rot pronorjf • suites, ou le cœur de Condé avait

lirisioa qu'on \erra plus loin.

du vainqueur de Rocroy, sans paraître redouter la comparaison inévitable avec son éloquent prédécesseur. Un excellent moyen de sentir, avec la grandeur de Bossuet panégyriste, se délicatesse, c'est justement de faire cette comparaison devant laquelle Bourdaloue n'a pas reculé.

Les textes des deux discours sont bien choisis. Celui de Bossuet est tiré des Juges : « Le Seigneur est avec vous, ô le plus courageux de tous les hommes. Allez avec ce courage dont vous êtes rempli. Je serai avec vous. » Celui de Bourdaloue est emprunté au livre des Rois : « Le roi lui-même, touché de douleur et versant des larmes, dit à ses serviteurs : « Ignorez-vous « que le prince est mort, et que, dans sa personne, nous venons (( de perdre le plus grand homme d'Israël? Il est mort, mais « non pas comme les lâches ont coutume de mourir. » Toutelois, ce dernier texte, outre qu'il s'appliquerait plutôt, dans ces dernières paroles, à la mort d'un Turenne sur le champ de bataille, est plus ingénieux que fécond. Le texte de Bossuet, au contraire, semble contenir d'avance la division du discours : Conclé guerrier, Condé chrétien1.

Cette division est, chez Bossuet, d'une simplicité lumineuse :

Mettons ensemble aujourd'hui, car nous le pouvons dans un si noble sujet, toutes les plus belles qualités d'une excellente nature; et, à la gloire de la vérité, montrons, dans un prince admiré de tout l'univers, que ce qui fait les héros, ce qui porte la gloire du monde jusqu'au comble, valeur, magnanimité,, bonté naturelle, voilà pour le cœur; vivacité, pénétration, grandeur et sublimité de génie, voilà pour l'esprit, ne serait qu'une illusion, si la piété ne s'y était jointe; et enfin que la piété est le tout de l'homme.

Combien plus factice et compliquée est la division adoptée par Bourdaloue! Son exorde est singulièrement embarrassé et austère : il déclare qu'il vient raconter les miséricordes que Dieu a faites au prince, « au lieu des prodigieux exploits de guerre, au lieu des éminentes qualités du prince de Condé ». Parlant dans la chaire de vérité, ce sont les malheurs de son héros, les écueils de sa vie, ses égarements mêmes, qu'il mettra en lumière, pour y faire découvrir aux fidèles des trésors de grâce. Conclé héros prédestiné pour le ciel, voilà « le précis et l'abrégé » de tout son discours2.

I . On avait dressé à l'entrée du chœur un grand arc de triomphe à deux faces, dont l'une représentait la vie du prince, et l'autre sa mort chrétienne. » (Gazette du [S mars 1687.)

f2. « Bossuet embrasse dans son plan vaste et souple toutes les gloires, toutes les qualités publiques et privées du prince, celles du cœur d'abord, mais aussi celles

COI KS DE 1.1 1 MJiAllKE

né I Dieu, «•( v,.ici oomroe je l'ai conçu : - . idés. l'n I qni Dieu, par la plus singuli . avail donné, en le for-

i~ '1" u propre gloire; un e^wr droit - . et, puisqu'une : ■ dire,

ta cœur chrétien pour couronner d un.' sainte el précieuse mort... Un cœur « l • • 1 1 1 pi euve '!•■ toute la gloire el de toute la grandeur du monde : mjet de votre admiration ; un oœur dont la droitui - \- la vie 1'"- plus, malheureux, el qui y ; -• ce qui doit être le sujet «le votre instruction; .r dont la religion et la piété ont éclat/- dans le temps de la \ i-- le pluimportant, et dans le jour -lu salut, qui est principalement celui <]-• lu mort :

juer pour on faire le sujet de votre imitation, et ce -'iit les trois parties 'lu devoir funèbre que je vais rendre à la mé-

sceUent prince Louis de Bourbon, prince de Condé et premier prince «lu sang.

De la division adoptée par Bossuel sort un plan non moins simple et clair du discours entier : Condé général et homme : qualités d».- son cœur, qualités de son esprit; — Condé chrétien.

Première partie : qualités de son cœur. — Le héros de Rocroy et de Fribourg, héros magnanime, modeste et sincère, capable de s'égarer, mais capable aussi de reconnaître ses fautes; héros humain et tendre pour sa famille, pour ses amis, aussi grand dans sa retraite de Chantilly qu'autrefois sur les champs de bataille. — Qualités de son esprit : prévoyance, vigilance active et pourtant calme au milieu même du danger; études et connaissances stratégiques qui développent le génie; présence d'esprit, connaissance profonde de ses soldats, de ses lieutenants, des généraux qui servent avec lui ou contre lui; parallèle de Turenne et de Condé.

S onde partie : le héros chrétien. — Sans le fond solide de la piété, toute gloire est vaine. Si la gloire du priace e-t véritable, c'est qu'il a rempli avec un courage persévérant, au moins dans ses dernières années, tous les devoirs d'un chrétien. Tableau de cette vieillesse patiente dans la douleur, charitable, zélée pour la religion, de ses adieux à sa famille et au roi, de sa fin touchante et paisible.

rit, pour arrive! enfin à ce mérite snpr.'-ine, couronnement de tous les au-

• adis qu'au premier rang parmi les qualités da cœur, il place la râleur

ruerrière et ne craint pas fie fair<- retentii dam le lieu saint un écho 'les champs

Moue, plus intérieur, plus austère, moins touché de l'éclat «lu

gern* et des triomphe», s'il se une disposition habile, la (acuité «le

r toute la vif de Condé, ne s'arrête cependant qu'aus qualités do cœor, I i

solidité, U droiture lai i • ;-.i. Bourdaloue, $a prédication et ton

ORAISON FUNÈBRE DU PRINCE DE CONDÉ 2.'i

Appel à tous les chrétiens qui doivent profiter d'un si grand exemple; adieux personnels de Bossuet au héros qui fut son ami et à l'oraison funèbre.

On ne suit pas aussi facilement le courant du développement chez Bourdaloue. — Première partie : un cœur solide. — Bourdaloue accorde à Condé « les vertus militaires avec les civiles, l'élévation du génie avec la bonté, la vivacité des lumières avec les charmes de la douceur >>. C'est bien froidement que nous est raconté le coup d'essai du jeune héros, cette bataille d'où dépendait le salut ou la perte de l'État, et qui fut le présage d'un règne « heureux, glorieux, miraculeux ». Bourdaloue est mal à l'aise sur ce terrain, et l'on sent qu'il se hâte d'en sortir : « Sans parler de cent autres actions que je supprime, et dont vous êtes mieux instruits que moi, la journée de Lens, encore plus triomphante, acheva de mettre ce prince dans la juste et incontestable possession où il se vit alors d'être le héros de son siècle. » Pourtant, dans une phrase un peu longue, mais pleine, il célèbre dignement ce «dieu de la guerre».

J'appelle le principe de ces grands exploits cette ardeur martiale qui, sans témérité ni emportement, lui faisait tout oser et tout entreprendre; ce feu qui, dans l'exécutiun, lui rendait tout possible et tout facile; cette fermeté d'àme, que jamais nul obstacle n'arrêta, que jamais nul péril n'épouvanta, que jamais nulle résistance ne lassa ni ne rebuta ; cette vigilance que rien ne surprenait; cette prévoyance à laquelle rien n'échappait; cette étendue de pénétration avec laquelle, dans les plus hasardeuses occasions, il envisageait d'abord tout ce qui pouvait ou troubler ou favoriser l'événement des choses, semblable à une aigle dont la vue perçante fait en un moment la découvert'.' de tout un vaste pays; cette promptitude à prendre son parti, qu'on n'accusa jamais en lui de précipitation, et qui, sans avoir les inconvénients de la lenteur des autres, en avait toute la maturité; cette science qu'il pratiquait si bien, et qui le rendait si habile à profiter des conjonctures, à prévenir les desseins des ennemis presque avant qu'ils fussent conçus, et à ne pas perdre en vaines délibérations ces moments heureux qui décident du sort des armes; cette activité que rien ne pouvait égaler, et qui, dans un jour de bataille, le partageant, pour ainsi dire, et le multipliant, faisait qu'il se trouvait partout, qu'il suppléait à tout, qu'il ralliait tout, qu'il maintenait tout, soldat et général tout à la fois, et, par sa présence, inspirant à tout un corps d'armée, et jusqu'aux plus vils membres qui le composaient, son courage et sa valeur; ce sang-froid qu'il savait si bien conserver dans la chaleur du combat; cette tranquillité dont il n'était jamais plus sur que quand on en venait aux mains, et dans l'horreur de la mêlée; cette modération et cette douceur pour les siens qui redoublait à mesure que sa fierté contre l'ennemi était émue , cet inflexible oubli de sa personne qui n'écouta jamais la remontrance et auquel constamment déterminé il se fit toujours un devoir de prodiguer sa vie et un jeu de braver la mort; car tout cela est un vif portrait que chacun de vous se fait. au moment que je parle du prince que nous avons perdu, et voilà ce qui fait le héros.

11 mâle el abstraite «l'un Bourdaloue a sou prix. îds moments on croit saisir quelques réminisci du dis Bourdaloue aussi nomme < Le

I nne, cel homme digne de l'immortalité . mais seulement pour dire qu'il a été Le plus sincère des admirateurs deCondé.

II rappelle aussi en s Lisant rentrer plus ou moins naturel-

if dans ta « solidité du cœui les brillantes qualités de t chez le prince, son discernement exquis, son i.'ont lin.

mpréhension ?i?e, - \ manière juste et noble de pens déparier, u Qu'ignorait-il? et, dans l'immensité des choses dont

it acquis la connaissance, que ne savait-il pas exactement? Depuis le cèdre jusqu'à l'bvsope, aussi bien que le sage Salomon, c'est-à-dire depuis la plus relevée théologie jusqu'aux moindres secrets de la mécanique, de quoi n'étail-il pas instruit? Que n'avait-il pas lu et dévoré? Profane et sacré, antiqne et moderne, de quoi ne parlait-il pas et ne jugeait-il pas en maître ? » Bossuet avait dit cela déjà, mais avec plus de mesure. Condé juge infaillible des ouvrages de l'esprit, modèle de l'honnête homme dans la vie civile, héros modeste et supérieur à sa propre gloire, aimant la vérité, aisé, commode, obligeant dans le commerce avec ses inférieurs, « s'accommodant et se proportionnant à tous », père, maître, ami parfait, « tout cela compris ensemble, dit Bourdaloue, est ce que j'ai appelé un cœur solide, opposé à ce cœur vain que Dieu réprouve ». S onde partie : un cœur droit. — C'est ici que se place le

ix et lourd aveu des fautes de Condé. Bossuet montre et voile tout aussitôt les erreurs, avec un peu d'indulgence, il faut l'avouer; mais ce n'est pas dans une oraison funèbre qu'on peut longuement appuyer sur ces endroits sensibles. Bourdaloue y appuie avec une conscience inexorable :

Il n'y a point d'astre qui ne souffre quelque éclipse; el le plus brillant de tous qui esl le soleil est celui qui en souffre de pi ; de pi us sensibles.

Mais deux choses en ceci sont bien remarquables : l'une que le soleil, quoique éclipsé, ne perd rien du fonds de ses lumières, et que. malgré sa défaillance, il ne 1 conserver la rectitude de son mouvement; l'autre qu'au

lipse, c'est abus que tout l'univers est plus attentif à l'obt à le contempler, et qu'on en étudie plus curieusement les variations el le s] ...'Ole admirable des étala où Dieu a permis que se wil trouvé

notre prince, et où je me suis en^a^'é à vous le représenter. C'est un astre qui - . En vain enfa is les cacher, puisqu'elles

ontéU [ue sa lumière même; et peut-être serais-je prévari-

n'en profitais pas pour en faire aujourd'hui le sujet de votre Instruction. J'appelle «k malheur qu'eut ce grand homme de se voir ppé dans un parti que forma l'esprit de discorde, el qui fut poui

la Bourci funeste de tant de calamités; et considérant ce grand homme dons sa profession de chrétien, j'entends, par l'éclipsé qu'il a soufferte, ce temps où, livré à lui-même, il nous a paru comme dans une espèce d'jtubli de Dieu, ce refroidissement où nous l'avons vu dans la pratique des devoirs de la religion : deux choses que je ne puis pas disconvenir avoir été les deux endroits malheureux de sa vie, l'une par rapport à son roi, et l'autre par rapport k son Dieu...

Oui, pour le malheur de la France, le prince que nous pleurons se vit mêlé dans un parti que la discorde avait formé et qui le détacha de nous. Vautres plus éclaires que moi ont appréhendé de toucher ce point de son histoire: et moi, pour l'intérêt de mon ministère, je me suis senti inspiré de m'y arrêter : car j'ose dire que jamais point d'histoire ne fut plus propre à vous faire voir ce que peut la droiture d'un cœur dans l'extrémité des disgrâces humaines.

Et Bourdaloue distingue mathématiquement les diverses « circonstances ». — « Première circonstance bien essentielle : » jamais le cœur de Condé ne se sentit si cruellement déchiré que lorsqu'il dut servir l'étranger contre la France. « Ce fut la justice de Dieu qui, pour nous punir, nous ôta ce prince. » — Seconde circonstance : il a succombé une fois à une tentation humaine, mais il a condamné lui-même sa conduite, et ce repentir n'est guère moins glorieux que l'innocence. — Troisième circonstance encore plus notable : il a enseigné aux siens à ne pas suivre son exemple. — Quatrième circonstance « dont vous avez du faire avant moi la remarque » : il refusa les avantages qui, en relevant sa mauvaise fortune, auraient été un obstacle à son rétablissement dans les bonnes grâces du roi. — Cinquième circonstance « dont je suis sûr que vous fûtes alors touchés » : il fit tout pour mettre fin à un état si violent. — Sixième et dernière circonstance : il travaille ensuite à se rendre digne par ses services de la faveur du roi. Plaidoyer aussi ennuyeux que consciencieux1 ! Le sévère Bourdaloue n'est plus qu'un avocat qui amplifie les circonstances atténuantes.

Sur l'incrédulité du prince, qui a paru oublier Dieu, mais ne l'a jamais méconnu, et, « dans le secret de son cœur », n'a jamais douté des mystères de la religion, comme il l'a déclaré, Bourdaloue ne fait guère que répéter Bossuel. Mais il ajoute un trait précis et un souvenir personnel : « Jamais homme, à peine en exceplerais-je saint Augustin, n'a tant examiné la religion, ni avec un esprit si éclairé que notre prince; et ce que je vous

1. Le sujet était délicat ; ruais il y a eu plus d'un Bourdaloue. Le o septembre 1687, Boileau écrit à Racine : « Nous avions été le matin entendre 1? P. de Villers, qui faisait l'oraison funèbre de M. le Prince, grand-père de M. le Prince d'aujourd'hui. Il y a joint les louanges du dernier mort, et il s'est enfoncé jusqu'au cou dans ce combat de Saint-Antoine, Dieu sait combien judicieusement! »

- homme ne l'a étu- Lution que lui, ni avec plus de d

. •-.; un espril plus curieux el plus : ■ ie la religion deman urtant a en comme un pressentiment, de cette : miraculeuse : dans le lieu même où il parle, dans i mie toute semblable sans doul< - m Funèbre

. devant Condé Lui-même, il en avait non -oui. meut form • mais encore anticipé l'effet par une

qui parut alors tenir quelque chose de la prédiction » : El qui sait, 0 mon Dieu, si, vous servant de mon faible ie, vous ne commençâtes pas dans ce moment-là aTéclaiiher de vos divines lumières !

Troisième partie : un cœur chrétien. — Le prince est mort en Lien, en héros chrétien, en parfait chrétien. Quel coup pour les impies que la conversion d'un tel homme'. De tout autre exemple le libertinage en aurait appelé, ou plui ntie tout autre exemple il se serait ou élevé ou inscrit en faux, l'iniquité de l'esprit libertin du siècle. Mus ici;

où trouver 1- ressorl de l'intérêt, le levain caché de l'hvpocri- LeS ... a - .Mitants du siècle, malgré la prétendue

force d'esprit qu'ils affectent pendant la vie, laissent voir aux approches de la mort toute leur faiblesse. » Condé n'eut jamais, un jour de bataille, plus de courage et de présence d'esprit qu'au jour de sa mort. 11 sonL'e aux siens, à ses amis; puis il s'arrache de ceux qu'il aime pour être tout à Dieu. Mais Bourdaloue s'arrête .venant que Bossuet a déjà fait sentir

aux t iction d.- celte mort : « Ce don était réservé à

une bouche plus sacrée et [dus éloquente que la mienne. L'illustre el savant prélat qui vous a parlé avant moi a déjà épuisé cette matière; cl après ce que vous avez ouï, c'est à moi de me t;i

En terminant, il s'adresse aux Pères jésuites qui ['écoutent et qui doivent tant àCondé : Api.- nous avoir confié pendant -a vie ce qu'il avait au monde d- phi- cher, il a voulu mourir nos mains, et, mourant, il nousa lais-'- une partie deluimême, qui est son cœur. Ce eur dont il- sont les déposi- - fournit à lîourdaloue sa péroraison, qui n'est pas du goût le plus pur : Autant d< lue non- avons, ce sont

comme autant de mausolées vivants ou nous placerons le 1 ombien plus large et plus émouvant.- esl la péroraison de Bossuet !

11 suffit de mentionner ensuite les oraisons funèbres de Condé par le P. Martineau, par l'abbé du Jarry, par Antoine de Noailles, évêque de Chàlons. A peine un souvenir en est resté. On ne lirait même plus celle de Bourdaloue, si la comparaison avec celle de Bossuet n'en ravivait l'intérêt. Le public ne connaît plus qu'une oraison funèbre de Condé, et ce n'est pas seulement Bossuet qu'elle honore; c'est le genre même de l'oraison funèbre, ce genre qu'il redoutait, qui a ses dangers inévitables, sans doute, puisque lui-même ne les a pas toujours évités, mais qui grâce à lui a revêtu, pour ainsi dire, toutes les formes de la grandeur, tour à tour ou tout ensemble religieuse, historique, morale, élégiaque, dramatique, lyrique, épique.

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Voltaire. — Siècle de Louis XIV, ch. ni, iv, v.

JUGEMENTS

Le moyen dé ne vous pas parler de la plus belle, de la plus

lique et de la plus triomphante pompe funèbre qui ait jamais été faite depuis qu'il y a des mortels? C'est celle de feu .M. le Prince, qu'on a laite aujourd'hui à Notre-Dame. Tous les beaux esprits se sont épuisés a faire valoir tout ce qu'a fait ind prince, et tout ce qu'il a été. Ses près sont repré- : des médailles jusqu'à saint Louis; toutes ses victoires par des basses-tailles1, couvertes comme sous des tentes dont les coins sont ouverts, et portés par des squelettes dont - - >nl admirables. Le mausolée, jusque près de la voûte, est couvert d'un dais en manière de pavillon encore plus haut, dont les quatre coins retombent en guise de tentes. Toutn la place du chœur est ornée de ces basses-tailles, et de devises au-dessous, qui parlent de tous les temps de sa rie. Celui de sa liaison avec les Espagnols est exprimé par une nuit i tiois mots latins disent : Ce qui s'est fait loin du %oL il doit . Tout est semé de Heurs de lis d'une cou-

lem sombre, et au-dessous une petite lampe qui fait dix mille petites étoiles. J'en oublie la moitié; mais vous aurez le livre, qui vous instruira de tout en détail. Si je n'avais point eu peur qu'on ne vous l'eût emroyé, je l'aurais joint à celte lettre: maid ce duplicata ne vous aurait pas fait plaisir.

Tout le monde a été voir cette pompeuse décoration. EUe coûte cent mille francs à II. le Prince d'aujourd'hui, mais cette dépense lui fait bien de l'honneur. C'esl M. de Meaux qui a fait l'oraison funèbre : nous la verrons imprimée...

Je riens de voir un prélat qui était à l'oraison funèbre. 11 nous a dit que M. de Meaux s'était surpassé lui-même, et que jamais on n'a fait valoir ni mis en œuvre si noblement une si : il

M-- de Sévigné, Lettre à Bussy, 10 mars 1(

Nous avions cru pendant quelque temps que l'oraison funèbre du prince de Condé, à l'exception du mouvement qui la termine, était généralement trop louée ; nous pensions qu'il était plus aisé, comme il l'est en effet, d'arriver aux formes d'éloquence du commencement de cet éloge qu'à celles de l'oraison de Madame Henriette ; mais quand nous avons lu ce discours avec attention; quand nous avons vu l'orateur emboucher la trompette épique pendant une moitié de son récit et donner, comme en se jouant, un chant d'Homère; quand, se retirant à Chantilly avec Achille en repos, il rentre dans le ton évangélique et retrouve les grandes pensées, les vues chrétiennes qui remplissent les premières oraisons funèbres; lorsque, après avoir mis Condé au cercueil, il appelle les peuples, les princes, les prélats, les guerriers au catafalque du héros; lorsque, enfin, s'avançanl lui-même avec ses cheveux blancs, il fait entendre les accents du cygne, montre Bossuet un pied dans la tombe, et le siècle de Louis, dont il a l'air de faire les funérailles, prêt à s'abîmer dans l'éternité, à ce dernier effort de l'éloquence humaine, les larmes de l'admiration ont coulé de nos yeux, et le livre est tombé de nos mains.

Chateaubriand, Génie du christianisme.

Bossuet éleva le premier l'oraison funèbre à la hauteur des prophètes. Sa langue, jusque-là heurtée par la pensée, et hâtée par la précipitation qui ne lui laissait le temps de rien polir, y prit l'ampleur de Cicéron. La mort du prince de Condé lui fournit le plus grand de ses textes. Ce fut la dernière et la plus sublime de ses oraisons funèbres. Il semble qu'en approchant du tombeau lui-même, son génie en contractait la solennité. La mort du prince de Condé, son premier protecteur et son admirateur le plus constant, lui disait que toute célébrité doit mourir. Ces deux plus grandes gloires du siècle, l'une dans la guerre, l'autre dans les lettres et dans la religion, semblaient s'entraîner l'une l'autre. Bossuet entendit l'avertissement dans son cœur, et le répercuta dans sa voix. La péro-

raison de oc dû ' le sommet de l'éloquence moderne,

inciens n'ont pas de tels accents.

Laharti lure; Entretien 8.

Enfin voici venir le héros violent à la tête d'aigle, 1«- grand Condé. Avez-vous vu son buste au petit musée de la Renaissance? L'n nez prodiui'-ux. des yeux saillants, des joues creuses, une bouche tourmentée, vilaine, soulevée par les longues dents obliques: point de menton; en somme, un nez entre deux yeux étincelants. Le superbe chef de bande, en dépit de la littérature, même de la théologie dont on l'avait frotté! Grand capitaine à vingt ans, fou d'orgueil après ses quatre victoires, fou de colère après seize jours de prison, ivre de haine jusqu'au crime et à la trahison, il revient, lion maté par le renard Bfazarin, s'effondrer aux pieds du roi le plus roi qu'on ait jamais vu. Et puis c'est fini, sauf l'éclair de Senef. On ne songe pas assez à ce qu'il y a eu de particulier et de douloureux dans cette destinée. Toute la gloire au commencement, puis une vie ennuyée d'homme de proie dans une société décidément organisée et réglée; une mélancolie de fauve renfermé dans une cage invisible, de vieil aigle attaché sur sa mangeoire, déplumé par places, la tête entre ses deux ailes remontées... à ce point que le maître des cérémonies funèbres du L'rand siècle pourra louer la pitié, la bonté et les vertu- chrétiennes de ce dernier des barons féodaux.

Iules LemaItre, les Contemporains, lre série; Lecène.

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