Krai)pés diins leurs iritcrèta do c.ibjilc, de parti
même de se rencontrer des yeux : les accidents momentanés qui arrivaient de CCS rencontres ; un je ne sais quoi de plus libre en toute la personne à travers le soin de se tenir et de se composer; un vif, une sorte d'ètincelant autour d'eux les distiufj liait, malgré qu'ils en eussent.
Les deux princes et les deux princesses assises à leurs côtés, prenant soin d'eux, étaient les plus exposés à la pleine vue. Mg»" le duc de Bourgogne pleurait d'attendrissement et de bonne foi, avec un air de douceur, des larmes de nature, de religion, de patience. M. le duc de Berry, tout d'aussi bonne foi, en versait en abondance, mais des larmes pour ainsi dire sanglantes, tant l'amertume en paraissait grande, et poussait non des sanglots, mais des cris, mais des hurlements. Il se taisait parfois, mais de suffocation, puis éclatait, mais avec un tel bruit, et un bruit si fort la trompette forcée du désespoir, que la plupart éclataient aussi à ces redoublements si douloureux, ou par un aiguillon d'amertume, ou par un aiguillon de bienséance. Cela fut au point qu'il fallut le déshabiller là môme, et se précautionner de remèdes et de gens de la Faculté. M™c la duchesse de Berry était hors d'elle; le désespoir le plus amer était peint avec horreur sur son visage. On y voyait comme écrite une rage de douleur, non d'amitié, mais d'intérêt; des intervalles secs, mais profonds et farouches, puis un torrent de larmes et de gestes involontaires, et cependant retenus qui montraient une amertume d'àmc extrême, fruit do la méditation profonde qui venait de précéder. Souvent réveillée parles cris de son époux, prompte à le secourir, à le soutenir, à l'embrasser, à lui présenter quelque chose à sentir, on voyait un soin vif pour lui, mais tôt après une chute profonde en elle-même, puis un torrent de larmes qui lui aidaient à suffoquer ses cris. M"" la duchesse de Bourgogne consolait aussi son époux, et y avait moins de peine qu'à acquérir le besoin d'être elle-màne consolée; à quoi pourtant, sans rien montrer de faux, on voyait bien qu'elle faisait de son mieux pour s'acquitter d'un devoir pressant de bienséance sentie, mais qui se refuse au plus grand besoin. Le fréquent moucher répondait aux cris du prince son beau-frère. Quelques larmes amenées du spectacle, et souvent entretenues avec soin, fournissaient à l'art du mouchoir pour rougfr et grossir les yeux et barbouiller le visage, et cependant le coup d'œil fréquemment dérobé se promenait sur l'assistance et sur la contenance de chacun.
Gela ne se commente pas; on pourrait presque dire que cela ne se lit pas, mais se regarde, comme un spectacle unique auquel on a la bonne fortune d'assister. Plusieurs sens y sont intéressés à la fois : on entend les sons, mugissements contenus dos valets, trompette forcée du désespoir que fait retentir le duc de Berry, fréquent moucher de la duchesse de Bourgogne; on voit les couleurs, les mouvements des mains, les frémissements involontaires, môme ce quelque chose d'ètincelant autour de ceux qui veulent cacher leur contentement et' qui le laissent transpirer malgré eux au dehors. Il y a des détails qu'on croirait pouvoir toucher, tant le relief en est puissant.
Est-ce une page d'histoire, ou une scène de comédie, ou toutes les deux à la fois? L'histoire est souvent tragi-comique : (( Les plus tristes spectacles sont assez souvent sujets aux contrastes les plus ridicules. » Saint-Simon le prouve par l'incident du bon
Suisse, couclic dciTiôre un rideau de la galerie où jasent les dames d'honneur, et qui, à leur grande frayeur, montre tout à coup un gros bras nu et des yeux ronds tout emplis de soxnnnûl. Des juges au goiU ri^'oureusement classique eussent jugé sans doute, au temps où Saint-Simon écrivait, que de tels contrastes étaient trop tranchés. Mais la vie olFre de ces contrastes, et Saint-Simon s'altaclie à reproduire la vie. C'est surtout dans les j)ortraits écrits à loisir qu'il s'écarU» du goût français, tel qu'on l'entendait avant le romantisme; et voilà pourquoi M™« du Defi'and trouvait ses portraits mal faits : ce sont Lien des « caractènjs » et qui i)euvent se ramener à (juelque trait dominant; mais les répétitions abondent, les couleurs s'entassent et s'empâtent, les traits les plus divers s'entre- croisent, comme les branches dans le clair-obscur d'un fourré. U semble que la sobriété, la clarté, l'unité, soient absentes. Ce n'est qu'une apparence : il y a des récits, des portraits sobres et vifs dans cette ajuvre exubérante ; si quelques détails sont confus, l'ensemble est d'une robuste unité et d'une clarté cjui éblouit. Bien qu'il n'ait certes pas le sentiment des chos»^s mystérieuses, on a pu le comparer à Shakespeare, et il est certain qu'il ne point pas l'ànio humaine en la simplitiant, comme fait Hacinc, mais ([u'il s'amuse à en faire jouer devant nous tous les ressorts, les petits aussi bien que les grands.
Suliil-Sliiion poinCro. daim le stylo.
Il (isL fî(jilain aussi que les purs classiqu(.s — si énergiques, d'ailleurs, dans le fond — hésiterait;nt en face de certains (lélails (îoncrrls et réjilishîs que Saitit-Sinion ne s'interdit pas; cai', si le |»svchnh)^'U(î est <léjà « romantique », l'écrivain est n'î.i liste, ri Taine a inar([Mé furlenient ce caractère de son slyle :
lii.r-i'proii :i lu Saiiil-Simiiii, Iciiilc l'iiisl'iii'f p;ii-;iil «li'coltMi'i» et froide. Il n'i'.-l p.i- (r;iir:iin! «lu'il iraniriic, ni «l'objet «[u'il Wi vrwUi visihl»'. Il ii'ifst |)oiul di' pi'r-iiiiii.i':.' nii'il lu; f.issiî vivi'ijj ni ilf li,'i"l(;iip qu'il iu\ f;issi! |i(!liMMr.
(^(■Il<; |).i>-:ii'tii 1)1»: an '^lyiiî lnul»; |»iiilriir. Moilrr;»tinn, lion pjùt litliTuiref j''lo([iii'll«"i', ii'ibli'ssi', i'Mil «si (Miiporlr. ri ijnyr. Il in)l«» liîs «MiioliollS l'oinillC elles lui Nieiineiil, vi<)|eiiii[ient, ])iiiHi{irc|l(>s siMit \ioleii|.(*s, cl '{ue, rorcupcint oui eiiliei-. elles lui bouclieul lu^ oreilk'.*^ coutie le-i léclauialions <Ui bon style
et du discours régulier. La cuisine, Técurie, le garde-manger, la maçonnerie, la ménagerie, les mauvais lieux, il prend des expressions partout. Il est cru, trivial, et pétrit ses figures en pleine boue. Tout en restant grand seigneur, il est peuple; sa superbe unit tout. Que les bourgeois épurent leur style, prudemment, en gens soumis à l'Académie; il tratine le sien dans le ruisseau, en homme qui méprise son habit et se croit au-dessus des taches. Un jour, impatienté, il dit de deux évêques : « Ces deux animaux mitres... » Ces familiarités annoncent l'artiste qui se moque de tout quand il faut peindre, et fait litière des bienséances sous son talent. Saint-Simon a besoin de mots vils pour avilir : il en prend. Son chien, son laquais, son soulier, sa garde-robe, son Aimier, il fait sauter tout pêle-mêle, et retire de ce bourbier l'objet qui peut figurer à nos yeux son personnage, nous le rendre aussi présent, aussi tangible, aussi maniable que notre robe de chambre et notre pelle à feu. Il y a tel passage où l'on voit un sculpteur qui tripote dans sa glaise, les manches retroussées jusqu'au coude, pétrissant en pleine pâte, obsédé par son idée, précipitant ses mains pour la transporter dans l'argile. « W^^ de Gastries était un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite, mais bien prise, et aurait passé par un médiocre anneau; ni gorge ni menton, fort laide, l'air toujours en peine et étonné; avec cela une physionomie qui éclatait d'esprit et qui tenait encore plus parole. » Il les palpe, il les retourne, il porte les mains partout avec irrévérence, fougueux et rude.
On comprend que M°^° du Deffand ait trouvé ce style « abominable » et que M™« de Créqui dise : « Cela est mal écrit; mais le goût que nous avons pour le siècle de Louis XIV nous en rend les détails précieux*. » On comprend moins que Chateaubriand écrive encore : « C'est le premier des barbares : il écrit à la diable pour l'immortalité. » Barbares, il faudrait s'entendre : on peut, selon le mot de la Bruyère, faire de la langue française « un usage tout nouveau, mais qui n'en blesse pas les règles ». Il est certain que Saint-Simon écrit plus « à la diable » que Chateaubriand. Tandis que Chateaubriand, grand artiste de style, sacrifie parfois à la beauté de l'expression la précision ou même la vérité de la pensée, Saint-Simon est « emporté par la matière et peu attentif à la manière de la rendre, sinon pour la bien expliquer ». — « Je ne fus jamais, ajoute-t-il, un sujet académique; » et il faut bien le lui accorder. On l'eût étonné, choqué peut-être, si on Teût jugé en écrivain. Il a vu plus de la moitié du xvin° siècle, et, parmi les grands écrivains de cette grande époque, c'est à peine s'il cite en passant le fils du notaire de sa famille, Arouet, « dont le libertinage a fait enfin la fortune sous le nom de Voltaire, qu'il a pris pour déguiser le sien ». Et pourtant il est, lui aussi, quoi qu'il en ait, un écrivain qui a son art propre, et même çà et