‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 125 sur 178 · C. de Litt. — FÉNELON · texte numérisé non relu

C. de Litt. — FÉNELON

Louis. — Quoi ! l'histoire ne doit-elle pas respecter les rois?

CoMMiNEs. — Les rois ne doivent-ils pas respecter rhistoirect la postérité, à la censure de laquelle ils ne peuvent échapper? Ceux qui veulent qu*on ne parie i)as mal d'eux n'ont qu'une seule ressource, qui est de bien faire.

Pourquoi Louis XII est opposé et préféré à Louis XI, il nous sérail aisé de le deviner s'il ne nous l'apprenait lui-même : « Je me suis fait aimer; j'ai vécu en paix sans manquer de parole, sans répandre de sang, sans ruiner moii peuple. » Un bon roi est donc, aux yeux de Fénelon, non seulement un roi juste et modéré dans sa puissance, mais un roi paciQque. Lisez les titres des dialogues où Numa converse avec Romulus, Louis XII avec François P^ : Combien la gloire d'un roi sage et pacifique est préférable à celle d'un conquérant, — Il vaut mieux être père de la patrie en gouvernant paisiblement un royaume, que de Va^ grandir par des conquêtes, Fénelon ne s'est-il pas aperçu que ces seuls titres, écrits à ce moment, étaient des épigrammes? Ne lui prêtons pas une candeur si invraisemblable ; mais reconnaissons que les modèles proposés au duc de Bourgogne n'étaient pas toujours des Numa ni des Louis XII. Le vaillant Henri IV a tous les honneurs de la comparaison avec Henri III et même avec le pape Sixte-Quint. Mais il n'est pas un conquérant, et on le loue surtout d'avoir mis toute sa gloire à soulager ses peuples. Non que toutes les guerres soient également condamnées, bien qu'elles soient toutes des guerres «civiles»; mais « il n'est permis de faire la guerre que malgré soi, à Ja dernière extrémité, pour repousser la violence de l'ennemi ». La paix doit donc être l'état normal d'une nation ; la souveraineté pacifique de la loi y doit être seule toute-puissante : « Il faut tâcher de mener justement les peuples par l'autorité des lois. » Le dialogue XXII, Dion et Gélon, porte ce titre significatif: Dans un souverain, ce n'est pas l'homme qui doit régner, ce sont les lois. « Il ne faut pas que l'homme règne, dit Gélon; il faut qu'il se contente de faire régner les lois. S'il prend la royauté pour lui, il la gâte et se perd lui-même; il ne doit l'exercer que pour le maintien des lois et le bien des peuples. » On se demande de quel air Louis XIV aurait lu ces dialogues, faits pour préparer au trône son petit-fils. Et, sans être Louis XIV, on peut juger qu'il y a une part de chimère dans ces vues si largement, parfois si naïvement humaines. Dans le dialogue XIII, intitulé : Idée juste des lois propres à rendre uit peuple bon et heureux^ Selon dit à Justinien :

3 mars 1692, Fénelon remerciait ',Bossuet de Tenvoi d'un mémoire sur les ouvrages du docteur du Pin, parent de Racine : tout en l'approuvant, il se demandait si, en« un petit endroit», Bossuel n'était pas allé « un peu au delà des paroles de l'auteur ». « J'ai été ravi, disait-il, de voir la vigueur mesurée du vieux docteur et du vieux évêque. Je m'imaginais vous voir en calotte à oreilles, tenant M. du Pin, comme un aigle tient dans ses serres un faible épervier, » Lui- môme allait bientôt sentir les serres de l'aigle.

« Le quiélisme, écrit Voltaire *, était une folie qui passa par la tête périgourdine de Fénelon, mais une folie pardonnable, une folie d'un cœur tendre et qui devint même parfois héroïque en lui. » Avec son goût obstiné pour l'idéal, Fénelon devait embrasser avec ardeur une doctrine qui élève l'âme dans les régions de la contemplation pure, fort au-dessus des pratiques souvent machinales qui sont la seule religion du vulgaire ; avec sa sensibilité passionnée et délicate, il était d'avance acquis au « pur amour ». Il y avait en lui, et il le montra bien dans cette querelle, un mystique plus ou moins naïf, et un novateur plus ou moins inconscient de ses audaces, un diplomate et un chevalier. « C'était sainte ,Thérèse, et c'était don Quichotte, » dit Michèle!. Fénelon écrira, il est vrai, dans les Lettres spirituelles : « Quelque respect et quelque admiration que j'aie pour sainte Thérèse, je n'aurais jamais voulu donner au public tout ce qu'elle a écrit. » Mais qu'on lise son Panégyrique de sainte Thérèse en regard du même panégyrique composé par Bossuet, on verra combien Fénelon s'abandonne davantage, évite moins les écueils du sujet, va plus résolument chercher les traits qui peuvent troubler le cœur, et plus facilement anéantit la volonté dans l'extase 2. Aussi fut-il vite conquis lorsqu'il rencontra sur son chemin cette sainte Thérèse équivoque, M™® Guyon, qui réduisait la religion presque* tout entière à l'oraison, acte d'amour silencieux, substitué à toutes les prières précises et à tous les actes personnels. «Leur esprit se plut l'un à l'autre, dit Saint-Simon : leur sublime s'amalgama. »

L'ironie est ici facile, et Fénelon semble s'y être exposé de gaieté de cœur. Mais il n'est pas interdit non plus de louer son désintéressement et sa fidélité à la cause de M™® Guyon. Celle-

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