‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 126 sur 178 · Gandar, Bossuet orateur, I · texte numérisé non relu

Gandar, Bossuet orateur, I

qucs ressemblances de détail : par exemple, le goût pour le» arts, auxquels il emprunte plus d'une heureuse comparaison ; mais, ici encore, s'il loue Raphaël, Carrache, Poussin, c'est qu'ils ont peint « d'après nature »; s'il comprend mal le style gothique, c'est qu'il ne lui semble pas assez naturel :

On a reconnu que les beautés du discours ressemblent à celles de Tarchilecture : les ouvrages les plus hardis et les plus façonnés du gothique ne sont pas les meilleurs. Il ne faut admettre dans un édifice aucune partie destinée au seul ornepient ; mais, visant toujours aux belles proportions, on doit tourner en orucm(>nt toutes les parties nécessaires à soutenir un édifice. Ainsi on retranche d'un discours tous les ornements affectés qui ne servent ni à démû- Icr ce qui est obscur, ni à peindre vivement ce qu'on veut mettre devant les yeux, ni à prouver une vérité par divers tours sensibles j ni & remuer les passions, qui sont les seuls ressorts capables d'intéresser et de persuader Taudltcur ; car la passion est l'âme de la parole.

Dans la Lettre à V Académie, Fénelon, qui se répète volontiers, ne fera que développer les mômes principes, quelquefois dans les mômes termes.

La controverse sur le quiétisme. — Bossaet et Fénelon*

Huit ans après avoir été nommé précepteur du duc de Bourgogne, deux ans après avoir été reçu à l'Académie, Fénelon vit se déchaîner contre lui un orage que son courage et son habileté ne purent conjurer, et qui relégua au fond de la province le brillant abbé de cour. On a déjà rencontré et jugé la querelle du quiétisme *, et l'on n'y reviendra que poul* rappeler sommairement le rôle qu'y joua Fénelon.

Depuis longtemps il était connu, aimé de Bossuet. Quand Téducation du duc de Bourgogne lui fut conQée, Bossuet écrivait à la marquise do Laval, cousine de Fénelon : « Enfin, Madame, nous ne perdrons pas M. l'abbé de Fénelon; vous pourrez en jouir, (it moi, quoique provincial, je m'échapperai quelquefois pour aller Tembrasser. » Au fond, pourtant, tout les séparait : mônio alors (ju'ils étaient d'accord sur la doctrine, ils ne l'étaient pas sur la méthode de persuasion ou de réfutation. Le

1. Voir lo prcniior rascirulo du lin^sunt, où los deux adversaires sont comparés. Voir surtout la Bibliographie de Bossuet, à la Un do ce fascicule.

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3 mars 1692, Fénelon remerciait '.Bossuet de Tenvoi d'un mémoire sur les ouvrages du docteur du Pin, parent de Racine : tout en Tapprouvant, il se demandait si, en« un petit endroit», Bossue l n'était pas allé « un peu au delà des paroles de Fauteur ». « J'ai été ravi, disait-il, de voir la vigueur mesurée du vieux docteur et du vieux évoque. Je m'imaginais vous voir en calotte à oreilles, tenant M. du Pin, comme un aigle tient dans ses serres un faible épervier. » Lui-même allait bientôt sentir les seiTes de l'aigle.

« Le quiétisme, écrit Voltaire *, était une folie qui passa par la tête périgourdine de Fénelon, mais une folie pardonnable, une folie d'un cœur tendre et qui devint même parfois héroïque en lui. » Avec son goût obstiné pour Fidéal, Fénelon devait embrasser avec ardeur une doctrine qui élève l'âme dans les régions de la contemplation pure, fort au-dessus des pratiques souvent machinales qui sont la seule religion du vulgaire ; avec sa sensibilité passionnée et délicate, il était d'avance acquis au « pur amour ». 11 y avait en lui, et il le montra bien dans cette querelle, un mystique plus ou moins naïf, et un novateur plus ou moins inconscient de ses audaces, un diplomate et un chevalier. « C'était sainte ,Thérèse, et c'était don Quichotte, » dit Michelet. Fénelon écrira, il est vrai, dans les Lettres spirituelles : « Quelque respect et quelque admiration que j'aie pour sainte Thérèse, je n'aurais jamais voulu donner au public tout ce qu'elle a écrit. » Mais qu'on lise son Panégyrique de sainte Thérèse en regard du même panégyi'ique composé par Bossuet, on verra combien Fénelon s'abandonne davantage, évite moins les écueils du sujet, va plus résolument chercher les traits qui peuvent troubler le cœur, et plus facilement anéantit la volonté dans l'extase 2. Aussi fut-il vite conquis lorsqu'il rencontra sur son chemin cette sainte Thérèse équivoque , M™« Guyon , qui réduisait la religion presque* tout entière à Voraison, acte d'amour silencieux, substitué à toutes les prières précises et à tous les actes personnels. «Leur esprit se plut l'un à l'autre, dit Saint-Simon : leur sublime s'amalgama. »

L'ironie est ici facile, et Fénelon semble s'y être exposé de gaieté de cœur. Mais il n'est pas interdit non plus de louer son désintéressement et sa fidélité à la cause de M™® Guyon, Celle-

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