I.cllfC ;i iJoiiivillicrs, 20 août
Sa soumission fut immédiate et absolue. Mais de cette querelle une chose sortait plus atteinte que le quiétisme : c'était l'orthodoxie elle-même. Fénelon le sentait bien, lorsqu'il disait h Bossuel : «Nous sommes, vous et moi, l'objet de la dérision des impies, et nous faisons gémir tot^s les gens de bien. »
Le a Traité de l'existenee de Dieu »•
Si l'on voulait se convaincre à quel point l'esprit d'un Fénelon diffère de l'esprit d'un Bossuet, on n'aurait qu'à lire successivement le Ti^aité de Vexistence de Dieu et la Connaissance de Dieu et de soi-même. La comparaison a été souvent esquissée, et d'ordinaire par des admirateurs exclusifs de Bossuet.
Bossuet suit Descartes dans son beau traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, ouvrage tout cartésien par ses principes et par son titre même. Il y donne la même définition de la philosophie, et y comprend de même les sciences ; il distingue dans nos sensations les phénomènes de l'esprit et ceux du corps ; il assigne la môme origine à nos idées, et trouve dans Tentendement des idées supérieures aux idées sensibles; il donne la même preuve de l'existence de Dieu ; il reconnaît, comme Descartes, la souveraineté de la raison dans toutes les opérations de l'esprit, dans l'appréciation du vrai et du faux, dans la conduite de la vie.
Fénelon, avec moins d'indépendance que Bossuet, abrège ou développe Descartes. Son Traité de l'Existence de Dieu reproduit les principales vérités de la métaphysique cartésienne, à laquelle il môle des ornements agréables, afin d'intéresser l'imagination à des vérités de raison * .
Mais le livre de Fénelon, outre son charme, a sa valeur propre, et il en faut croire Leibnitz, qui écrivait à Grimarest en 1712 : « J'ai lu avec plaisir le beau livre de M. de Cambrai sur l'existence de Dieu ; il est fort propre à toucher les esprits, et je voudrais qu'il fît un ouvrage semblable sur l'immortalité de l'âme. » Leibnitz ne connaissait que la première partie du traité, qui venait de paraître, sans doute à l'insu de Fénelon. C'est en 1718 seulement que l'ouvrage entier fut publié, parles soins de Ramsay. Si l'on en croit l'éditeur, qui avait longtemps vécu dans la familiarité de Fénelon, ce serait un fragment d'un grand ouvrage entrepris par Fénelon dès sa jeunesse et jamais achevé. La grâce et l'inexpérience de la jeunesse se trahissent, en