‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 131 sur 178 · C. de Litt. — FÉNELON · texte numérisé non relu

C. de Litt. — FÉNELON

l'umusomonl : ellos croicnl qu'on no 1ns écoutn point si on ne leur laisse dire cent choses inutiles avant que de venir à celles dont il est question.

Sauf un trail (le soupçon de nouveauté sur les doctrines), le portrait pourrait être celui de Fônelon. On le trouvait donc parfois « trop froid et trop sec », et c'étaient les femmes surtout qui le lui reprochaient. Vraiment elles étaient ingrates, car c'est surtout ti ellos, c'est à elles seules pleinement peut-être, qu'étaient ap[)ropnées ces lettres si finement nuancées. Cert(îs, rénclon a eu des pénitents illustres, comme Ramsay, cet incrédule anj^lais dont il a si profondément remué et transformé l'àmo, par cette « espèce de font(î du cœur » qu'il définit si bien. Il a dirigé, apaisé la conscience incertaine d'amis comme le duc de Glievreuse, à qui il écrivait, avec une amicale ironie : « Vous suivez trop votre esprit d'anatomie et d'exactitude en chaque chose. Vous n'êtes point lent, mais vous êtes long. Vous employez beaucoup de temps à chaque chose, non par la lenteur de vos opérations (car au contraire elles sont précipitées), mais par la multitude excessive des choses que vous y faites. entrer. Vous voulez dire sur chaque chose tout ce qui y a quelque rapport. Vous craignez toujours de ne pas dire assez... i*our (Hre sobre en paroles, il faut Tôtre en pensées. » Il a essayé do désabuser l)ien des courtisans du « néant menteur » de la cour. Mais aux hommes, à certains hommes du moins, une niothodo plus virile eftt mieux convenu. Les femmes, au contiaire, devaient se laisser prendre à cette mysticité caressante etvafçuo. Il est fâcheux que nous n'ayons pas tous les noms do ses correspondants, toutes les dates de ses réponses el la clef de toutes les allusions. Mais nous en comprenons assez pour dcvin(;r lo reste. Que de mystères sont ainsi révélés, que de drames (h; l'intérieur d'une famille ou d'une âme sont entrevus, et ronibioiico grand siècle, si tra[i({uille à la surface, recelait au fond d'clnies troublées el malades !

Tantôt elles ont « une pénétration et une sensibilité infinie, mais toul(i tournée à se tourmenter», toutes sortes de «bizarres imaginations », de subtilités, de scrupules, de tours et de retours, et Fénolon leur crie: « Kn quelque terre inconnue que vous allassiez, avec cotte dolicatosse d'amour-propre, chercher le repos, vous no l'y trouveriez jamais. » Promptes à s'exalter, elles sont proini)tesà s'abattre ; à la fois vives et mélancoliques, elles no laissent, par leur nïobilité, aucune prise à qui voudrait les fixer : « C'est toujours h recommencer : elles tournent comme

une girouette à tout vent. » Tantôt elles ont le goût de Tesprit et du raisonnement, ou d'une dévotion « lumineuse et haute n, ou des bienséances d'une certaine politesse de Tesprit dont elles sont les martyres, ou des saillies continuelles qui amusent et dissipent l'imagination. « Vous ne pouvez, dit Fénelon à M™^ de Grammont, dompter votre esprit dédaigneux, moqueur et hautain, qu'en le tenant comme enchaîné par le silence. » Que de physionomies distinctes! que de passions opposées! Ici, l'orgueil du rang, qui s'étale, se sourit à lui-même avec une complaisante assurance ; là, l'excessif effacement, la défiance sans bornes de soi ou des autres. Ici, les « ébranlements violents » qui secouent tout l'être; là, les « entortillements » qui cachent jusqu'au mal qu'il s'agit de guérir, ou encore la perpétuelle indécision de ceux « qui passent la meilleure partie de leur vie à connaître et à regretter leur manière de vivre, à se proposer de la changer, à faire des règles pour un temps qu'ils espèrent avoir » et qu'ils n'ont pas.

Il ne faut pas croire d'ailleurs qu'à ces maladies morales si diverses Fénelon propose impitoyablement le même remède : mourir à soi et au monde. Non, s'il exige qu'on lui dise tout avec simplicité, c'est « afin que le directeur, comme un médecin, puisse donner des remèdes proportionnés aux besoins ». Il apaise les scrupules infinis des personnes qui s'en veulent des pensées les plus involontaires et les plus innocentes ; il raille telle pénitente qui a toujours à se confesser « de vétilles qui doivent casser la tête à elle et à son directeur ». Celle-ci aime la solitude; qu'elle prenne garde : « On n'est jamais moins seul que quand on est avec soi. » Tout dissipe cette autre, tout la replonge dans le naturel; il faut qu'elle apprenne à retenir les saillies d'une imagination trop vive. Si elle a « besoin d'être rabaissée du côté de l'esprit », qu'elle sache que « plus on a de talents, e*t plus on a besoin d'en éprouver l'impuissance » ; qu'elle ne lise rien par curiosité pure, qu'elle s'humilie et se taise. « Ce qu'on appelle esprit n'est qu'une vaine délicatesse que le monde inspire. Il n'y a point d'autre vrai esprit que la simple et droite raison *. Mais si l'âme est mélancolique par nature, ne faut-il pas craindre de l'assombrir encore ? En ce cas, il convient de « ne laisser jamais attrister son imagination ». Cet art de doser et de varier les remèdes ne peut appartenir qu'à un observateur attentif, à un moraliste pénétrant. On n'a jamais

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