MAGDALA
Et moi, je m'applaudis d'avoir un mari qui ne vous ressemble pas. Car, pour savante que je suis, il m'est plus cher, et je l'en aime davantage.
On sait que c'est à peine si Montaigne a daigné toucher en se jouant à ce problème, qui n'en était même pas un pour lui; car s'il glorifiait volontiers l'énergique vertu de la femme antique, il se faisait une bien médiocre idée du rôle de la femme moderne, et se bornait à répéter l'arrêt méprisant de ce duc de Bretagne dont le Ghrysale des Femmes savantes n'est que le plagiaire :
Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés, Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse ^
Il est vrai qu'à considérer le détail, toute comparaison ne sérail pas impossible entre Montaigne et Fénelon. C'est presque exclusivement au point de vue de l'éducation, de l'utilité morale et pratique de la vie, que tous deux se placent : la dignité de la science, aimée pour elle-même, leur échappe. Mais combien moins utilitaire est Fénelon! combien plus élevé dans sa conception du rôle de la femme et de la vie morale I Leurs méthodes d'instruction sont également riantes et indirectes, excluent trop Teffort direct et personnel; mais celles de Montaigne aboutissent à faire des âmes épicuriennes et peu soucieuses du devoir; celles de Fénelon façonnent des âmes sans assez de nerf encore, mais des âmes chrétiennes enfin. C'est que pour faire des âmes il faut en avoir une : Montaigne n'a qu'un esprit critique et sceptique, qui dédaigne ou qui raille, mais qui n'aime pas.
Les disciples de Montaigne, comme Charron, exagèrent encore sa défiance de la femme. Bodin n'est pas plus favorable. Pen-
1. Voyez le passage de Montaigne (I, 24) à la un de notre édition de V Institution des enfants.
se servent ordinairement de cette connaissance que pour s'en faire honneur auprès des hommes. Vous vivez maintenant parmi des personnes dont le langage est tout païen. »
Fénelon lui répond dans une lettre où la gravité se tempère d'enjouement; où il dit ce qu'il a vu déjà, ce qu'il craint (voir sur la cour les Lettres spirituelles, etc.), mais aussi ce qu'il espère.
DISSERTATIONS ET LEÇONS
L'éloquence de Fénelon dans le Sermon sur l'Epiphanie,
(Paris. — Leçon d'agrégation, 1889.)
Comparez les Dialogues des morts dans Lucien, Fénelon et Fonlenelle.
(Paris. — Licence es lettres, nov. 1857.)
Expliquer et développer cet éloge adressé par Horace à Virgile dans les Dialogues des morts de Fénelon : « Vous animez et passionnez toute la nature. »
(Paris. — Licence es lettres, juillet 1876.)
Apprécier cette pensée de Fénelon : « Ceux qui n'ont jamais souffert ne savent rien, ils ne connaissent ni les biens ni les maux; ils ignorent les hommes, ils s'ignorent eux-mêmes. »
(Lyon. — Lycée de jeunes filles. — Diplôme DE FIN d'études, 1892.)
Que pensez-vous de cette opinion attribuée à Fénelon : « Aimez mieux votre famille que vous-mcMiios, votre patrie que votre famille, l'humanité que votre patrie? »
(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de première année.)
Fénelon écrit, le 30 décembre IGDl), au duc de Chcvrouse, à qui il reproche de suivre trop son esprit d'anatomie et d'exactitude en chaque chose, et de ne pas savoir couper court : « Pour