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C. de Litt. — FÉNELON

8 COURS DE LlïTÉUATUHE

ridionlos : après quoi, on sn croit on droit d'alKindonnor avcuiîlémentlesfUlos :ï la conduit(; do niftros ÎKiioranlos cl indiscrôles. // eut vrai qu'il faut craindn; do faire des Ravnnles ridicules... Mai» que s'cnsuit-il do la faiblesse do feiiinios? i*lu8 elles sont faibles, plus il C8t important de les fortifier.

Autant il ser.iit pu^nil d'instituor une comparaison en règlo entre une comédie faite pour amuser la foule aux dépens de certains ridicules, et un ouvrage d'éducation, aristocratique au fond par l'esprit, aulant il est utile de marquer le progrès accompli des Femmes savantes à V Édunallon des filles.

Le point de départ du livre de Ténelon semble d'abord absolument opposé : tandis que Molière, en effet, est surtout frapp6 des abus pédantesques d'une instruction mal comprise *,Fénelon est épouvanté de la vanité d'un savoir superficiel et frivole. C'est que chacun d'eux se place à un point de vue dilférent aussi : poète comique, ennemi de toutes les affectations, Molière se rit des excès que note et fixe pour toujours son observation pénétrante; pédagogue insinuant, aimant, Fénelon descend au fond des âmes et s'etfraye de les trouver vides. L'un a tous les dons de l'esprit élevé Jusqu'au génie; Tautrçy ajoute une chaleur de cœur sans laquelle tous les dons de Te.sprit sont peu de chose en pareille matière, et ces nobles inquiétudes de l'âme chrétienne que ne connaît pas toujours le plus parfait. honnête homme. Kn apparence, c'est Molière qui avait la supériorité de Texpérience : il touchait à la fin de sa carrière; il avait beaucoup vu et beaucoup retenu. Mais le jeune aumônier des Nouv(îIles Catholiques, en bien peu d'années, avait pénétré plus avant que lui dans les consciences féminines.

C(^ sont les ressemblances pourtant qui frappent d'abord la vue, si l'on considère surtout la partie critique du livre de Fénelon. Le chapitre II (ïnconvduients des éducations ordinaires) est tout critique, et le souvenir de Cathos et de Madelon, de Bélise et de Philaminte, que Fénelon l'ait voulu ou non, est évoqué par tel passage où la préciosité et le pédantisme sont peints d(;s mêmes traits, mais non pas ridiculisés du même ton que dans les Femmes savantes.

Les i»«;r8t»nne8 instruites et occu|)ées h des choses sérieuscB n'ont d'ordiiiiùn) i|irune curiosité int^Mliocn; ; ce (iu*elles savent leur donne du tnéprl.-* p<iui JKaucoup de choses (lu'elli.'S i<^Miorent ; elles voient rinulililé et le ridi-

I. l'rctrpio tous I(>!i hommes du \vii* siôclo lo sont comme lui et Avant lui. Baliar ùn'ii à M"* I)cslof;rcs (20 «ppt. lOlitKi: u Ui p(''dantori<! n'est pai supportable en un niailnf es arts : comment le sura-t-cllc en une femme ? *•

cule de la plupart des choses que les petits esprits, qui ne savent rien et qui n'ont rien à faire, sont empressés d'apprendre.

Au contraire, les filles mal instruites et inappliquées ont une imagination toujours errante. Faute d^aliment solide, leur curiosité se tourne en ardeur vers les objets yains et dangereux. Celles qui ont de l'esprit s'érigent souvent en précieuses, et lisent tous les livres qui peuvent nourrir leur vanité ; elles se passionnent pour des romans, pour des comédies, pour des récits d'avenlurcs chimériques, oli l'amour profane est mêlé. Elles se rendent l'esprit visionnaire, en s'accoutumant au langage magnifique des héros de romans ; elles se gâtent môme par là pour le monde : car tous ces beaux sentiments nn l'air, toutes ces passions généreuses, toutes ces aventures que l'auteur du roman a inventées pour le plaisir, n'ont aucun rapport avec les vrais motifs qui font agir dans le monde et qui décident des affaires, ni avec le mécompte qu'on trouve dans tout ce qu'on entreprend.

Une pauvre fille, pleine du tendre et du merveilleux qui l'ont charmée dans ses lectures, est étonnée de ne trouver point dans le monde de vrais personnages qui ressemblent à ces héros : elle voudrait vivre comme ces princesses imaginaires qui sont, dans les roman<i, toujours charmantes, toujours adorées, toujours au-dessus de tous les besoins. Quel dégoût pour elle de descendre de l'héroïsme jusqu'au plus bas détails du ménage !

Quelques-unes poussent leur curiosité encore plus loin, et se mêlent do décider sur la religion, quoiqu'elles n'en soient point capables. Mais celles qui n'ont pas assez d'ouverture d'esprit pour ces curiosités en ont d'autres qui leur sont proportionnées : elles veulent ardemment savoir ce qui se dit, ce qui se fait, une chanson, une nouvelle, une intrigue; recevoir des lettres, lire celles que les autres reçoivent ; elles veulent qu'on leur dise tout, et elles veulent aussi tout dire ; elles sont vaines, et la vanité fait parler beaucoup ; elles sont légères, et la légèreté empêche les réflexions qui feraient souvent garder le silence.

Molière n'avait pas songé à ce pédantisme des femmes qui décident sur la religion ; mais les autres traits sont de lui ou de Desmarets, l'auteur des Visionnaires, h moins que Fénelon ne los ait pris simplement dans la réalité qu'il avait tous les jours sous les yeux. Ailleurs, au chapitre X, c'est bien encore du ridicule éternel des précieuses et des femmes savantes que Fénelon se montre préoccupé.

Ce qui reste à faire, c'est de désabuser les filles du bel esprit. Si on n'y prend garde, quand elles ont quelque vivacUé, elles s'intriguent, elles veulent parler de tout, elles décident sur les ouvrages les moins proportionnés à leur «apacité, elles affectent de s'ennuyer par délicatesse. Une fille ne doit parler que pour de vrais besoins, avec un air de doute et de déférence ; elle ne doit pas même parler des choses qui sont au-dessus de la portée commune des lilles, quoiqu'elle en soit instruite.

Ces travers ont donc survécu au grand comique qui les avait éclairés d'une si vive lumière, puisque Fénelon doit les combattre à nouveau ; mais, si la matière de Tobservation est restée la môme, le point de vue d'où on Tobserve a bien changé.

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I.e point de vue tout profane et, pour ainsi dire, tout extérieur de Molière, c'est celui du monde, de la vie en société ; Féneloii considère, non pas uniquement, mais avant lout, la vie intérieure de Tàme. II ne dédaigne pas non plus, sans doute, le point de vue de la vie en commun, surtout dans le cercle de la famille ; mais là mAme ses conseils n'ont rien de vulgairement utilitaire ; c'est la bonne entente qu'il désire, alors que d'autres se contentent trop facilement de la bonne soupe. Il ne se lasse pas d'insister sur cette idée que le rôle de la femme doit êli*e lout domestique, qu'à son influence morale elle ne poun'ail sans péril essayer de substituer une influence de science ou il'esprit. Aussi a-t-il soin de poser en principe qu'il faut pro- |)ortionner l'instruction à la condition et aux besoins d'une lille, en réservant une instruction plus modeste aux filles d'une condition moins relevée. Le principe peut ôlre contesté, maïs l'intention est bonne : il craint, si l'on raffine trop l'esprit de certaines femmes, qu'on ne leur inspire le dégoût des devoirs plus obscurs qu'cîlles ont à remplir. Chrysale eût été de cet avis, mais n'aurait pas manqué de fausser la pensée en l'outrant ; plus avisé, Fénelon voit plus clairoment la grande place qui est réservée à la femme dans la société moderne. Chrysale eût lu avec plaisir, dans ce livre, l'éloge de l'économie et des vertus économiques; il oût applaudi à cette définition des devoirs essentiels des femmes : « La nature leur a donné en partage l'industrie, la propreté et l'économie, pour les occuper tranquillement dans leurs maisons ; » il n'eût pas pu, enfin, ne pas approuver en gros un livre dont les dernières lignes leur recommandenl, au nom du Saint-IDsprit même, « la simplicité des mœurs, l'économie et le travail ». Mais en maint autre endroit il eût manifesté sa surprise; son bon sens un peu épais n'eût pas compris certains scrupules délicats, ou se serait alarmé de certaines concessions relativement hardies. Non que Chrysale perde entièrement de vue les devoirs moraux delà femme : il veut qu'elle sache

Former nux Ixmiics mœurs Tcsprit de ses ciifantB;

mais la o f)hilosophie » qu'il lui permet manque d'horizon, et lui, le mari, il voit dans la femme moins une épouse qu'une maîtresse de maison, qui fait aller son ménage, a l'œil sur ses ^en^y règle avec économie la dépense. Il est vrai que sa ûlle, la charmante Henriette, est là; mais réalise-t-elle l'idéal de la

femme instruite sans pédantisme que veut former Fénelon? Il est permis d'en douter et de croire que chez celle-ci la part du sentiment — même sans parler du sentiment religieux — serait plus grande. A son éducation, livrée à des influences contraires, dont elle a su s'affranchir, elle doit la fermeté de son esprit et la décision de son caractère : la jeune fille élevée par Fénelon ne parlerait pas à Trissotin comme Henriette lui parle. Sur son instruction, nous savons peu : elle a sans doute des « clartés de tout » , puisque Glilandre ne les refuse pas aux femmes. Mais Clitandre se borne à consentir à ce que les femmes ne soient pas tenues dans l'ignorance; Fénelon proclame avec éloquence la nécessité de l'instruction, d'unç instruction assez étendue pour le temps. Il est vrai que le robuste bon sens de Molière l'a préservé de l'esprit de chimère, dont ne s'est pas toujours gardé Fénelon ; mais les exagérations chimériques mêmes de Fénelon sont rachetées par un don que personne n'avait eu avant lui en pareil sujet, le don de sympathie. Et les chimères sont rares dans ce livre où M. Gréard admire précisément le sens du réel, où les modernes lisent encore avec profit des réflexions profondément sensées, comme celle-ci, qui signale le danger d'une confusion possible entre l'éducation des femmes et celle des hommes : (( La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions : la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études. »

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