‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 168 sur 178 · Fragments, XIl, t. I" des CEuvres · texte numérisé non relu

Fragments, XIl, t. I" des CEuvres

Notre langue un peu sèche, et sans inversions, Peut-elle subjuguer les autres nations?

Nous avons la clarté, l'agrément, la justesse ; Mais égalerons-nous l'Italie et la Grèce ? Est-ce assez en effet d'une heureuse clarté, Et ne péchons-nous pas par l'uniformité?

elle langue a perdu peu à peu une foule d'expressions énergiques, « et cette perte a un peu affaibli notre poésie * ». De plus, « il n'y a point de langue dans laquelle la versification ait plus d'entraves... C'est presque toujours la rime qui amène les vers faibles, inutiles ou rampants, avant ou après les beaux vers. Cet inconvénient attaché à la rime a fait naître plus d'une fois la proposition de la bannir; mais il est plus beau de vaincre une difficulté que de s'en défaire. La rime est nécessaire à la poésie française par la nature de notre langue, et est consacrée à jamais par les ouvrages de nos grands hommes *. » C'est conclure pacifiquement, comme Fénelon, mais après une guerre d'épigrammes, où l'on n'est pas trop surpris de voir faire appel à l'empereur de Chine pour condamner les chinoi* séries de la versification française :

Dis-nous si ce grand art dont nous sommes épris Kst aussi difficile à Pékin qu'à Paris. Ton peuple est-il soumis à cette loi si dure Qui veut qu'avec six pieds d'une égale mesure, De deux alexandrins côte à cote marchants. L'un serve pour la rime et l'autre pour le sens 8?

Mais si un Voltaire a l'esprit trop critique pour ne pas sentir et marquer les défauts des meilleures choses, il Fa trop sensé aussi pour n'en pas apercevoir les avantages. Dans le Discours sur la tragédie, qui précède Bruttts, il se dit effrayé par la sévérité de notre poésie et l'esclavage de la rime.

Un poète est un homme libre qui asservit sa langue b. son génie ; le Français est un esclave de la rime, obligé de faire quelquefois 'quatre vers pour exprimer une pensée qu'un Anglais peut rendre en une seale ligne. L'Annal! dit tout ce qu'il veut, le Français dit tout ce qu'il peut; l'un court dans une carrière vaste, et l'autre marche avec des entraves dans un chemin gUtsant et étroit.

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