Dialogues (h's morts
aux Lamotte, ni quelles ironies parfois il y mêle quand il écrit : « J'avoue que l'émulation des modernes serait dangereuse si elle se bornait à mépriser les anciens... Si jamais il vous arrive de vaincre les anciens, c'est à eux-mêmes que vous devrez la gloire de les avoir vaincus. Je suis charmé d'un auteur qui s'efforce de vaincre les anciens... Supposé même qu'il ne parvienne pas à les égaler, le public doit louer ses efforts. » Mais, tout en se rendant compte qu'il écrivait ce plaidoyer indirect en faveur des anciens, cette satire polie des modernes, il a pu croire de bonne foi que, voulant garder la mesure dans la forme, il a gardé une certaine impartialité dans le fond. N'affirmait-il pas, en effet, qu'il y aurait de l'entêtement à juger d'un ouvrage par sa date? que Virgile et Horace ont eu raison de marcher sur les pas d'Homère et de Pindare? que rien n'interdit à nos poètes la même ambition et le même succès? N'avouaitil pas, avec Horace, qu'Homère s'assoupit un peu quelquefois dans son long poème, et que les anciens les plus estimables ont leurs défauts ? que les chœurs des tragédies antiques, par exemple, toujours peu vraisemblables, souvent vagues et insipides, interrompent la vraie action? Il est vrai que c'est ne bien comprendre ni l'épopée d'Homère ni la tragédie des Grecs : Fénelon va jusqu'à conjecturer que « ces espèces d'intermèdes avaient été introduits avant que la tragédie eût atteint à une certaine perfection », comme si le chœur n'avait pas été d'abord la tragédie tout entière ! Mais quel luxe d'impartialité Fénelon déploie ou semble déployer là contre ses chers anciens I Cicéron, « le grand Cicéron même » a des plaisanteries très froides, des emportements qui manquent dé noblesse, des accès de la vanité la plus ridicule. Les premiers ouvrages d'Horace feraient bâiller si l'on ignorait le nom de leur auteur, et ses ouvrages les plus parfaits sont gâtés par des endroits qui attristent et refroidissent l'admirateur. Pline le Jeune est jugé d'un mot dédaigneux. Mais que dire de l'arrêt sommaire qui, d'un coup, frappe Aristophane, Plante, Sénèque le Tragique, Lucain, Ovide?
Est-ce qu'après de tels sacrifices, Fénelon n'est pas fondé à dire qu'il juge sans parti pris? Pas absolument; car en condamnant ces écrivains, c'est une certaine antiquité qu'il condamne, et une antiquité plus moderne, pour ainsi dire. Homère, Horace, Cicéron, ne sont qu'eftleurés; mais ceux qui sont profondément atteints, ce sont ceux qui n'ont pas pris pour loi unique « l'imitation de la belle nature », ceux qui ont manqué d'un certain
goiU simple ou délicat. Car « la belle nature », telle qu'il la conçoit, un peu épurée et anoblie, Fénelon ne la retrouve ni chez Aristophane ni chez Plaute, dont la verve a quelque chose de trop largement populaire pour ne pas l'effaroucher un peu. Il la retrouve moins encore dans sa simplicité chez les Ovide et les Pline, chez les Sénèque et les Lucain, ces beaux esprits ou ces orateurs à la voix trop retentissante. Mais que condamne-t-il chez les modernes, sinon ces mêmes défauts? Le sacrifice de ces anciens-là, c'est donc encore aux dépens de& modernes qu'il est fait. Mais les vrais anciens trouveront toujours en lui un juge trop prévenu pour n'être pas indulgent» car c'est à leurs œuvres qu'il a emprunté l'idéal très élevé que conçoit son esprit et qu'aime son cœur : « Quiconque a vu, d'une vue nette, le grand et le parfait, ne peut se flatter d'y avoir atteint. Rien n'achève de remplir son idée et de contenter toute sa délicatesse. Rien n'est ici-bas entièrement parfait. » Il est vrai que les anciens « ont un grand désavantage par le défaut de leur religion et par la grossièreté de leur philosophie». Mais c'est ici qu'éclate ce qu'il y a de spontané, de plus ou moins consciemment antique dans ce culte de l'antiquité. Il semble que, sur ce terrain du moins, l'archevêque de Cambrai puisse être d'accord avec les partisans des modernes. Loin de là : il no se borne pas à excuser Homère d'avoir fidèlement peint d'après nature, comme les peintres Mignard, de Troy, Rigaud,. font des portraits ressemblants ; il vante cette aimable vie des premiers hommes, cette heureuse et élégante simplicité, qu'il oppose au luxe vain et ruineux de notre nation, à « ces mœurs monstrueuses » que le monde au temps d'Homère était assez heureux pour ignorer. C'est « la honteuse lâcheté de nos mœurs » qui nous empêche d'admirer certaines beautés simples. Séduit par les tableaux qu'il évoque, entraîné par les citations qu'il accumule, le critique redevient utopiste, remonte à l'âge d'or, voit les bergers « dansant sur l'herbe tleurie à Tombre d'un boca*j:e, dans une saison délicieuse », déplore l'oubli de l'ancienne frugalité.
J'ainio cent fois mioux la pauvre Ithaque d'Ulysse qu'une vie brillante par uiio si odiouïîc inafînificciice. Heureux les hommes, s'ils se contentaient des plaisirs qui no coûtent ni crime ni ruine! C'est notre folle et cruelle vanité, et non pas la noble simplicité des anciens, qu'il faut corriger.
(rest ainsi que le Télémaque et la Lettre se rejoignent, et que la ci'i tique annoncée de la religion païenne s'achève en apolo-
gie de l'âge d'or. La critique ici se fait poésie, et le sentiment de l'art chez les modernes vient au secours du sentiment de la nature chez les anciens : le Titien, qui « peint un vallon plein de fraîcheur avec un clair ruisseau, des montagnes escarpées et des lointains qui s'enfuient dans Vhorizon », est loué, près de Virgile. Mais les exemples de^ modernes « qui ont beaucoup d'élégance et de tours ingénieux » ne tiennent pas longtemps en face de la simple nature des anciens, et la Lettre s'achève sur une opposition — combien partiale I -^ de l'architecture grecque, où tout est simple, mesuré, borné à contenter la vraie raison, et de l'architecture gothique, dont les vains raffinements restent si au-dessous de la simplicité grecque. Fénelon appelle cette antithèse « une espèce d'apologue », et on Tentend assez quand on voit quelle « moralité » il en tire :
Changez seulement les noms, mettez les poètes et les orateurs en la place des architectes : Lucain devait naturellement croire qu'il était plus grand que Virgile ; Sénèque le Tragique pouvait s'imaginer qu'il brillait bien plus qa« Sophocle ; le Tasse a pu espérer de laisser derrière lui Virgile et Homère. Ces auteurs se seraient trompés en pensant ainsi : les plus excellents auteurs de nos jours doivent craindre de se tromper de même.
Si les plus excellents auteurs de ce temps n'ont pas comp: cette leçon finale, c'est qu'ils n'étaient vraiment pas dign lire cette Lettre où tout est nuances et sous-entendus, ki vrai que, dans les dernières lignes, Fénelon semble refc r se prononcer entre les deux partis ; mais n'est-ce pas asi prononcer que finir sur cet « apologue » trop suggestif?
Conclnsion générale snr la a Lettre »•
Quand on sort, plus charmé qu'éclairé, d'une lecture de la Lettre, on risque d'en voir plutôt, en somme, les détours, les contradictions peut-être, que la suite insensible et la fle:iûble unité. Ce qu'il y avait de complexe dans la situation d'un moderne, adorateur des anciens, et appelé à se prononcer entre les anciens et les modernes; ce qu'il y a de complexé encore pour nous, d'insoluble dans un problème étemel, dont Ténoncé seulement varie selon les âges, on est exposé à l'oublier, tant les uns sont pris à cet air de candeur émue ou entraînés par
jette facilité coulante, tant les autres s'amusent aux roueries innocentes de cette stratégie académique ; car, pour ceux qui s'en indigneraient, il faudrait les plaindre. Puis, quand on pénétre plus avant dans l'intimité de Fénelon et qu'on est plus familier avec les lentes « erreurs » d'une pensée qui se déploie 011 se reploie, s'impose ou se dérobe tour à tour, on saisit la secrète et profonde unité, non seulement de la Lettre, mais de l'œuvre tout entière de Fénelon. Et que sont les Dialogues sur V(Hoquence ou les Dialogues des morts, sinon les chapitres de la Rhétorique et de l'Histoire en germe ? et comment comprendraiton la dernière partie de la Lettre, si l'on ne se souvenait da Télémaque? La Lettre, c'est tout Fénelon, et ce n'est que Fénelon; mais c'est Fénelon arrivé au terme de sa jeune vieillesse, ou plutôt de sa jeunesse prolongée et sans cesse renouvelée, avec ses enthousiasmes et ses illusions et aussi ses finesses, avec les élans d'une nature très spontanée et les ruses d'un esprit très souple.
Ceux qui aiment les pensées aux contours nettement arrêtés aiment peu la Lettre, Ces adeptes du bon sens, aux endroits mêmes où Fénelon est sensé, n'admettent pas qu'il le soit avec une grâce si libre : il insinue trop, à leur goût, et n'affirme pas assez. Dépositaires de la tradition classique , du moins ils le croient, ils cherchent ici l'unité d'esprit qui fait les classiques, et s'étonnent de ne l'y pas trouver. Eh quoi! ce grand seigneur du xvii® siècle est un partisan de la pure nature I cet évèque semble, à certains moments, un païen I ce dévot des anciens est un novateur téméraire, presque un révolutionnaire çà et làl N'en doutons point, il est à la fois tout cela, mais il peut Tétre sincèrement, spontanément, sans tant de calculs ni d'arriërepensées. Voyez de quel ton il écrit à Lamotte si peu de temps avant sa mort (22 novembre 1714) : il abandonne sans peine, dit-il, les dieux et les héros d'Homère; mais ce poète ne les a pas faits, il a bien fallu qu'il les prit tels qu'il les trouvait. Si la poésie est, comme la peinture, une imitation, Homère atteint au vrai but de l'art quand il représente les objets avec grâce, force et vivacité. Et il ajoute, en artiste véritable, qui ajssode toujours si curieusement l'art à la nature :
Le sage et savant Poussin aurait peint le Guesclin et Boudcant simplm et couverts de fer, pendant que Mignard aurait peint les courtisans du dernier siècle avec des fraises ou des collets montés, ou avec des canons, des plumes, (lo la broderie ou des cheveux frisés. Il faut observer le vrai et peindre dV près nature. Les fables mêmes, qui ressemblent aux contes de fées, oui Je neaai$
quoi qui plaît aiix hommes les plus sérieux : on redevient volontiers enfant pour Hfe tes aventures de Baucis et de Philémon, d'Orphée et d'Eurydice.
Comment, de la condamnation des dieux d'Homère, il a passé, glissé plutôt à l'apologie de la fable, on ne sait, mais on sent que tout cela coule de source. Mais cette source même est-elle toujours pure? y peut-on boire avec pleine sécurité? Bel esprit, disait déjà Louis XIV; esprit faux, dit-on aujourd'hui : c'est le progrès qui le veut. Et Ton oppose à cet esprit brillant, mais fuyant, Tesprit admirablement solide et droit de Bossuet. On peut admirer Bossuet sans calomnier Fénelon, et Ton ne voit pas vraiment qui gagnerait à méconnaître l'esprit français dans une de ses manifestations les plus originales. Cet esprit, il est vrai, d'ordinaire, du moins à Tâge classique, a plus de force que de grâce : la haute raison impersonnelle y maîtrise le sentiment sans rétouffer. C'est le sentiment, au contraire, dans ce qu'il a de plus individuel, qui se joue à travers cette prose toute pénétrée de poésie. Fénelon manque, dit-on, de ce sens pratique qui fait le fond du génie français. Mais il lui donne un sentiment plus vif de l'art et de la nature; il lui ouvre des vues sur un avenir que lui-même ne verra pas. Chemin faisant, il répand, avec nonchalance, les idées neuves et qui germeront : car on parle trop de ses chimères, et l'on ne parle pas assez de ses rêves qui se sont réalisés. On lui en veut de ne pas se montrer pleinement satisfait de la langue et de la littérature de son temps ; c'est par là justement qu'il est Fénelon : ce dévot de l'antiquité mieux comprise comprend mieux que certains de ceux de ses plus illustres contemporains ce que doit être la littérature moderne, et c'est pourquoi il semble plus être des nôtres. Raillons, s'il nous plaît, les moyens qu'il propose pour enrichir la langue, mais sachons-lui gré de cette inquiétude féconde. Reprochons-lui de ne pas admirer assez les orateurs français, mais non d'avoir méconnu le caractère élevé de la véritable éloquence, et d'en avoir marqué les conditions morales et même physiques. Où était, au xviii® siècle, la grande poésie en dehors du théâtre? et qui, plus que Fénelon, a senti qu'elle est plus « sérieuse » que le vulgaire ne le croit? Et ce théâtre, qui l'a moins méprisé, au fond, que cet évêque? L'histoire était-elle yraiment l'histoire avec Bossuet? n'était-elle pas bien voisine de la théologie? Avec Fénelon, elle n'est plus si loin d'Augustin Thierry ni même de Michelet. Mais, au total, il préfère les anciens aux modernes ? C'est que les modernes ne sont pas, autant qu'il le voudrait,
Héritiers des anciens ; et c'est une question de savoir s'il a pleinement tort; c'est une question aussi de savoir si cet appel dou- n: cernent énergique à la simplicité primitive a été sans influence ^ sur le renouvellement de notre littérature à un siècle qui est celui de llousseau peut-être au moins autant que celui de Voltaire.
Prenons garde de le juger d'après ce que j'oserai appeler le faux goût français, amoureux d'unité, de suite logique et tangible. Nos ultra-classiques lui font payer aujourd'hui sa souplesse et son indépendance. Ne l'aimons pas uniquement pour cela, mais aimons-le tout de même parce qu'il ne ressemble à aucun autre.
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— Préface d'OEdipe et 5® lettre sur OEdipe. — Discours sur la tragé-
die SiYdiit Bru tus. Lettre à l'Académie française avant /rêne. •— Épitre à la duchesse du Maine, avant Oreste, — Commentaires sur Cinna, II.
— Nouvelles Considérations sur l'histoire (1744).
JUGEMENTS
Il y a dans cette lettre des réflexions sublimes, délicates, sensées, exprimées d'un tour élégant, gracieux, et très capable de plaire aux lecteurs en les instruisant.
Abbé de Saint-Pierre.
Tous les écrits de Fénelon respirent un goût vif et pur pour l'antiquité, mais nul autre peut-être à un si haut degré que sa Lettre à l Académie française. C'est là que les plus beaux passages des écrivains du siècle d'Auguste se pressent dans sa mémoire, s'accumulent sous sa plume, et reçoivent ces commentaires courts et rapides où se peignent si bien son exquise sensibilité, sa profonde admiration, son doux enthousiasme.
De Feletz, Jugements historiques et littéraires.
La Lettre sur V éloquence ne renferme que la même doctrine (celle des Dialogues), appliquée avec plus d'étendue, ornée de développements nouveaux, énoncée partout avec cette autorité douce, persuasive, d'un homme de génie vieillissant, qui discute peu, qui se souvient, qui juge; aucune lecture plus courte ne présente un choix plus riche et plus heureux de souvenirs et d'exemples. Fénelon les cite avec éloquence, parce qu' sortent de son âme plus que de sa mémoire : on voit que ] tiquité lui échappe de toutes paris.
ViLLEMAiN, Discours et Mélanges littéraires; Perrin,
Je ne trouve chez les anciens que YÉpitre aux Pisonsq comparable à la lettre de Fénelon sur les OccupcUions de r/
LETTRE A L'ACADÉMIE 7i
demie. Les vers d*Horace, aux endroits familiers, ressemblent à la prose de Fénelon, comme celle-ci, dans tout le cours de la lettre, a le tour vif, facile, aimable, des vers d'Horace. La pensée générale en est excellente; c'est partout le simple, le vrai, le naturel, que recommande Fénelon, et chacune de ses phrases en est comme un modèle.
Nis.vRD, Histoire de la littérature française, t. III; Didol.
L'amour des anciens dans Fénelon n'est pas seulement une inclination littéraire; c'est une idée morale, je dirai presque c'est une préférence politique... Les beautés simples et naturelles sont charmantes ; mais, à force de les aimer, Fénelon ne fait-il pas tort aux beautés ornées et sublimes? Il n'épargne pas les louanges à la Fontaine; mais il en est bien avare pour Racine et pour Corneille, dont il signale surtout les défauts. « Le Titien, dit Fénelon, peint un vallon plein de fraîcheur avec un clair ruisseau ; il se garde bien de peindre un riche parterre avec des jets d'eau et des bassins de marbre. » Aimons les fleurs naturelles des parterres cultivés par l'art d'un Racine; aimons ces ileurs rares et merveilleuses que, sur la cime des montagnes, fait éclore le souffle puissant d'un Corneille... LaLettreà l* Académie est une œuvre de polémique mesurée, polie, indirecte, comme Fénelon la pouvait faire contre un parti puissant dans l'Académie française.
H. RiGAULT, Histoire de la querelle des Anciens et des Modernes; Hachette.
Les diverses doctrines de la Lettre à V Académie ne sont pas toutes également acceptables. S'il est vrai qu'à mesure que les relations d'un peuple s'étendent et que ses rapports se multiplient, il devient indispensable, ses idées augmentant, d'augmenter les ressources de son idiome, c'est avec réflexion et sagesse qu'il faut pratiquer sur les langues étrangères ces emprunts que Fénelon recommande avec tant de zèle, pour qu'une langue reste pure, claire et bien faite : eût-il été luimême satisfait de toutes les importations qu'a subies, en ce siècle, la langue française? C'est un moyen meilleur de rajeu-
i COURS DE LITTERATURE
nir un idiome, que les compositions de mois qu'il propose, à l'imitation des Grecs et des Latins; mais l'expérience du xvi* siècle a démontré le péril de ces innovations trop hardiment multipliées. Voltaire a dit : «Notre langue est une gueuse lière. » Point si gueuse d'ailleurs, ni si mal partagée. Le progrès de la versification moderne ne réfute-t-il pas victorieusement, par exemple, les observations de Fénelon sur « le défaut de souplesse et sur les difQcultés inutiles de la rime », qu'il reproche à notre langue poétique ? et n'avait-il point lui-même sous les yeux les merveilles de la versification de Boileau, de Racine et de la Fontaine ? Trop absolu dans ses théories novatrices, Fénelon nous paraît aussi trop sévère dans ses jugements, quand il apprécie notamment Racine et Molière, et ti'op indécis dans ses conclusions, quand il traite la question des Anciens et des Modernes. Mais, excellente sur les autres points, et ingénieusement solide dans son ensemble, la Lettre à l'Académie contient les pages de critique littéraire les plus originales et les plus fortes que le xvn® siècle nous ail laissées. L'esprit de Fénelon s'y montre ce qu'il était en toutes choses ; large, accessible aux réformes, ouvert au progrès, et en même temps nourri à fond de ce qu'il appelle lui-même « la Heur de la plus belle antiquité )>. Les citations et les souvenirs débordent de son imagination ; les vers d'Homère, d'Horace et de Virgile coulent de sa plume comme le miel coulait, selon le poète, des lèvres de Nestor.