LETTRES ET DIALOGUES
Lettre de Fénelon à Lamotte. -r- Fénelon n'était pas demeuré étranger à la querelle des Anciens et des Modernes. Quelques billets écrits à Lamotte» et plusieurs passages de la Lettre sur les occupations de V Académie avaient fait supposer que rarchevéque de Cambrai se rangeait du côté des défenseurs des modernes. Fénelon avait pu, en effet, dans un esprit de conciliation, tenir la balance un peu trop égale entre les deux partis qui divisaient r Académie. Mais les remerciements de Lamotte le décidèrent à revenir sur ce sujet, et à lui adresser la lettre suivante : Il le remercie de ses obligeantes paroles ; mais une approbation si entière l'embarrasse : il craint de ne Tavoir point méritée. Il rend aux modernes toute la justice qui leur est due, mais peut-il laisser croire qu'il déserte la cause des anciens? Pour parler d'abord d'Homère, sur lequel on dispute tant depuis quelques années, doit-on le juger sur le goût du siècle? Il n'aurait point, pour sa part, abrégé ïlliade de douze chants, ni changé la mort d'Hector en la trouvant défectueuse. M"* Dacier n'a rien fait de semblable.
Mais on a tort de réduire aujourd'hui la querelle au seul Homçre. M. Perrault avait compris que le sujet est plus général. Son tort a été de s'être persuadé qu'en trouvant des défauts aux anciens il démontrait l'avantage des modernes.
Les jeunes gens n'ont que trop de penchant à s'imaginer que les anciens radotent comme des vieillards, tandis que ce soût les anciens qui représentent la jeunesse, et qui en ont toute la fraîcheur.
Il accorde à Lamotte que dans la tragédie et la comédie le siècle de Louis le Grand compte des poètes qui ont parfois égalé les anciens. Mais où trouve-t-on les émules de Platon, de Thucydide, de Démosthène, de Tite-Live, de Virgile? Ëst-on certain que l'éloquence et surtout la poésie aient besoin du progrès des années pour se développer? Lui-même ne doit-il pas rapporter à Homère,, à Sophocle, à Xénophon, tout le mérite d'un ouvrage dont on a trop parlé sans le bien connaître?