‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 22 sur 178 · XIJ · texte numérisé non relu

XIJ

Dans son discours à l'Académie, la Bruyère salue en Bossuet un Père de l'Église. D'autre part, on a pu comparer Bossuet à des orateurs tels que Démosthène, à des poètes tels que Pindare. Dites en quoi Bossuet, dont l'éloquence tient surtout, il est vrai, des Pères, se rapproche pourtant des anciens, et ce (ju'il peut leur devoir.

Précisez ce que le style de Bossuet peut devoir aux fortes études latines dont il a été nourri.

XLIÏI

Parmi les diverses écoles de critique dans les lemps modernesy deux surtout semblent se placer à deux points de vue 1res différents, non seulement pour juger certains grands écrivains français, Bossuet, Voltaire, V. Hugo, par exemple, mais même pour définir la critique, le plaisir et le profit qu'on en peut tirer.

Les uns (Nisard et ses disciples), attirés de préférence par la hauteur sereine et l'harmonieux équilibre des facultés qui caractérisent les grandes œuvres et les grands écrivains, du milieu et de la fin du xvii« siècle, y voient des modèles parfaits et définitifs, où rien n'a vieilli, où tout mérite encore de servir de règle et à l'esprit et à la conduite. Ce culte pieux d'une époque unique de perfection littéraire et d'équilibre moral les rend moins sensibles aux essais, moins également puissants, des écrivains qui ont précédé le xvii° siècle; aux œuvres moins désintéressées, plus fiévreuses, des philosophes qui ont préparé la Révolution, ou des poètes qui ont rompu de nos jours avec le classicisme rétréci et faussé; car nulle part ailleurs que dans leurs auteurs favoris ils ne trouvent ce caractère de généralité et, pour ainsi dire, d'humanité, qui leur parait la marque propre de la littérature vraiment française. •

Les autres (Sainte-Beuve, Renan), sans porter atteinte à cetle gloire d'un Bpssuet qui est, selon le mot de Nisard, comme

une relifçion de la France, ne peuvent se résigner à faire de lui le représentant complet et impeccable de la raison française au XVII® siècle et dans tous les temps. « Il n*y a, dit Sainte- Beuve, qu'une opinion sur le génie oratoire de Bossuet; il y en a, il peut y en avoir deux sur son esprit et son caractère. » Ces critiques ne se croient pas obligés, parce qu'ils admirent Hossuet, de condamner Fénclon; parce que les petitesses de Voltaire ne leur écbappent pas, de fermer les yeux aux dons tout français qu'il a portés dans la polémique; parce qu'on ne dépassera pas la pénétration psychologique d'un Racine, d'en conclure que le lyrisme d'un V. Hugo ne saurait être en aucune façon classique. Non qu'en essayant de tout comprendre ils s'efforcent de tout justiQer, ni de tout embrasser dans un éclectisme banal. Mais ils aiment à ne pas séparer la littérature de l'histoire, ni du plaisir esthétique le plaisir d'assister aux manifestations diverses du génie français.

Entre le point de vue absolu de ceux qui restreignent leur horizon pour mieux en jouir, et le point de vue relatif de ceux qui ne s'interdisent pas de juger, mais n'excluent que le vulgaire et que le faux, vous ferez votre choix.

Montrer qu'entre Bossuet et Fénelon les différences ne sont pas purement individuelles et que Fénelon est bien rhomme d'un âge nouveau.

Villcfruiiciie-de-Kuuergue. — J. Bardoui impr.

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