M. lirunetière, ICtndes critiques, i' série
LA PRÉDICATION AU TEMPS DE BOSSUET l9
Tautre dans la seconde moitié du siècle, Je P. Claude de Lingendes (1591-1060) et le P. Louis Bourdaloué (1632-1704), aient pour traits communs l'énergie du ton, la sévérité de la morale, de la dialectique et de l'expression.
Bourdaloué a été très diversement jugé, selon les divers points de vue où se sont placés ses admirateurs ou ses détracteurs. Dès qu'il commença à prêcher, à partir de 1669 surtout (c'est en 1670 qu'il prêcha son premier avent devant la cour), il fut porté aux nues. « On dit, écrit M™° de Se vigne, qu'il passe toutes les merveilles passées, et que personne n'a prêché jusqu'ici... Jamais prédicateur évangélique n'a prêché si hautement ni si généreusement les vérités chrétiennes ^ » Dans la lettre circulaire qu'au lendemain de sa mort le P. Martineau, son confesseur, écrivit à tous ses confrères, il est dit que la France le regarde comme le premier prédicateur de son siècle. Dans une autre lettre, sorte d'oraison funèbre, le président de Lamoignon , qui regrette en lui un ami tendrement aimé, vante son génie « supérieur aux autres», et observe que « sa sublime éloquence venait surtout de la connaissance parfaite qu'il avait du monde ». Au xvii« siècle on ne voit guère que Fénelon qui, dans ses Dialogues sur V éloquence j après avoir reconnu les obligations que lui a la chaire, tirée par lui de la servitude des déclamateurs, critique la sécheresse de ses enseignements et ose lui refuser jusqu'au titre d'orateur. C'est que Bourdaloué n'a « rien de familier, d'insinuant et de populaire..., rien d'affectueux ni de sensible », et qu'il faut à Fénelon de la simplicité, de l'onction, de la sensibilité partout. Au xviii® siècle. Voltaire lui-même, élève des jésuites, il est vrai, porte sur Bourdaloué un jugement impartial où la sympathie domine :
Un des premiers, qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente, fut le P. Bourdaloué vers l'an 1668. Ce fut une lumière nouvelle... Dans son style plus nerveux que fleuri, sans aucune imagination dans l'expression, il paraît vouloir plutôt convaincre que toucher, et jamais il ne songe à plaire.
C'est ce manque d'imagination dans l'expression qui devait surtout frapper les contemporains de Chateaubriand et de V. Hugo. Les uns n'en veulent pas à Bourdaloué d'avoir été avant tout l'athlète de la raison combattant pour la foi, comme le dit Villemain, qui admire chez lui le génie de l'invention, faculté plus rare peut-être que l'imagination de style. A. Feu-