Lettres des 25 déc. 167i et 5 déc. 1G
gère, qui a consacré à Bourdaloue un livre solide, ne regrette pas trop vivement ce caractère tout raisonnable de sa prédication. « Bourdaloue, dit-il, ne voit dans Téloquence que la démonstration, parce que dans l'âme humaine il ne voit que la raison. » D'autres s'accommodent moins aisément de ce régal austère. Bourdaloue a ennuyé Doudan, qui ne le lui a pas pardonné : « Je ne mourrai pas content si je ne vois tomber la réputation usurpée de ce jésuite... Les gens que Bourdaloue a ennuyés, et qui sont respectueux, disent qu'il raisonne admirablement, parce qu'ils prennent l'ennui qu'ils éprouvent pour l'efiet d'un raisonnement serré sur leur cerveau. Si le ciel était toujours jusle, Bourdaloue eût été le valet de chambre de Bossuet*. » Le va>u de Doudan n'a pas été exaucé; pour s'en convaincre, il suflit de demander son opinion au critique moderne le moins disposé à être dupe, à l'historien de Port-Royal, à Sainte-Beuve.
Le caractère propre de Bourdaloue, c'est qu'il rassasie... N'oublions jamais que Bourduloue «^tnit, avant tout, un orateur, et non un écrivain. C'était un orateur, et il en avait tous les dons pour 1»; genre d'enseignement sacré au- <|uel il s'était voué : il avait l'action, le feu, la rapidité, et, en déroulant ce fleuve de la parole qui chez lui, à la Icîcture, nous paraît volon"lier8 égal et surtout puissant par sa vigueur suivie et sa continuité, il y avait des endroits où il tonnait. On a dit qu'il baissait volontiers les yeux en parlant, et qu'il s'inl(;rdisait celle élo(juence du regard que Massillon s'accordait quelquefois : cela (îsl possible ; mais, «lans tous les cas, celte forme de débit n'était qu'unc^ convenance de plus, une manière de pousscîr ])Ius avant, et comme tout droit devant lui, dans sa démonstration inflexible et sévère. Aujourd'hui, ces heureus(is et vives qualités de l'orateur, ])armi l(îs(juelles il faut compter l'une des })romières « une V(»ix pb;ine , résonnante, douce et harmonieuse »,ont disi)aru, et l'écrivain seul nous reste, écrivain jusle, clair, exact, probe comme sa pensée, mais (jui n'a rien do surpniuanl. Daguesseau a très bien loué en Hourdaloue n la beauté des plans généraux, l'ordre et la distribution qiji régnent dans cbacjue partie du discours, la clarté, et, si l'on peut parler ainsi, la popitlarili' de rexpreasion, simple sans bassesse et noble sans affectation ». (licite (|ualité moyjMuie tle rexpressi«)n, si bien appropriée au genre, est pres- (jue aujourd'hui un inconvénient à la bîclure : elle contribue h. en amortir l'effet... L(! propre de H«)ur(laloue tant il est sur de sa modestie et tant il s'oubli(î lui-mènie I est de, se confondre totaleuient avec son ministère de prédicateur et d'apôtre; il ne laisse rien aux délicatesses du sii'cle : '< Kcoutez-moi. — Suivez-moi. — Appli<iuez-vous. — Comprenez ceci. — Kcoutez-en la preuve. — Ajipiiquez-vou^ l«)uj(»urs. » Ce sont les f«)rmes ordinaires de ce démonstrateur chrétien «jui, d(; ces trois choses proposées à l'orateur ancien : instruire, plaire, émouvoir, \u\ songcî qu'à la première, méprise la seconde, et est bien sur d'arrivcîr à la troisième par la force même de l'enseignement et la natunî ])énétranle d(! la vérité, «'il a, comme on l'a dit, quelque chose de Uémosthène, c'est en cela.