‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 27 sur 178 · Lettre à M. Raulin. .H sept. IS'i · texte numérisé non relu

Lettre à M. Raulin. .H sept. IS'i

Dans le tissu serré et la continuité de son développement, il n'y a pas un instant de pause où l'on puisse respirer, tant un anneau succède à l'autre et tant ce n'est qu'une seule et même chaîne : « Il m'a souvent ôté la respiration, disait M™e de Sévigné, par l'extrême attention avec laquelle on est pendu à la force et à la justesse de ses discours, et je ne respirais que quand il lui plaisait définir... » A peine s'il vous laissait le temps de s'écrier, comme cela arriva un jour au maréchal de Grammont en pleine église : « Morbleu ! il a raison ! » Sous la rigueur du raisonnement chez Bourdaloue, il se sent un feu, une ferveur et une passion comme chez Rousseau (pardon du choc de ces deux noms), sauf que celui-ci déclame souvent en raisonnant et qu'avec l'autre on est dans la probité pure'.

On peut être surpris de voir un critique aussi pénétrant accorder à'Bourdaloue Ja passion contenue. Cette passion est pourtant si réelle que souvent elle ne se contient même pas et que le sermon prend quelque chose de la satire. Les jansénistes, ces mortels ennemis des jésuites, eurent plus d'une fois à se plaindre de la vivacité de ses attaques. U est vrai qu'il répondait à l'attaque directe des Provinciales dans ce passage fameux du sermon sur la Médisance :

On a trouvé moyen de consacrer la médisance, de la changer en vertu, et* même dans uxie -des plus saintes vertus, qui est le zèle de la gloire de Dieu, c'est-à-dire qu'on a trouvé le moyen de déchirer et de noircir le prochain, non plus par haine ni par emportement de colère, mais par maxime de piété et pour Tintérctde Dieu. Il faut humilier ces gens-là, dit-on, et il est du bien de l'Église de flétrir leur réputation et de diminuer leur crédit. Cela s'établit comme un principe : là-dessus on se fait une conscience, et il n'y a rien qu'on ne se croie permis par un si haut motif. On invente, on exagère, on empoisonne les choses, on ne les rapporte qu'à demi ; on fait valoir ses préjugés comme des vérités incontestables, on débite cent faussetés, on confond le général avec le particulier ; ce qu'un a mal dit, on le fait dire à tous ; et ce que plusieurs ont bien dit, on ne le fait dire à personne : et tout cela, encore une fois, pour la gloire de Dieu. Car cette direction d'intention rectifie tout cela. Elle ne suffirait pas pour rectifier une équivoque; mais elle est plus que suffisante pour rectifier une calomnie, quand on est persuadé qu'il y va du service de Dieu.

Mais, dans ce même sermon, il s'en prend à Arnauld mort, et dans un autre à Tréville vivant. M"*® de Conti et M'^^ de Longueville se montrèrent blessées de quelques allusions trop ouvertement personnelles. Dans le mémoire où celle-ci formule sa plainte, elle traite en ennemi « le P. Bourdaloue, célèbre par ses prédications, et plus célèbre encore, s'il se peut, par son zèle amer et ses emportements ». Les jansénistes n'avaient pas tort, sans doute, de se plaindre; mais nous aurions

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