‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 3 sur 178 · Lettre à Vossius, 2 juin · texte numérisé non relu

Lettre à Vossius, 2 juin

qui survienne, quand on veut les concilier; mais qu'il faut, au contraire, pour ainsi parler, tenir toujours fortement comme les deux bouts de la chaîne, quoiqu'on ne voie pas toujours le milieu par où l'enchaînement se continue.

Mais le traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, publié seulement en 1722, est nommé et caractérisé dans la lettre au pape Innocent XI. Bossuet a entrepris, dit-il, à l'exemple de saint Paul, — et de Descartes aussi sans doute, — « d'exciter en nous, par la seule co^isidération de nous-mêmes, ce sentiment de la Divinité que la nature a mis dans nos âmes en les formant ». On a pu étudier en ce livre Bossuet cartésien, et il est certain qu'il a emprunté au Discours de la MélhodeVidée de la connaissance de l'homme conduisant à la connaissance de Dieu ; mais cette preuve de l'existence de Dieu est déjà dans saint Thomas d'Aquin, et, sur plus d'un point important, Bossuet n'est cartésien qu'à moitié ou ne l'est plus du tout. Il est aristotélicien, augustinien, cartésien tout à la fois, mais avant tout il est Bossuet.

Bossuet part de ce principe : « La sagesse consiste à connaître Dieu et à se connaître soi-même. La connaissance de nousmêmes nous doit élever à la connaissance de Dieu. » Il étudie d'abord l'âme et le corps, puis les rapports qui unissent l'âme et le corps, puis Dieu créateur de l'âme et du corps. Dans l'étude de l'âme il ne s'attache point, comme Pascal, à mettre en relief les contradictions de notre nature, il en voit plutôt l'harmonie. « Ce qui porte Bossuet à Dieu, c'est plutôt le principe de la grandeur humaine que le sentiment de la misère. Il a une contemplation qui s'élève graduellement de vérité en vérité, et qui n'a pas à se pencher sans cesse d'abîme en abîme*. » — « Les sciences et les arts, écrit-il, font voir combien l'homme est ingénieux et inventif. En pénétrant par les sciences les œuvres de Dieu, et en les ornant par les arts, il se montre vraiment fait à son image, et capable d'entrer, quoique faiblement, dans ses desseins. »

Loin de dédaigner le corps, il en fait une description détaillée, qui est bien remarquable sous la plume d'un écrivain du xvii® siècle; mais il revient avec complaisance au « bel endroit» de l'homme, à cette vertu supérieure à toute la masse du corps qui est l'àme. En montrant comment sont unis le corps et l'âme, il s'attache à prouver que l'homme est « un ouvrage do grand dessein, qui ne pouvait être ni conçu ni exécuté que par

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