‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 34 sur 178 · Dictionnaire philosophique f art. Éloquekce · texte numérisé non relu

Dictionnaire philosophique f art. Éloquekce

liant qnn ses ancrtnîs, et en faire l'idolo dft la vaiiito, ne complcnt pour rien <\c sacrifier Ions los aiilres et de les précipiter dans Tabimu : ils arrachciiL <lu inonilc d(!s onl'ants à qui l'autorité seule tient lieu «ratlrait et de vocatiuii I)()ur la retraite ; ils conduisent à Tautel des victimes qui vont »*y immoler à la cuiiidité d(i leurs pères i)lul()l qu'à hi f,'randeur du Di(;u qu'on y adore ; ils lioniw.ul h rj^:f;li8e des ministres que rK«>[lise n'ai»pelle i)oint, et qui iracccptent l(i saint niinislèn^ (]ue comme un jou^ odieux qu'une injuste loi leur impose; onlin, pourvu (jue ce qui paraît d'une famille éclate, brille et fasse honneur dans le monde, on ne se met |)oint en peine que des ténèbres sacrées cachent les chaj»rins, les déj^oùls, les larmes, le désespoir'.

11 est vrai que Massillon n'avait pas subi trop lon^'uement oncore rintluence de cet « air amollissant » qu'il disait respirer dans les avenues de Versailles. « Cet air, remarque Sainte-Beuve, avait lini par a^'ir sur son éloquence môme, et, prélat, il en avait aussi emporté (fuelque chose. » Louis XIV pourtant lui adressait cet éloge délicat : « Mon Père, j'ai entendu de grands orateurs dans ma chapelle, j'en ai été fort content; pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu, j'ai été fort mécontent de moi-même. » Quand le grand roi mourut, c'est Massillon» on le sait, qui prononça son oraison funèbre, et l'on sait aussi (|u'il le lit sans complaisance, car beaucoup ne connaissent de Massillon que le début de ce discours :

Iiieii seul est jrrand, mes frères, (.'t dans ces derniers moments surtout, oi'i il ])réside à la mort des rois de la terre; plus leur ^'loire et leur puissance ont éclaté, ])lns, en s'évanonissant alors, elles n^ndcnt hommage à sa grandeur sn])rèine : 1)1<'U parait tout ce (|u'il est, et rboinmc n'est plus rien de tout ce <|u'il croyait être.

Nommé deux ans après (ni7) évèque de Clermont, Massillon mit le sceau à sîi ré|)ntation en j)rocliant devant Louis XV «iiilîMit b*s dix sermons (|ui compos(;nt le Petit Carême (1718). (Juatid on relit ce recueil, dont la célébrité s'est amoindrie, on ne })eut s'empêcher de s(i représenter ce roi de huit ans, entre le rè*;iie do Louis XIV (jui vient (hi finir et la Révolution, qui n'attendra f^'uète plus d'un diMui-siède. Kt qu'enseigne Massillon à c(» petit-lils de Louis XIV? A délester la gloires sanglante des con(piéran(s, à faire régner non le roi, mais la loi, car c'est « le choix de la nation » qui mit d'abord le sceptre aux

1. MassilloTi dit do ini'tiift 'can'mc do \C)W) : « l'n miuislor.' «pi'on no devrait îK'foiitor qu'en tr<>iiilil.'iiit, on 1»; bri^MK; avnc aiidaro. Oii .s'as>ii'd dans le temple de» l)icn sans v avoir ••t<'' plar»; de .>a rnaiii ; <ni rst à la trti' du troupeau sans lagrc- UK.Mit dr ('i-lut adijutd il appartient; <>t coinnu; on en a pris lt> soin sans vocation et sans taltMit, un lu conduit sans édilicatiun et sans fruit, et souvent mémo arec scandulu. »

mains de leurs ancêtres, et il doit son autorité au u consentement libre » de ces sujets. Quel fléau pour la terre qu'un mauvais roi! Quel avenir il prépare à son pays et à ses successeurs!

Si, loin d'être les protecteurs de sa faiblesse, les grands et les ministres des rois en sont eux-mêmes les oppresseurs ; s'ils ne sont plus que comme ces tuteurs barbares qui dépouillent eux-mêmes leur pupilles, grand Dieu ! les clameurs du pauvre et de l'opprimé monteront devant vous ; vous maudirez ces races cruelles ; vous lancerez vos foudres sur les géants ; vous renverserez tout cet édifice d'orgueil, d'injustice et de prospérité qui s'était élevé sur les débris de tant de malheureux, et leur postérité sera ensevelie sous ses ruines.

Il y a plus d'une de ces prophéties dans le Petit Carême; et Massillon paraît bien n'y ôtre pas en tout un rhéteur. Cela dit, on est à son aise non seulement pour blâmer certaines faiblesses morales de Massillon*, mais pour reconnaître sa faiblesse oratoire relative quand on le compare à Bossuet et même h Bourdaloue. Sa morale est tout humaine, et l'on dirait parfois que c'est la morale de l'intérêt, tant il s'applique à nous prouver que notre intérêt même nous commande'de fuir le mal. Pourquoi les grands doivent-ils respecter la religion? C'est parce que l'intérêt de l'État y est engagé, parce que le culte a de la majesté, parce que les païens ont respecté même une religion à laquelle ils ne croyaient pas. Dans le Sermon sur la Mort, il dira, comme un philosophe pourrait le dire : « Ici, mes frères, je ne demande en tout que la raison; » et il exposera quelles senties conséquences naturelles que le bon sens tout seul doit tirer de l'incertitude de la mort. Dans ce même sermon, au lieu d'adresser, comme Bossuet, ses auditeurs à la mort, qui leur enseignera ce qu'ils sont, il développe des tableaux profanes : le pécheur à son lit de mort, l'attitude de l'héritier, la mort du pécheur, la mort du juste. La division de ce sermon, si forte et vraie chez Bossuet, est tout artificielle chez Massillon : la mort incertaine, la mort certaine : c'est presque un jeu de mots. M. Brunetière l'a très bien dit, la division du sermon pour Massillon est une méthode d'invention, non d'exposition : s'il divise le sujet, c'est pour en découvrir successivement les ressources; aussi ses plans, qui dépendent de ces divisions, sont-ils toujours en surface. « Il compose par le dehors. Il ne s'établit pas d'abord, comme Bossuet et comme Bourdaloue,

1. En 1720, il accepta d'être le consécrateur du cardinal Dubois, peut-êtro, conjecture M. Gazier, pour hâter la paix de TEgllse ; mais toute excuse d'une telle défuillanco serait insuffisante.

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