Sur Fénelon sermonnaire voir le fascicule XIV
pas soutoniin nssiinîmont, elli» no pouvait pas se soutenir à U iiautoiir où Hossuol et Bourdaloue Tavaieiit portée. Mais c'est à Bossuel o.\ à Boiir(ialoiie que Vinet compare avec un peu de complaisance I«» ministre Jacques Saurin (1077-1730), à qui Fontenelle attribue <' beaucoup d'esprit naturel, beaucoup de logi- <fue naluieile, nn earactère vif, ferme, noblement audacieux... II rejetait sans pitié tous les ornements, dit encore Fontenelle; il ne voulait que le vrai rendu dans toute sa force, exposé avec sa seule beauté naturelle ». Au service de cette éloquence innée il mettait pourtant quelquefois certains procédés, comme celai de la répétition. On a déjà cité le P. de Neuville (1092-1773); on citera l'abbé Poulie (1703-1781), parce qu'on célébrait autrefois <'t (pron critiipie aujourd'bui dans tous les cours de littératore
- de confiance — sa ma^niificence et son affectation ; les évèqaes de Venc(î et de Seriez, Surian ( 1070-1 7:)4), et de Beauvais (1731- 1700). Mais c[ui trouve-l-on à admirer, à partir de 1730? Un missionnaire, l'abbé Bridaine f 1701-1 7<i7), ce « Bossuet de villafje », <lnnt l'éloquence vébémente, et pourtant de forme assez |)ure, produisait les efTets terribles dont l'abbé Maury nous a conservé le souvenir. Mais il est un critique plus qu'un prédi- «•ateur, cet abbé Maury qui faisait dire à Louis XVI : « Si l'abbé Maury, dans son sermon, nous avait parlé de religion, il noos aurait [)arlé de tout. » Dans son Hasal sur Véloquence de la chaire^ Maury rc^^'iette (pie bîs |)ré(licateurs de son temps aient abandonné les ^Mands sujets : « T(»ut fut bientôt m^Ié, dit-il, dans ce ^'enre. On ne |»ut sanctifier la pbilosopbie, on sécularisa la rrli^Mon. )' Maury ne tient |)as ass«'z de compte d*exceplions tiés bonnrables; mais, si tous les prédicateurs de son temps ne sont [K'is (les pliilosnpiies, il n'en est pas moins certain que r<''lo((U(Mice i'eli«^'icuse tend de plus en plus à s(i rapprocher de ré;b)(|uence jjrofane. Kn Jugeant un des [)rédicateurs à la mode (l(i ce temps, l'abbé (ht Boismont, (pii jirononeait des oraisons tunèbi es devant l'Académie française, et en étudiant le sermon jionria t'nndalion de l'bospice de .Montrou^'e, son chef-d'œuvre, «le Baranti- érril : *• Toute C(;tle première partie du sermon pouirail, à |)eu de clioscî près, él.i't> prononcée dans un temple de tbèn-|)liilan(bi'opi's aussi bien que dans une é^'lise catholique. )» L'abbé de Boismont y adjiii'e ses auditeurs de respecter «lu moins c(ill(» reli^'ion nouvelle de j.i raison ([ui est leur propi-e ouvia^'e.
('.«' n'j'st j)as b^ lieu d<' «lire, d'où vint la réaction, ou plutôlla renaissance rcligi«Mise du xix'' sièi-b», ni si elle fut très profonde
et très féconde en grands prédicateurs. Ceux qui voient finir le siècle, s'ils font très grande la place à des polémistes religieux comme Lamennais, ne se souviennent plus guère que d'un nom de prédicateur : Lacordaire. Montalembert comparait à Lacordaire le P. de Ravignan, « l'un dont la parole bondit comme un torrent impétueux et terrasse par des élans imprévus et invincibles; Tautre qui, comme un tleuve majestueux, répand les flots de son éloquence toujours barmonieuse et correcte. « Mais de Lacordaire lui-même que reste-t-il? Avocat, puis sulpicien, il plaît aux modernes plus encore peut-être par ses défauts que par ses qualités. Il est d'abord moderne comme eux, libéral, passionné. « Il ne s'est pas contenté, dit Sainte-Beuve, de retremper ses armes dans les sources de la doctrine, il les a polies à l'air du siècle... Il enlève, il étonne, il conquiert, il a du clairon dans la voix. » A défaut d'une forte logique et d'une langue toujours pure, il a l'imagination vive et la sensibilité prompte. L'influence de ce « chrétien pénitent, libéral impénitent », fut considérable sur le public intelligent de son époque. « Ceux qui ne s'en allaient pas touchés au fond de l'âme s'en allaient sérieux. C'était une grande victoire de cette parole militante. Elle élevait le ton de la discussion môme quand elle n'enlevait pas les adhésions... Il portait jusque dans la prédication cette note lyrique qui est presque toute la poésie de notre siècle. » (Caro.) Ses faiblesses du côté de la théologie et delà science étaient oubliées quand on se laissait prendre à celte éloquence faite d'àme plutôt que de dialectique.
La gloire plus modeste de MM"^'^ Dupanloup, Freppel et d'Hulst; des PP. Félix, Hyacinthe, Monsabré, Didon, remplit Ja secondepartie du siècle. Mais il serait peu convenable d'examiner ici dans quelle mesure il y a décadence de Bossiiet à Lacordaire, et de Lacordaire aux prédicateurs contemporains, qui tous plus ou moins ont dû faire du sermon une conférence de morale ou de polémique. Pour les juger, nous manquons encore des lu- ' mières que le siècle prochain nous apportera peut-être, si tous les prédicateurs du xix® siècle réunis parviennent à former un Bossuet nouveau.
pas soulonuo assiiréraent, elle ne pouvait pas se soulenir à la hauteur où Bossuct et Hourdaloiie l'avaient portée. Mais c'est à Rossuet (il à Hourdaloiie que Vinet compare avec un peu de complaisance lf> ministre Jacques Saurin (1077-1730), à qui Fontenello attribue « beaucoup d'esprit naturel, beaucoup de lofçi- (}ue naturelle, un caractère vif, ferme, noblement audacieux... 11 rejetait sans pitié tous les ornements, dit encore Fontenelle; il ne voulait que le vrai rendu dans toute sa force, exposé avec sa seule beauté naturelle ». Au service de cette éloquence innée il mettait pourtant quelquefois certains procédés, comme celui de la lépélition. On a déjà cité le P. de Neuville (1092-1773) ; on citera l'abbé Poulie (1703-1781), parce qu'on célébrait autrefois «'t (lu'on critijjue aujourd'hui dans tous les cours de littérature — dcronliano<; — samaf^'niticence et son alfectation; lesévéques de Venc«' et de Sencz, Surian (1 670-1 7,')4), et de Reauvais (1731- 1700). iMais qui trouve-t-on à admirer, à partir de 1730? Un missionnaire, l'abbé Hridaine (l701-17(>7), ce « Bossuel de village », dont l'éloquence véhémente, et pourtant de forme assez. l»ure, produisait hîs effets terribles dont l'abbé Maury nons a conservé le souvenir. Mais il est un critique plus qu'un prédiraleur, cet abbé Maury qui faisait dire à Louis XVI : « Si l'abbé Maury, dans son sermon, nous avait parlé de religion, il nous aurait |)arlé de tout. » Dans son IHasal sur Udloquence de lachaire, Maury regrette (jue les prédicatciurs de son temps aient abandonné les ^M'ands sujcîts : « Tout fut bientôt ni«^Ié, dit-il, dans ce {^enre. On ne put sanctilier la philosophie, on sécularisa la religioTi. » Maury ne tient pas ass(»z de conipt<î d'exceptions très honorables; mais, si tous les prédicateurs de son temps no sont pas (les j)hilos()phes, il n'en est pas moins certain qut> rt'*lofjU(MiO(; i'eligi(Misc tend de plus en plus à se rapprocher de rélntjuenee profane. Kn jujzeant un des j)rédicateurs à la mode de eti tcnijjs, l'abbé de l^)isniont, qui |>ronon<-ait dos oraisons funM»ies(bîvanl l'Académie française, o.t en étudiant le sermon pour- la fondalion d(; l'hospice de Montrou^'e, son chef-d'cruvre, de harantn é<Mil : '< Toute cette première partie du sermon j»ouirail, à p«Mi de eliose prés, étrt^ pronon<rép, dans un temple de tIi'''o-philanlhropes aussi bien (jue dans une é'jlise catholique. » L'abi>é di^ rKM^mont y a<ljure ses audiliMirs de respecter du moins ctîtle reli^Mon nouvelle di; l.i raison <|ui est leur propre ouvrage.
(!e n'est ])as ici lieu de <lire d'où vint la réaction, ou plutôt la lenaissance religieuse du xix'' siècle, ni si elle lui très profonde
et très féconde en grands prédicateurs. Ceux qui voient finir lo siècle, s'ils font très grande la place à des polémistes religieux comme Lamennais, ne se souviennent plus guère que d'un nom de prédicateur : Lacordaire. Montalembert comparait à Lacordaire le P. de Ravignan, « l'un dont la parole bondit comme un torrent impétueux et terrasse par des élans imprévus et invincibles; l'autre qui, comme un tleuve majestueux, répand les flots de son éloquence toujours harmonieuse et correcte. » Mais de Lacordaire lui-même que reste-t-il? Avocat, puis sulpicien, il plaît aux modernes plus encore peut-être par ses défauts que par ses qualités. Il est d'abord moderne comme eux, libéral, passionné. « Il ne s'est pas contenté, dit Sainte-Beuve, de retremper ses armes dans les sources de la doctrine, il les a polies à l'air du siècle... Il enlève, il élonne, il conquiert, il a du clairon dans la voix. » A défaut d'une forte logique et d'une langue toujours pure, il a l'imagination vive et la sensibilité prompte. L'influence de ce « chrétien pénitent, libéral impénitent », fut considérable sur le public intelligent de son époque. « Ceux qui ne s'en allaient pas touchés au fond de l'âme s'en allaient sérieux. C'était une grande victoire de cette parole militante. Elle élevait le ton de la discussion môme quand elle n'enlevait pas les adhésions... Il portait jusque dans la prédication cette note lyrique qui est presque toute la poésie de notre siècle. » (Caro.) Ses faiblesses du côté de la théologie et de la science étaient oubliées quand on se laissait prendre à celte éloquence faite d'Ame plutôt que de dialectique.
La gloire plus modeste de MM*-''" Dupanloup, Freppcl et d'Hulst; des PP. Félix, Hyacinthe, Monsabré, Didon, remplit la seconde partie du siècle. Mais il serait peu convenable d'examiner ici dans (juelle mesure il y a décadence de Hossuet à Lacordaire, et de Lacordaire aux prédicateurs contemporains, qui tous plus ou moins ont dû faire du sermon une conférence de morale ou de polémique. Pour les juger, nous manquons encore des lu- ' mières que le siècle prochain nous apportera peut-être, si tous les prédicateurs du xix® siècle réunis parviennent à former un Bossuet nouveau.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
Éditions Lâchât (t. VIII à XII des Œuvres complètes); Lebarq (Desclée) ; BertraDd (Delagrave) ; Brunetière (Didot et Delagrave) ; Gazier (Belin) ; Rébelliau (Hachette).
LIVRES
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Brunetière. — Études critiques, 2* 8érie(M assillon), 5® série, p. 57 & 6o ; Hachette. — Bévue des Deux Mondes, 15 nov. 1885 et !«' janvier 1881 (Fléchier ctMassillon). — Cf. Histoire et littérature/ Calmaun-Lévy, 1886, t. III, p. 49 à 71.
BuRiONY (De). — Vie de Bossuet, Paris, 1761, in-12, Debure.
Desciianel. — Le Bomantisme des classiques ; 3o série, in-12, Calmaiiu- Lévy, 1888; p. 111 à 116 et 261 à 263.
Feugère ^Anatole). — Bourdaloue, sa prédication et son temps; iû-12, Didier, 1874.
Floquet. — Études sur la vie de Bossuet (1627-1670); Didot, 3 in-S".
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— Choix de ser7tions de la jeunesse de Bossuet; in-8o et in-12, Didier-
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seplièyue siér/e; 2<' édit., 1888, Cahnaim-Lévy ; p. 269 à 389.
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t. 1er, 105 à 111, et 118 à 129; t. H, p. 467 à 537.
— Réflexions sur les setmons de Bossuet, 1810.
NiSARD. — Histoire de la littérature française ; Didoi, m-12, 10» édit.,
1883; t. III, p. 239 à 245, 266, 267. Sacy(De). — Variétés littéraires, morales et historiques; 2® édit., 1859,
Didier, 2 vol. in-8o ; 1. 1", p. 76 à 87 (Massillon) ; t. II, p. 306-312. Sainte-Beute. — Causeries du lundi; Garnier, in-12; I, 231 ; III, 467
à 470 ; IV, 269 ; VII, 285 ; IX, 6, 36, 266, 273, 274 ; X, 184, 188
à 194, 198 à 214; XII, 253, 256 à 259, 266, 274, 275; XV, 119.
— Nouveaux Lundis, Calmann-Lévy, iu-12, t. II, p. 351-358; t. XV
(Fléchier).
ScHERER. — Études sur la littérature contemporaine; Calmann-Lévy,
in-12, t. VI, p. 239 à 263.
Tréverret (Dbi. — Du Panégyrique des saints au dix-septième siècle ^
thèse, 1868.
Vaillant. — Études sur les sommons de Bossuet; thèse, 1851.
1. Au point de vue de la comparaison de Bossuet avec les autres prédicateurs, nous signalerons, avec le liourdaloue de M. Feugère, les travaux suivants, pour la plupart des thèses : Belin, la Société française d'après Bowdaloue : thèse (Lyon) ; 1875; — Berthaut, la Prédication protestante ; — Blampignon, Histoire de Massillon; Palmé, 1879, in-12, et 1884, in-12(avecun Supplé7nent,LedAj, 1891, in-8«);
— Boulas, Un Moraliste français sous Henri IV : Camus; thèse (Lyon), 1880; — Bourgain, la Chaire française au dix-septième siècle ; 1879; — Bourret, Essai sur les sermons de Gerson; 1858 ; — Delafosse, le Petit Carême de Massillon; 18i0. thèse ; — Fabre, Fléchier orateur; la Jeunesse de Fléchier, Perrin ; — de la Coi^ respondance de Fléchier avec if»« Deshoulières et sa fille; in-S", 1871; — Férct (abbé), le Cardinal du Perron, Didier ; — Géruzez, ile saint Bernard et du Caractèrp de son éloquence; 1838 ; — Étude sur saint Bernard, dans les Essais d'histoire littéraire; 1839 ; — Histoire de l'éloquence politique et religieuse pendant les quatorzième, quinzième et seizième siècles; Hachette, 1837, 2 vol.in-8» ; — Grange (abbé), Étude sur le P. Lejeune; Limoges, 1867, in-12; — Labitte, les Prédicateurs de la Ligue; 1841 ; — Lahargou {ahbé), Fromentières, évéçue et prédicateur du siècle de Louis XIV; 1892; — Lecoy de la Marche, la Chaire française au moyen âge, spécialement au treizième siècle; 1888, in-8*»; — Lehanneur, Mascaron; 1879; — Lezat (abbé), de la Prédication sous Henri IV; 1872, in-8», Perrin ; — Renoux, Etude sur le P. Lejeune; thèse, Montpellier, 1863; — Sauvage, Saint François di' Safes prédicateur; thèse, 1875; — Tamizey de Larroque, Notes pour servir à la biographie de Mascaron ; 1863, in-8». — Les récents travaux sur Massillon, 1862. in-8«.
JUGEMENTS
Jamais personne n'a parlé de Dieu avec tant de dignité. I^ Divinité est dans ses discours comme dans Tunivers, remuant tout, agitant tout. Dans son éloquence sublime, il se place outre Dieu et l'homme, il s'adresse à eux tour à tour. Souvent, il nous l'éveille par le rapprochement de la gloire et de Tinfnrtuno, de l'excès des grandeurs et de Texcès de la misère. II entraine l'orgueil humain sur le bord des tombeaux, mais. après l'avoir humilié par ce spectacle, il le relrve tout à coup [)ar le contraste de l'homme mortel et de l'homme dégagé de ce monde et uni à Dieu. Oui mieux que lui a parlé de la vie, de la mort, de l'éternité, du temps? Ces idées, par ellesmêmes, inspirent à rimagination une espère de terreur, qui n'est pas loin du sublime. Klles portent l'àme à un recueillement austèr<s qui lui fait mépriser les objets de la vie comme indignes d'elle, et senibie la délacher de l'univers. A travers une foule de st^ntimenls (jui l'entraînent, Itossuet ne fait que l>rononce!- de temps en temps des mots; (ît ces mots alors font iVissonn(»r, comme les eris interromj)US4iue le voyageur entend queh|U(?fois, pendant la nuit, dans le silence des forêts, et qui l'avertissent d'un danger qu'il ne connaît pas.
Thomas, l-^ssai sur le fi r logea,
(>' (jui donne le plus de plénitude» rt de substance aux Sermons dr' lîossur'f, r'est l'us.nge admirable qu'il fait de l'Écriture sainh*. Voilà riné|)iiis;ible mine d.ins laquolle il trouve ses j>reuv<*s, SCS comparnisons, ses »;x<'rupl('s, s»»s transitions et SOS iniag<'s... Il fond si l)i«Mi les p«'nst''«'s de TMeriture avec les siennes, «ju'on croiiait ([u'il los orée, ou «lu moins qu*elles ont élé conçues pour l'usa^'e qu'il en fait... Tonl, en elTet, dans un s«;rmon, doil êlrtî lire de l'Kcriture, ou du moins avoir la couleur des livres saints; c'est le vomi de la religion; c'est môme le précepte du bon goiU.
Maiuv, Essai sur rilvf/urnrt; cU' la chaire.
Porté vers ces vérités divines qui comprennent tous les objets de la connaissance humaine, Bossuet attire dans cette sphère les sujets oiTerts à son génie. A peine les a-t-il touchés qu'ils s'élèvent et s'agrandissent. Ses plans sont vastes et simples, et il en parcourt l'étendue d'un élan facile et rapide. Point de ces divisions étroites qui semblent ménager des repos à la faiblesse; point de ces détails oiseux où elle s'arrête et se consume; point de ces liens subtils et factices qui l'aident à rattacher la suite rompue de ses courtes inspirations. Ce ne sont que grandes idées, unies entre elles par leurs rapports les plus généraux, les plus naturels. On nous découvre un immense horizon, mais l'oeil l'embrasse d'une seule vue... Avec quelle autorité, quel empire nous sont annoncés les oracles de la vérité î Ce n'est pas un philosophe qui doute, qui ijïnore, qui nous remplit de ses incertitudes. Bossuet affirme, et ses paroles ont une force de conviction qui nous impose déjà sa foi, avant qu'il nous l'ait persuadée. Cependant il ne néglige aucune ressource humaine pour remuer et entraîner les esprits : toujours il est dans l'action, aux prises avec un adversaire qui résiste, qui dispute, qu'il faut réduire et convaincre; il parle au cœur, il parle à la raison, il mêle la passion à la dialectique; il presse, il conjure, il réfute, il s'indigne; on ne peut compter les mouvements où l'emporte l'ardeur de sa cause... On ne peut trop admirer comment ce style, si plein d'abandon, s'applique, s'ajuste à sa pensée, se prête avec souplesse à en suivre tous les mouvements, l'enveloppe de formes tlexibles qui la font voir et toucher. L'abstraction n'a rien de si subtil qui ne s'y tourne en images sensibles et ne prenne, sous le pinceau de ce peintre créateur, de la couleur et de la vie... Aucun écrivain n'eut, à ce degré, cette expression libre et hardie qui ose tout, parce qu'elle peut tout; qui s'aventure dans les entreprises les pins délicates, les plus hasardeuses; qui touche aux choses les plus rebelles à la parole, et les force à recevoir l'empreinte qu'elle leur impose; qui dit tout ce qu'elle veut, et comme elle le veut. De là ces mots forcés à des usages si étranges et si nouveaux; cette langue extraordinaire qu'il semble que personne n'ait encore parlée, et que cependant tout le monde entend; qui subjugue tous les esprits, comme elle dompte tous les sujets.
Patin, Êlo(je de Boasuef : Hachette.
Qu'y a-t-il dans ces serinons qui nous puisse émouvoir, nous» chrétiens spéculatifs, catholiques d'imagination, sceptiques respectueux ou incrédules à la façon du xviii* siècle? La vérité sur nous-mêmes. Elle est là tout entière et sous toutes les formes : vive et familière quand elle descend au détail particulier de notre conduite, de nos mœurs, de nos intérêts mondains; subtile et pressante lorsqu'elle va nous chercher jusqu'au fond de nous, à travers les faux-fuyants de notre amour-propre; grande et solennelle lorsqu'elle parle en termes généraux de Dieu, de l'homme, des vices et de la vertu, de la vie et de la mort.
NisARD, Histoire de la littérature, III; Didot.