L.*oraisoii funèbre avant le dix-sepCième siècle
Dès qu'un grand est mort, on s'assemble dans une mosquée, et l'on fait sok oraison funèbre, qui est un discours à sa louange, avec lequel on serait bien embarrassé de décider au juste du mérite du défunt. Je voudrais bannir lex ])ompes funèbres. Il faut pleurer les hommes k leur naissance et non pas à leur mort'.
L'usage critiqué par Montesquieu remonte aux temps les plus reculés. L'admirable discours que Thucydide, au livre II de son histoire, prête à Périclès; les discours ou fragments de discours de Lysias et d'Hypéride, nous attestent que la patrie grecque savait honorer la mémoire des soldats qui étaient morts pour elle. Mais ces éloges funèbres n'avaient rien d'individuel : c'est une gloire collective qu'on célébrait, et cette gloire elle-même se confondait avec la gloire d'Athènes, à laquelle tout était ramené. On en a pris texte quelquefois pour condamner cet instinct jalousement égaUtaire de la démocratie athénienne où l'État absorbait l'individu. Mais il ne faut pas oublier que Téloge funèbre se prononçait en face du tombeau où étaient gravés, sous les yeux des parents, des amis, des concitoyens, les noms de tous les braves morts pour leur pays. L'ode pindarique allait plus loin, et unissait au souvenir de la patrie le souvenir de la famille et des exploits personnels du héros.
S'il ne faut pas exagérer l'impersonnalité de l'éloge funèbre en Grèce, il n'en est pas moins certain qu'il y était très difierent de ce qu'il devint à Rome. On ne citerait guère à Rpme qu'un exemple, d'ailleurs éclatant, d'éloge collectif : Cicérow l'a prononcé devant le Sénat en l'honneur des soldats de la légion de Mars, tués à la bataille de Modènes, et c'est sa qua-