‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 47 sur 178 · C. de Litt. — Bossuet [Oraisons funèbres), i · texte numérisé non relu

C. de Litt. — Bossuet [Oraisons funèbres), i

2 COUUS DE LITTÉIUÏUUE

mairies plus lard, l'oraison funèbre de sa mère ti la Visitation de Challlot, couvent célèbre fondé par saint François de Sales et par Jeanne de Chantai. La défunte reine aimait cette maison, à la(]uelic elle avait voulu léguer son cœur enfermé dans une urne de vermeil. Ce cœur était placé sous les yeux de Bossuet, et Hossuet en tire un effet oratoire qui n'est pas le plus naturellement amené de son discours. Il n'a garde d'oublier aussi la présence du duc et de la duchesse d'Orléans; la naissance et le mariage de Henriette d'Anglelerre sont rappelés avec une émotion discrète; c'est moins discrètement que sont louéos les « vertus » du « sage et valeureux » Philippe d'Orléans, « prince (|ue la sagesse conseille, que la valeur anime, et que la justice accompagne dans toutes ses actions». On sait que le duc d'Orléans méritait peu cet éloge, qui d'ailleurs, en cette cérémonie, était de convenance et presque d'obligation. Bossuet excelle à metlre en valeur les circonstances qui précisent et animent le discours. 11 ne craint pas de faire directement appel aux souvenirs des religieuses qui Técoutent; il ne craint même pas de regretter, devant elles, les « bornes étroites » du lieu où il parle : m 11 faut éclater, s'écrie-t-il, percer cette enc(ùntc, et faire retentir bien loin une parole qui ne peut être assez cnh'ndue. » Quelle (îst «lonc cette grande parole (|ue ne p(Hit contenir riiumble église de la Visitation et qui semble impatiente de se propager au loin? Ce que Bossuet avait à dire c(i jour-lii, il l'avait (b'jjà laissé assez clairement entendre dans un sermon du 2 juilb^t 1000, prononcé à Sainte-Marie de Chaillot, pour la fAte de la Visitation, précisément en présence de la r(Mn(; d'Anglet(irre, dont le lils (ùliarles II venait de remonter sui- 1(; trniie : « Orande et auguste reiiut, en huiuelie Dieu a mou! ré à nos jours un spectacle si surprenant de toutes les révolutions (les choses humaines, et qui seuh' n'êtes point chan- ;^(m; au milieu de tant de changements, ailmirvz êlmiellcment SCS Si'.rrris cunsrils et sa coaduilc inipt^nrtrultlc. » La grande idée (h; la Provi(hîiic<;, qui fcua le fond du Itismurasiir rhistoire unirrnirllc, (;| (jui, à vrai dire, fait la fond de toute la philosophie n'ligi(;use de Bossuet, (îst (;x|»osée là (mi raccourci, telle déjîi au fond (|U(; BossiicL l'exposera dans son oraison funèbre. Seulefiieiil, ici, elle domiiwi et pénètre l'oraison entière.

L'Idée de la Providence et la composition de roraison funèbre de Henriette de France.

L'analyse de cette oraison funèbre devient facile dès qu'on la ramène h cette grande idée de la Providence, appliquée à la destinée de la reine d'Angleterre. C'est de là que le discours tire son exorde, sa division, ses développements essentiels, sa péroraison. On en comprend mal Texorde fameux quand on ne l'étudié que comme un morceau oratoire : il pose déjà la question et d'avance la résout :

Celui qui règne dans les cieux, et de qui relèvent tous les empires, à qui s.cul appartient la gloire, la majesté et Tindépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à luimême et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui. Car en leur donnant sa puissance, il leur commande d'en user, comme il fait lui-même, pour le bien du monde ; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes, non seulement par des discours etpardes paroles, mais encore par des effets et par des exemples : Et nunc, reges, intelligile; eriidimini, qui judicalis terrum * .

Les textes des sermons et des oraisons de Bossuet, toujours si bien choisis, nous donnent comme le discours en substance. Cette oraison sera donc l'histoire instructive d'une grande leçon donnée aux rois en la personne de Charles P"^ et de Henriette de France : « Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes, aussi bien que les misères,... un trône indignement renversé et miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements que Dieu donne aux rois; ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs. »

La division n'est pas moins nette que la proposition d'où elle sort : Henriette a souffert, mais aussi bénéficié de cette leçon redoutable : Henriette « s'est instruite elle-même pen-

1. « Maintenant, ô rois, apprenez; instruisez-vous, juges de la terre. » [Psalm., r, iO.)

2 COUIlS DE LIÏTÉIUÏUUE

nmincs plus lard, Toruison funèbre de sa inëre ci la Visitation de Chailioty couvent célèbre fondé par saint François de Sales ot par Jeanne de Chantai. La défunte reine aimait cette maison, à laquelle elle avait voulu léguer son C(rur enfermé dans une urne de vermeil, (le cmur était placé sous les yeux de Bossuet, et Bossuet en (ire un elTet oratoire qui n'est pas le plus naturellement amené de son discours. Il n'a garde d'oublier aussi la présence du duc et de la duchesse d'Orléans; la naissance el le mariage de llenriello d'Àn^hHerre sont rappelés <'Lvec une émolion discrète; c'est moins discrètement que sont louées les « v(;rtus » du « sage et valeureux » Philippe d'Orléans, « prince (pie la sagesse conseille, que la valeur anime, et que la justice accompagne dans toutes ses actions». On sait que le duc d'Orléans méritait peu cet éloge, (jui (railleurs, en cette cérémonie, était de convenance et presque d'obligation. Bossuet excelle à niellre en valeur les circonstances qui précisent et animent le discours. Il ne craint ])as de faire directement appel aux souvenirs des religieuses qui r('^coutent; il ne craint même pas de regretter, devant elles, les « bornes étroites » du lieu où il parle : « II faut éclater, s'écrie-t-il, percer cette enceinte, et faire relenlir bien loin une parole qui ne peut être assez (îuh'ndue. » Quelle esl donc cette grande parole (lue ne peut contenir riiunibbi église d^) la Visitation et qui semble impatiente de s(; proi)ager au loin? (le que Bossuet avait à dire C(î jour-K'i, il l'avait déjà laissé ass(;z clairement entendre dans un sermon du *2 juillet 1000, prononcé à Saint(vMarie de Chaillot, pour la fête de la Visitation, prér.isérnenl en pn'jsencede la rein(' d'Angleterre, dont hî lils Oliarhîs II venait de remonter SIM- le ii-nne : « (irande et auguste reiii<>, en hupielle Dieu a montré à nos jours un s])ectar,I(î si surpnMiant de tout(îS his révohitiniis (les cliosi^s huniuifies, (;t (jui s(Mile n'êtes point chan- 'rii'.r. au niilieii de tant dc^ ('.liîuigem(ints, (nimivvz rtniiellcmenl SCS st'i-rrls cmisriU el sd (unuluilc impt'nrlrdhh'. » La grande idée de la ProvidiMicr-, (]ui fera le fond i\u Dismunisiir l' histoire uni" ii'rsrlh!, «;l (pii, à vrai dire, lait h; fond de tonte la philosophie Feligieuse de Bossu(^t, est exjioséi^ là (Ml race.oMrci, telle (h^jà au fond (pu; Bossuet l'cîxposera dans son oraison fun('*l)rc. Seuleinenl, ii.'i, elle doinin(; et pénétre l'oraison entière.

ORAISON FUNÈBllE DE LA REINE D'ANGLETERRE

L.*ldée de la Providence et la composition de Toraison funèbre de Henriette de France.

L'analyse de cette oraison funèbre devient facile dès qu'on la ramène h, cette grande idée de la Providence, appliquée à la destinée de la reine d'Angleterre. C'est de là que le discours lire son exorde, sa division, ses développements essentiels, sa péroraison. On en comprend mal Texorde fameux quand on ne j'étudie que comme un morceau oratoire : il pose déjà la question et d'avance la résout :

Celui qui règne dans les cieux, et de qui relèvent tous les empires, à qui s.cul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons. Soit qu'il élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à luimême et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui. Car en leur donnant sa puissance, il leur commande d'en user, comme il fait lui-même, pour le bien du monde; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le tn5nc, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C'est ainsi qu'il instruit les princes, non seulement par des discours etpapdesparole8,maisencopepardeseffetsetpar des exemples : Et nuHC, reges, intelligite; eriidimini, qui judicalis terrum ' .

Les textes des sermons et des oraisons de Bossuet, toujours si bien choisis, nous donnent comme le discours en substance. Celle oraison sera donc riiisloire instructive d'une grande leçon donnée aux rois en la personne de Charles P^ et de Henriette de France : « Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes, aussi bien que les misères,... un trône indignement renversé et miraculeusement rétabH. Voilà les enseignements que Dieu donne aux rois; ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs. »

La division n'est pas moins nelte que la proposition d'où elle sort : Henriette a souiïert, mais aussi bénéficié de celte leçon redoutable : Henriette « s'est instruite elle-même pen-

1. « Maintenant, ô rois, apprenez; instruisez-vous, juges de la terre. » (Psahn., r, iO.)

(lant que Dieu instruisait les peuples par son exemple... Elle a usé chrétiennement de la bonne et de la mauvaise fortune,... elle a su proliter de ses malheurs et de ses disgrâces plus qu'elle n'avait fait de sa gloire. >> Dans la vie de Henriette, Hossuel fera donc deux parts : celle de la grandeur et du bonheur (selon le monde) de Henriette reine; celle de ses malheurs, mais de malheurs qui, en l'éclairant, ont fait son bonheur véritable : dans le présent par la piété, dans l'avenir en lui ouvrant le ciel.

Henriette, avant la révolution d'Angleterre, fille de Henri IV, femme de Charles I", belle, aimable, dévouée aux intérêts de la religion et de la France, a su bien user du « charme innocent » que Dieu avait préparé en elle au roi d'Angleterre. Mais voici que Dieu « laisse sortir du puits de l'abîme la fumée qui obscurcit le soleil, selon l'expression de l'Apocalypse, c'est-àdire l'erreur et l'hérésie » ; la réforme religieuse va entraîner une révolution politique; les malheurs de Henriette vont commencer.

lleurietle, pendant la révolution d'Angleterre, a été malheureuse en apparence, heureuse en réalité, puisque Dieu semble n'avoir déchaîné cette révolution sur la reine que pour assurer II} saint de la chrétienne. Entrant dans cette seconde partie, qui se prr*l(Ma mieux que la première au développement de l'idée ])rovi(l(;ntielle, Hossuet reprend avec une nouvelle énergie la pi-o[)osition ((u'il avait pourtant bien nettement formulée (lès le début de son discours :

i>. n*(>st pas un <iiivra^<> humain quo je ni('><lil(!. Ju no ruU pns ici un historien (pii «loil vous (lôviîlijpixT le Rocret (i(!8 ('îil)incls, ni l'onln; îles batuillcs, ni li's iiilénHsdes partis : il faut (juo j<3 m'élève; au-<lL'ssus tie l'homme |)Oiir fuinî Iri'uihlcr loulo crrature «ous les juj:[(*m«Mils di; DiiMi. « J'iMitrcrai avec David dans I(îs |)uissan(Mîs du Sui;;nour; » et j'ai à roiis faire voir les merreil- /(•s lit' sa main et île ses conseils : conseilu de juste veiKjeance sur l'Angleterre, conseils de inisri-icordi' pour le salut de la reine ; mais eoaseils vun-qu '.v par le doigt de Dieu, dont l'empreinte est si rire et si manifeste dans les événements que j'ai à trai^ ter, qu'on ne peut résister à eette lumière,

r>()ssn<'t ex|)li(pie av«;c foret; conun(;nt de; la révolution religieuse la révolution i)olitic|ue est sortie. 11 ne peut marquer le tcrint; fatal dans l('(juol Dieu a résolu de borner le cours de l'hérésie anglaise;, mais il sait que c'est l)i(;u « (]ui donne quand il lui plalL (bîs bornes secrètes aux i)a^sions des honimes les plus em|)ortès,ou (|ui les prècipilt; à son gré»; qu(;, par conséquent, c'est Dieu ([ni, « pour punir l'irréligieuse instabilité de ces peu-

pies, les a livrés à Tintempérance de leur folle curiosité ». Henriette eu vain lutte contre l'hérésie; elle l'eût extirpée d'Angleterre, u si Dieu n'eût pas été inflexible... Le ternie fatal était proche, et le Ciel, qui semblait suspendre, en faveur de la piété de la reine, la vengeance qu'il méditait, commença à se déclarer. » — Mais cette vengeance n'aurait-elle pas pu épargner au moins la reine, cette reine héroïque qui soutint longtemps l'État attaqué «par une force invincible et divine »? Non; sur elle aussi Dieii a ses desseins ; la Providence, « autant attachée à lui conserver la vie qu'à renverser sa puissance», a voulu qu'elle tombât du trône, mais a voulu aussi qu'elle survécût à cette chute pour survivre aux attachements terrestres. Pendant douze ans, sans relâche, sans aucune consolation de la part des hommes, Dieu lui a fait « étudier sous sa main ces dures mais solides leçons ». Puis, à l'heure qu'il avait marquée, il est allé prendre comme par la main le roi son fils, pour le conduire à son trône. Elle se soumit plus que jamais à cette main souveraine qui lient du plus haut des cieux « les rênes de tous les empires », et sa piété fit l'admiration du monde.

Le triple but que la Providence se proposait était ainsi atteint : l'Angleterre était punie, les rois étaient avertis, Henriette était sauvée. Ramenant, dans une courte péroraison, l'idée première du discours, Bossuet se borne à souhaiter que le Dieu de miséricorde, satisfait des épreuves de Henriette, épargne désormais à sa famille et au monde de si terribles leçons.

Les portraits de Charles !«■* et de Cromwell* — BossneC est-il, peat-il être an historien?

Eux-mêmes, les portraits de Charles l^^ et de Cromwell, qui forment le centre de ce discours, n'ont pas tout leur sens et toute leur vigueur démonstrative, si on les isole de l'ensemble et de l'idée directrice. Un grand historien français de la révolution d'Angleterre a écrit de nos jours : « Je ne connais aucune grande histoire où éclate si évidemment, si glorieusement, le triomphe de la sagesse divine, au milieu et au travers de la sagesse humaine*. » Le philosophe de la Providence, Bossuet, devait plus que tout autre être frappé par ce carac-

i. Guizot, lettre à M. de Broglie, 7 juillet 1832.

G COUUS DE LITTÉHATUllK

tèrc crun sujet que le hasard lui oiïrnit, mais qui plus (ruiie fois, sans doute, avait fait naître en lui des rotlexioiis profondes. Ou peut discuter l'exaetilude du portrait de Charles !"% ropnîsfîiité par Hossuet comme le plus juste et le plus loynl des princes. Les historiens modernes* ont raison peut-Atre de lcnii)»'îrer par quelques réserves l'éloge d'un roi que les circonstances s(îu1cs empêchèrent de se délivrer de ses a<lversaires par un coup d'hltat. Mais comment demanderait-on à un sujet (le Louis XIV, h celui qui écrira hienlrtt la Politique Urée ihi VÊnitun*. S(t'nih', de juf^'cr impartialement le ronllit qui éclata (Mitr<* h' r(»i (rAn;^lct(M're (tt les An<{lais? Kt, en admettant qu'il eiH une id<>c nette de la (lonslitution anglaisn, comment demander h un |)réti-e catii()li(iue de ne pas prendre parti dèsledéhut contie les n;l)(^lles, alors cpie ces rebelles étaient des héréliques, combattus par Hemiette? Précisément parce qu'il aurait vu, d'un coiq) d'ceil admirahlemf^nt lucide, à quel point, dans cette crise, la politique et la religion étaient unies, confondues, il ne pouvait même se croire le droit de rester neutre. La ({uesllon historique proprement dite ne s'est donc pas un instant i)osée pour lui : ({uehpies lif^ntîs précisément avant de tracer le portrait du roi, il s'est détendu d'être un historien; il a décl.'irr \w. vouloir montrer rpie l(;s merveilles de la main et des conseils (le Dieu. Le portrait (pii suit ne sera donc qu'un exeml»le (pii si'it. (l(i preuv(î h la th<>se. Aussit(^t que l'on considèrw h; coiil(;xl(*, tout s'éclainî : « Ou(Mque haut qu'on puisse remonter, pour re(;lien'h(>i' dans l(>s histoints h^s exf^niples des grandes mut.'iti(»ns, r»n trouvfM'a (|ue jus(iues ici elles sont causées ou par la niolhîsse ou par la violenc(» des princes... Charles !"'', roi d'Angl(»teri-e, était juste, modéré, magnanime. » Par ((nisi-fiiiciit, ce n'(;sl pas Charh^s I'"" (pii a |)U déterminer, par M's «liHaiils persoinuds, larévolt<i des Anglais. « tju'est-ce «loin* (|iii les M poussés? » C'est « la fui-eur de (lisi)Uter des rli(»s<'< divim-s sari»^ lin, sans règh*, sans souiuisîjiori », i\[ l'anar-

I. Miir.iiil.i V. //i-.fiiir-- 1/'.\ iii//i-fi'/'rt', i. In.'{. Iliim"' f-i plus r.'ivnralilr :iii r:irarli»ro ilii roi. iliMil il |i:ii|c .i\«-- iiiif syrii|iaHii«' (|iii m'<".1 ;rii'i'' iimiii'î rli-ili-iiroiisc que «l'Ili' i|i' l!ii'.-i|if . ■ l.i' i-.ir irli-n» i|i> < .Inrli-s i-|.iit un ••;ii-.iil- i'' iu«''l<' ; iiiiis si*^ \i>rluH l'iMii|i()i'l.'iii-til cvfi'." iinMin-'il sur «-i"» xirc-i, dm phi« |iri)|ir<"in'iif «sur >('s iriipurrorl:<iii<... Il iii<-ti|f I i-pitli'-ti' ili' Ixiii plutiil (|ii>> iflji' >\i' ::r-iii<l; ft ses ipiaiitcs In I iMi)l.'(M'ii| \i\ti< priipii' "i n-L'in-r «I iiis iiji \:[:i\ ri-iMiliiMi'iiifiil i-lalili «|ii'.'i ci'diir iiiii rMiipoi'li'iiM-ril'^ iruiii- :i<i-i>iii|i|i-i> popiiliiri* (m ipi'.! Ii"> i i-pririn'r... l)'aillf'iirs. >>i l'on vi'nl ri)ii>ii|i-ii-r li->! •■vlri'iiH'» iliriiciilli-- .-iu\i|iii'i|i's il fui si si)u\i-iil ri><luit. <'l riiinparcr à Vf"! i-uitMrr.is |,i <.iiicit:|i> iIi» «ii's iji'i-l.ir.itiotc', ou «n'ra rurir ilr riMiVPllir

• lui' l.i proliifi- l'I riiuiiiuMir il(»i\«'iil l«Miir rau;» «Mitr'' ->"! plus lirillaut<'^ verliis.

• llislnit'i' ih-s Stmirls. lu, M^).

cbie politique a été la punition, comtne la conséquence, de Tanarchie religieuse. Ainsi le voulait la Providence.

Le portrait de Gromwell est rattaché plus directement encore au raisonnement, et l'on comprend aisément pourquoi. La révolution d'Angleterre s'est accomplie malgré Charles I", mais par Gromwell. Par Gromwell seul? Non, Gromwell n'est qu'un envoyé, un fléau de Dieu, et c'est à ce titre même que Hossuet ne peut s'empêcher de lui témoigner une sorte de respect : on peut détester, mais non mépriser ces hommes par qui les arrêts de la Providence s'accomplissent. Tout porte dans ce fameux jugement sur Gromwell, tout est argument :

Un homme s'est rencontré, d'une profondeur d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout cacher, éfjalrtment actif ot infatigable dans la paix et dans la guerre, qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance; mais au reste si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu'elle lui a présentées; enfin un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde. Que le sort de tels esprits est hasardeux, et qu'il en paraît dans l'histoire à qui leur audace a été funeste ! Mais aussi que ne font-ils pas, quand il plaît à Dieu de s'en servir f II fut donné k celui-ci de tromper les peuples et de prévaloir contra lesroia. Car, comme il eut aperçu que dans ce mélange infini de sectes, qui n'avaient plus de règles certaines, le plaisir de dogmatiser sans être repris ni contraint par aucune autorité ecclésiastique ni séculière, était le charme qui possédait les esprits, il sut si bien les concilier par là qu'il fit un corps redoutable de cet assemblage monstrueux. Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom. Ceux-ci, occupés du premier objet qui les avait transportés, allaient toujours, sans regarder qu'ils allaient à la servitude : et leur subtil conducteur, qui, eu combattant, en dogmatisant, en mêlant mille personnages divers, en faisant le docteur et le prophète aussi bien que le soldat et le capitaine, vit qu'il avait tellement enchanté le monde, qu'il était regardé de toute l'armée comme un chef envoyé de Dieu pour la protection de l'indépinidance, commençai s'apercevoir qu'il pouvait encore les pousser plus loin. Je ne vous raconterai pas la suite trop fortunée de ses entreprises, ni ses fameuses victoires, dont la vertu était indignée, ni celte longue tranquillité qui a étonné l'univers. C'était le conseil de Dieu d'instruire les rois à ne point quitter son Église. Il voulait découvrir par un grand exemple tout ce que peut l'hérésie, combien elle est naturellement indocile et indépendante, combien fatale à la royauté et à toute autorité légitime. Au reste, quand ce grand Dieu a choisi quelqu'un pour être l'instrument de ses desseins, rien n'en arrête le cours: ou il enchaîne, ou ilaveugle, ou il dompte tout ce qui est capable de résistance. «Je suis le Seigneur, dit-il par la bouche de Jéréniie; c'est moi qui ai fait la terre avec les hommes et les animaux, et je la mets entre les mains de qui il me plaît. Et maintenant j'ai voulu soumettre ces terres à Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur. » Il l'appelle son serviteur, quoique infidèle, h cause qu'il l'a nommé pour exécuter ses décrets. «. Et j'ordonne, poursuit-il, que tout lui soit soumis, jusqu'aux animaux. » Tant il est vrai que tout ploie et que tout est souple quand Dieu le commande! !Mais écou-

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lez la uuitc do la propIxHie : « Jo voux que res peuples lui oh/'issent, ni qu'ilM f)héi8S(>iit (mcorc à Bon fll», jusqu'/i ce que le teinpH des uns et des autres vienne. » Voyez, chrétiens, comme hîs temps sont marqués, comme les générations sont eomplé«;s : hieii détermine jmqn' à quand doit durer i assoupUnement, cl quand aussi se doit réveiller le monde.

Ce n'est donc pas au point de vue littéraire, ni comme un de c(;s « morceaux choisis », qu*oii détache pour les considérer à pari, qu'un loi morceau vt^ut être étudié. On Ta rapproché du portrait dfî Catilina par Salluste, et il paraît certain que Bossuet se souvient de l'historien laiin. ("e n'est pas, d'ailleurs, le seul souvenir profane qu'il nuMe à celle première des oraisons f'unèhrcs : sans parler des réminiscences, il cile Quinte-Curce, Pline rAnci(;n, TitolJve. Maison ajoute que le portrait de Catilina est celui du conspirateur en soi, plulôtque de la personne qu'a été (Catilina, tandis que le portrait d(î ('romwell est vrai de Cromwell seul et ne saurait s'ai)pliquer à un autre : c'est Cromwell seul qui joue mille pcrsoima^'cs, docteur à la fois et prophète, soldat et capitaine. Mais il y a des traits précis dans le portrait de ce Catilina ((ue Salluste a hien connu, et il y a une idée f^énéralc suivie qui domine le portrait de Cromwell. Ce qui est surprenant, c'est que le même portrait puisse 6lrc tout ensemble, avec la même plénitude de signification et la môme intensité do vie;, aussi hautement symbolique et aussi énergiquement individuel. D'une part, tout le morceau est subordonné à ridé(; directrice, (]romwell instrument des vengeances de Dieu; d'nutre i)art, (Iromwell est scruté Jusqu'au fond de l'àme par les ycîux d'un ol)s<M*vateur que les apparences ne Ironqxait pas. (]'est le philosof)he relif^ieux, prévenu contre Cromwell, (jui travestit en hypocrite celui en qui M. Cuizot voit uti scM'tain; passionné, dupe de son propre orgueil. C'est le moraiist(> (jui a pénétré cett(î àme en ses replis etjusqu'en ses coniradiclions.

A force; d'èirc^ un moraliste, il i)eut être, sans doute, un hislorifMi ' ; ni.iis histoiien à i)roj)remcnt parl<M', il ne peut pas,

(iiornwfll (li's Oniismi/t fiiiirhn'.s, «-t vny/. si ci' n'j-sl pjis, avor la même touche d« jîcnic dans le sljlc. h' ini-mc rri/nril it'/ii.storirn, raiiicnani an méim» orgueil do la \i(î CCS ffi-aïKJcs tliipcs «lo ]'aMioni-|iT()|irc tlcvotiii<>K Ac ^'rarnU (ronqxMirs do mullitudcs. » (AiiiKiii Sditir..) — li'al)l»c Muury 'i, .'{J«l) remarque (|(ic BoAsiict a oto plus clcmciit à la incinoirc de Oomwcll (juc MaHaillon ne* devait l'étro à celle de (îuU-

il ne veut pas l'être. Il a pris parti résolument, en sujet de Louis XIV qui juge la révolution d* Angleterre d'après la Fronde, et en prêtre catholique qui déteste « le libertinage d'esprit, la fureur de disputer des choses divines sans fin, sans règle, sans soumission », et ce « dégoût secret de tout ce qui a de l'autorité ». Le Français, parlant devant la sœur de Charles II restauré, croit et dit que « ce prince magnanime » fait régner avec lui la justice, la sagesse et la clémence », triple éloge dont l'histoire n'a pas ratifié un seul. Le prêlre se propose de démontrer qu'on énerve la religion quand on la change. Si l'on n'oublie pas, de plus, que la théorie de l'action providentielle, dont les hommes ne sont que les instruments inconscients, se mêle à tout dans ce discours, y domine tout, on conclura qu'il n'y faut pas chercher l'histoire vraie, ou du moins l'histoire complète; car de ce que l'historien et l'orateur se placenta un point de vue différent l'un de l'autre, il ne résulte pas qu'ils ne puissent jamais se rencontrer.

Comment Bossuct trace un portrait de femme et de reine*

Sur ce fond à demi historique se détache du moins une figure singulièrement vivante de reine et de femme. La femme, il a sans doute adouci, attendri les traits de sa physionomie énergiquemenl personnelle. Celte princesse, que M™« de Motteville nous peint maigre et petite, à la taille gâtée, dont l'éducation avait été rétrécie par l'esprit léger, mesquinement dévot, et la manie d'étiquette de sa mère ; qui manquait enfin des « grandes et belles connaissances que donnent l'étude et la lecture », il la dresse devant nous dans un portrait en pied où il y a de la grandeur et de la grâce, de la vérité aussi, mais une vérité corrigée, idéalisée :

Elle eut une magnificence royale, et l'on eût dit qu'elle perdait ce qu'elle ne donnait pas. Ses autres vertus n'ont pas été moins admirables. Fidèle dépositaire des plaintes et des secrets, elle disait que les princes devaient garder le même silence que les confesseurs et avoir la même discrétion. Dans

laumc d'Orange, dans l'oraison de Louis XIV. Au moins il s'interdit routragc. C ette modération relative est d'airtant plus remarquable qu'il parlait dix ans après que le cadavre de Cromwell, au lendemain de la restauration de Charles H, avait été traîné sur la claie et pendu.

lîi plus gmiidc funnir des guerres civiles, j.im:iis on n'a douté de sa paroh», ni (l(''8fisp(''ié do sa clrmeuce. Quelhi autre a mieux pratiqué cet art ohlif^eaut qui fait qii'on se rabaisse sans se dégra'ler, et qui accorde si heureu- 8eni<;nt la liburté avec le respect? Douce, fainili»'re, aj^réable autant qutî ferme et vifjfoureuae, (îllo savait persuader «it convaincre aussi bien que commander, et faire valoir la raison non moins que rautorité. Vous verrez arec «jnelle prudence «-lie traitait les affaires; et une main ni hiiHle ciH sauvé l'Élat» si ri'Jlat eût pu être sauvé.

C'est placer avec art une réminiscence de Virgile, mais c'est pi'ôtor à la reine d'Angleterre une douceur et une prudence qu'elle n'eut pas toujours. Quand celle que le pape Urbain VIII exhortait à (hn'onir « l'Ksther de son |)euple opprimé, la Clolild(; qui soumettrait au Christ son victorieux époux », partait, si l'on peut ainsi parier, pour la conruiete de l'Angleterre hérétique avec ses trente -six ciiapelains; ({uand elle travaillait li cet « ouvrage mémorable du rétablissement de l'Kglise »; que la seule qhapelle royale voyait « plus d(; trois cents convertis » abjurer le protestantisme, tandis que TÉfilise catholique, naguère opprimée, « faisait retentir haulemcnt les cantiques de Sion dans une terre étrangère », c'est de discrétion tout au moins et d'habileté (jue manquait Henriette. II est vrai que cette pieuse princesse, quand elle servait rKglise, « croyait servir i'Klal », et que Rossuet ne peut pas ne pas le croire avec elle. Mais les «îvénemenls sufliraient à prouver qu'elle n'a pas servi les int<Mèts de sa religion « sans commettre l'autorité du roi son seigneur ». Kt ces « nuages » dont Rossuot parle avec tant de liardiess(* à La fois (*1 de discrétion, qui ont troublé un moment le bonheur conjugal de la reine, d'où venaient-ils, sinon de ses imprudences? Et quand, pour la soustraire aux inlluences de son entourage, on renvoyait en P'i'ance s(?s chapelains, quand on 1.1 srpaiait des femmes de sa maison, et qu(S pour les rappcîler, elle brisait les vitres de sa fenêtre qu'on tenait fermée, s'écorehail b.'s mains, déchiiail sa robe, à quoi aboutissait-elle par «es dénionstralions violentes, sinon à provoquer contre les ealholi(|iies des mesines i)lus rigoureuses? Cette iille de Henri IV était « viv(;, promi)le et nnnuante ». M"'" de Motteville, qui Talteslcî, îivail éciit i)our Rossuot un mémoire particulier sur la vie de celle (lu'elle avait comme de fort jnês. Rossuet en a tiré un grand parti, mais il y a laissé de coté h\s traits qui eussent trop accusé la physionomie d<; l'héroïne, abus (|u'il voulait retracer surtout la ligure de la ehrétiemie '. Par (exemple, il a négligé

1. Voir l.( préface do rédilion «lc>< 0/v/jïo/is fmX'hrt'S \mw yi. K<>boiii.iii, M. G.

de nous apprendre que la reine, poursuivie dans sa fuite parles navires parlementaires, avait commandé au pilote de son navire, (( s'il voyait qu'elle ne pût échapper, de mettre le feu aux poudres ». De même le mémoire de M™« de Motleville faisait ressortir l'humeur railleuse de Henriette de France, en ajoutant que « pour l'ordinaire il était difficile, malgré l'innocence de son intention, que le prochain n'y fût un peu blessé », mais aussi qu'à mesure qu'elle avançait dans la piété, « elle était devenue scrupuleuse là-dessus ». A lire Bossuet, on croirait que c'est toute sa vie, et par nature, que Henriette a ménagé le prochain et détesté les discours empoisonnés de la médisance.

Mais ce qu'il pouvait louer sans craindre de dépasser la mesure, ce qu'il a caractérisé de traits inoubliables, c'est « la magnanimité de cette princesse » sur qui la fortune ne pouvait rien. Récits et tableaux se succèdent, si bien liés, si bien éclairés, qu'on croirait ne lire qu'une page de l'histoire d'Angleterre, si le narrateur, à tout moment, ne nous faisait souvenir qu'il raconte pour prouver : scribitur non ad narrandum, sed ad probandum. Voici l'héroïque voyage de Hollande en 1642, la tempête, Tair de sérénité avec lequel la reine elle-même rassure les matelots, leur affirmant « que les reines ne se noyaient pas ». Et voici que sur elle tonnent « cent pièces de canon » (à Burlington, dans le Yorkshire) et que la maison où elle entre est toute percée de leurs coups. Elle survit, « marche coinme un général à la tête d'une armée royale^», triomphe et pardonne, puis, comme elle est femme après tout, a ses défaillances, que Bossuet ne veut pas connaître; enfin, accouche d'une fille dans Exeler menacé par l'armée du comte d'Essex, se cache, s'enfuit sur cette mer où elle avait vu, lors d'un premier et glorieux voyage, « les ond.es se courber » devant leur dominatrice, est serrée de près, jusqu'à Jersey, par les vaisseaux républicains, aborde enfin à Brest, mais ne se dérobe à la persécution que pour tomber dans une humiliation encore

Hanotnux a édité le mémoire de M"» de MoUeville, cl, le comparant à l'oraison de Bossuet, dit très justement : « On voit par la lecture de ces deux pièces que, par la méditation et l'étude, l'orateur unissait par s'abstraire, pour ainsi dire, de son sujet, et qu'il ne conservait plus du sentiment de la réalité -que ce qui était nécessaire pour que ses leçons restassent encore frappantes pour l'esprit de ses auditeurs. C'était une autre Henriette, une autre Marie-Thérèse, même un autre Condé qui se levait peu à peu dans son âme. C'était la gloire et les malheurs des rois, les divers succès de la fortune, les alternatives des splendeurs ou des misères humaines, sortes d'abstractions morales et religieuses, qui devenaient son véritable sujet. »

1. 11 faut reconnaître que ce détail exact, mais un peu vague, est plus précis et plus vivant chez M"« do Motteville.

12 COUUS DE LITTERATURE

plus étrange et pour « étaler à la France même et au Louvre, où elle était née avec tant de gloire, toute l'étendue de sa misère », réduite à « demander du secours » et à en accepter de ([ui? Des parlementaires qui combattaient à Paris Tautorilé royale, au lendemain du jour où la tôle du roi d'Angleterre venait de tomber à Londres, puis de Mazarin, l'allié de Cromwell. Ici Bossuot a glissé : il lui eût été difficile de rappeler devant une li'lle assemblée ce que nous savons par Retz et les contemporains : que les marchands de Paris refusaient do faire ri'(Mlit h lîi reine détrônée, qu'au cours d'un hiver rigoureux il n'y avait {)lus un morceau de bois dans la maison, et que la p(îlil(5 Henriette, sauvée miraculeusement et ramenée àsamère [)ar la comtesse Morton, était réduite à garder le lit pour ne pas trop souffrir du froid. Henriette, duchesse d'Orléans, écoulait IJossuel; la cour n'eût pas assisté sans gène à cette évocation de souvenirs terribles, qu'on s'était hfité d'oublier. 11 valait mieux passer vite k la restauration de Charles II, aux services rendus par sa mère h la France, h sa lin chrétienne, à la grande leçon qui sorlait de sa destinée.

Le caractère ni^me de cette destinée, mêlée à de grands évéin'nienls historiques, détermine le caractère de celte oraison liiii<'ln(î, et ce cara<*tère, longtemps après, se retrouvera, plus éclatant, dans Toraison funèbre de (îondé. Mais dans celle-ci (ni sentira l'admiration (îI l'émotion de l'ami. Hossuel, qui n'est l>as encore Tévôque deMeaux, le Père de i'figlise, considère de plus loin, avec une sérénité plus facile, la vie de Henriette de Fraine, ses jours glorieux et s(;s jours sombres. Il n'en est que l»liis libre i>our s'élever et nous élever à sa suite jusqu'à cette lésion paisible des idées générabîs où philosophie, théologie, histoire, Sf; confondenl.

BIBLIOGRAPHIE

TEXTES

éditions Cahen (Dupont), Didier (Delagrave), Gazier (Colin), Jacquinet (Belin), Rébelliau (Hachette).

LIVRES

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JUGEMENTS

L'éloge funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Charles I", que Hossuot Ht on i660, parut presque en tout un chef-d'œuvre. liCs sujets de ces pièces d'éloquence sont heureux à proportion (les niuliieurs que les morts ont éprouvés. C'est en quelque façon comme dans les tragédies, où les grandes infortunes des principaux personnages sont ce qui intéresse davantage.

VoLTAiRK, Siècle de Louis XIV, ch. xxxii.

La mort de la reine d'Angleterre vint offrir à Rossuet le plus majestueux et le plus grandiose des sujets. Il lui fallait la chute et la restauration des trônes, la révolution des empires, toutes les fortunes diverses assemblées en une seule vie et pesant sur une ni('nie lélc.

Saintk-Rkiivk, Camerlea du lundi, t. X; Garnier.

Il est vrai, dans ce glorieux portrait de Henriette de France, soit nUic(Mi(*(» voulue, soi! plutiH illusion sincère, rien n*est dit (i'iinM nafiin'Ilo vivac-ih'^ (^tinipcluosité (riiumour dont, au temps (lo sa i)jiissaii(*(», va^Mo aiinabifi et vcrLueuso r(»ine ne savait pas se (l<''r(M)(ir(; ; qui plus d'une fois, duiant les longs et orageux prélu(l<'s (bî la giKMMN* (-ivihi, l'avait emportée aux conseils initnodér^^s, aux n';sisl,anc-(>s passionnéc^s et aveugles, mais que tant «riniorhUK^s avai(Mit an)orti(>, otdoni il ne restait plus que de faihbîs Ip.km's cIh'z la piMuhMito d«î rjiaiiiot. Faute de ce trait, <'(^ss(;roiis-n(His (l'adniicfM' ou ailiniicMons-nous moins, dans ctîthî ligurn d'un si liorfît si lidèlo dossin, b; coup d'œil, le génie» l'éinolion du poinin*?

J.xcgri.NKT, ('dit. des Ontifunis pinrhrvs; Belin.

Voici Henriette de France, une petite femme sèche et noire, une figure longue, une grande bouche et des yeux ardents; fanatique en religion, avec une foi absolue au droit des couronnes. Et quelle vie! Des années de lutte enragée et de douleurs sans nom; neuf jours de tempête pendant qu'elle va chercher des soldats à son mari : des chevauchées à la tête des troupes qu'elle ramène, et des nuits sous la tente; une invasion au milieu des canonnades; un accouchement tragique entre deux alertes; la mère séparée de sa petite fille, ne sachant ce qu'elle est devenue; puis, en France, l'hospitalité maigre et humiliante, la pension mal payée par Mazarin; pas de bois en plein hiver pendant la Fronde; la veuve du roi décapité pleurant du matin au .soir et, parmi ses larmes, prise de gaietés subites, par des retours inattendus du sang de Henri IV ; et la dévotion finale, murée et profonde comme un tombeau, la mort anticipée dans le silence du couvent des Visitandines...

Et voici la fille, Henriette d'Angleterre, un berceau ballotté dans les hasards de la guerre civile, une enfance triste dans un intérieur froid, gêné et presque bourgeois, de reine exilée. Klle sort de là parfaitement simple et bonne, et tous les contemporains, sans exception, vantent sa douceur. De grands yeux, une jolie figure irrégulière dont toute la séduction vient du rayonnement de l'esprit, et si charmante qu'on ne voit plus la taille déviée ; romanesque et trompant son propre cœur dans de périlleuses coquetteries; d'ailleurs vive, intelligente, nullement guindée, aimée des hommes de lettres^ bonne enfant avec eux; adorable, adorée, triomphante (avec plus d'une blessure au cœur), jusqu'au verre de chicorée et à la « nuit effroyable »...

J. Lemaître, les Contemporains y 1" série; Lecène.

LETTRES

Madame à Bossuet pour ïe prier de laisser imprimer Toraison funèbre de sa mère.

(Besançon. — Baccalauréat, juillet 1881.)

M™° de Motleville écrit à sa sœur pour lui raconter Toraison funèbre prononcée par Bossuet en l'honneur de Henriette de Krance, reine d'Angleterre.

(Galiors. — Collège de filles, 1897.)

DISSERTATIONS ET LEÇONS

Étudier les rapports et les différences du Panégyrique de saint Bernard et de l'oraison funèbre de Henriette de France. Montrer le progrès du génie et de Téloquence de Bossuet.

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1866.)

Gomment Bossuet a-t-il su concilier Féloge, Thistoire et le sermon dans Foraison funèbre de Henriette de France?

(Paris. — Leçon d'agrégation, 1886.)

Juger les jugements historiques sur Charles I" et Gromwell.

(Rennes. Baccalauréat classique. — Paris. Professorat DES ÉCOLES NORMALES, — LcçOn.)

Faire le portrait de Henriette de France d'après l'oraison funèbre de Bossuet.

(Montauban. — Lycée de filles, 6° année.)

Exposer, d'après Bossuet, les causes de la révolution d'Angleterre, et expliquer ce qu'il entend par la philosophie de l'histoire.

(Toulouse. — Lycée de filles, 3° année, 1897.)

2 COURS DE LlTÏÉllAïUilE

et (le Henriette de France, était née le 16 juin 1644 h Exeter, où s'était réfugiée sa mère, menacée par les armées du Parlement. « 0 Éternel, s'écriait Bossuet dans Toraison de Henriette de P'rance, veillez sur elle; anges saints, rangez à l'enlour vos escadrons invisibles et faites la garde autour du berceau d'une princesse si grande et si délaissée. » Dans l'oraison de Henriette d'Angleterre, il rappelle que le Ciel l'a arrachée « comme par miracle » des mains des ennemis du roi son père. C'est à travers mille dangers, en elTet, et grâce au dévouement de sa gouvernante, la comtesse Morlon, que la pelile princesse, après deux ans, fut rendue à sa mère, qui avait dû fuir et gagner la France. En France elle devait avoir une enfance humiliée, presque misérable, pendant les troubles de la Fronde, puis une jeunesse éclatante. C'est la restauration de son frère Charles II qui détermina ce revirement dans sa fortune. La veille, elle avait en vain rôvé d'être reine de France ; le lendemain, Anne d'Autriche tint à lui faire épouser son second fils, Philippe, duc d'Orléans. Son mariage avec ce prince digne d'elle par la naissance, mais non par le caractère, fut célébré le 31 mars 1661. Elle en eut deux filles, dont l'aînée fut reine d'Espagne, et la seconde duchesse de Savoie, et un lils, le duc de Valois, qui mourut en bas âge. En adressant h Fouquet une ode sur ce mariage, la Fontaine loue sur un ton lyrique la « merveille » que les Anglais ont donnée à la France. Sa beauté n'était pas régulière; mais tous les contemporains s'accordent c'i louer sa grâce, son « agrément», mot plus expressif alors qu'aujourd'hui, et son esprit.

C'i'lait principalement ce que la princesse d'Anjçlelorre possédait au souverain d<»Kré, ce qu'on appelle (/races, et les channes étaient répandus eu toute «a personne, dans sos actions et dans son esprit. Jamais princesse n*a été si éf^alement capable de se faire aimer des hommes et adorer des femmes '... — .lamais princesse ne fut si touchante ni n*eut autant qu'elle Tair de vouloir bien (pi'on fût charmé du plaisir de la voir. Toute sa persunne était ornée de charmes : l'on s'intéressait k elle et on l'aimait, sans penser que l'on put fjiire autrement '^. — Madame avait l'esprit solide et délicat, du bon sens, Connaissant les choses fines... on eût dit qu'elle s'approi»riait les cœurs... Pour cfî je ne sais quoi tant rebattu, ce je ne sais quoi qui descendait d'abord jusqu'au fond des coMirs, les délicats convenaient que chez les autres il était copié, qu'il n'était original qu'en Ma<lame''...

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