‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 5 sur 178 · M. de Sacy, dans ses Variétés morales et littéraires · texte numérisé non relu

M. de Sacy, dans ses Variétés morales et littéraires

est au dedans un acteur secret. Ces maladies sont contagieuses; et de la feinte on en veut venir h la vérité.

Cette condamnation du théâtre n'est point chose nouvelle : les Pères de TÉglise Font souvent formulée, à un double point de vue, point de vue théologique et point de vue moral. Mais ils parlaient plus encore en théologiens qu'en moralistes : ce goût de la plupart des païens et de certains chrétiens même pour les choses du théâtre leur paraissait une des formes de l'idolâtrie. Partout ils y retrouvaient le culte plus ou moins déguisé des divinités païennes, c'est-à-dire des démons. Mais aucun d'eux, dans ses invectives, n'a égalé la farouche énergie de TertuIHen dans son Traité contre les spectacles :

Le voilà venu, ce jour suprême, surprise et raillerie des nations, ce jour où le vieux monde et toutes ses productions seront ongloutis et consumés dans une flamme commune! Quel grand, quel immense spectacle! Oh! comme j'admirerai! comme je rirai! Quels transports, quelle jouissance pour moi de voir tant et de si grands rois dont on nous disait qu'ils avaient été reçus dans le ciel, gémissant ensemble dans les ténèbres inférieures avec leur Jupiter et leurs courtisans! de voir les magistrats persécuteurs du nom du Christ dévorés par un feu vengeur plus cruel que celui où ils ont eux-mêmes jeté les chrétiens! de contempler les sages philosophes brûlant pêle-mêle avec leurs disciples, et forcés de rougir devant eux, après leur avoir assuré que Dieu ne s'occupe pas du monde, que l'âme n'est rien de réel ou qu'elle ne peut retrouver son enveloppe terrestre ! Et les poètes éperdus et palpitants, non pas devant le tribunal d'un Minos et d'un Rhadamanthe, mais aux pieds du Christ qu'ils n'attendaient pas 1 Alors il faudra entendre les tragédiens poussant de vrais cris dans l«ur propre détresse; alors on verra les comédiens vraiment amollis se fondre au milieu des flammes, et les cochers sur un char de feu, rougis de la tête aux pieds...

Les jansénistes, comme Nicole et le prince de Conli, qui ont écrit, longtemps après, des traités contre la comédie, n'ont plus fait entendre de ces cris implacables; mais, au fond, le point de vue n'a guère changé : les spectacles sont au premier rang de ces divertissements dont l'auteur des Pensées parle avec un si éloquent mépris, par lesquels l'homme cherche à échapper au souci de sa misérable destinée, à la méditation salutaire du dogme de la chute*. Ici donc, comme partout, Bossuet

1. M La nature de rémotion dramatiqae est contraire au principe fondamental du christianisme. Pour goûter en paix et sans scrupule le plaisir que peuvent donner le Cid ou Bérénice^ le spectateur doit avoir banni de son esprit l'idée que la nature humaine est corrompue, que la perfection morale consiste à contredire la nature, à réprimer les instincts et tous les mouvements irraisonnés de la sensibilité, et qu'enfin tous nos élans spontanés d'amour et de tendresse sont coupables, dès qu'ils ne vont pas à Dieu seul. Il faut donc traiter de chimère le dogme du péché

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