Voyez Satires I et IV, Epitre III
3. Sermous S117' la Beligion chrétienne, sur l Impénitence finale, etc.
qu'à moitié dans les entretiens et dans la vie de société. Cependant, en beaucoup de ses sermons retentit de bonne heure 1 éclio des inquiétudes qui s'éveillent en lui*. Dans le sermon sur les Devoirs des rois (1665), il va jusqu'à faire appel au bras séculier contre les blasphémateurs. « Sire, un regard de votro face sur ces blasphémateurs et sur ces impies, aQn qu'ils n*osent paraître, et qu'on voie s'accomplir en votre règne ce qu'a prédit le prophète Amos,que « la cabale des libertins sera « renversée », et ce mot du roi Salomon : « Un roi sage dissipe « les impies, et les voûtes des prisons sont leurs demeures, )> sans égard ni aux conditions ni aux pers(jnnes, car il faut un chdti^ ment rigoureux à une telle insolence. »
Le ton est ici moins directement menaçant : c'est tantôt celui de la pitié : u Déplorable aveuglement! » tantôt celui de l'ironie : « Mais qu'ont-ils vu, ces rares génies? qu'ont-ils vu plus que les autres?... » ou de la dialectique pressante, marquée par des interrogations multipliées, ou de l'analyse morale plus paisible, mais non moins impitoyable, qui remonte à la source du libertinage et y découvre l'orgueilleuse intempérance de l'esprit, comme à la source de l'hérésie anglaise il découvrait l'intempérance d'une folle curiosité. Devant un auditoire qui avait besoin d'être ménagé, et dans un sujet qui avait ses bornes, Bossuet ne pouvait donner libre carrière à son éloquence apologétique; et toutefois nous avons ici l'abrégé nerveux d'une réfutation de l'incrédulité, au moins de l'incrédulité chez les « honnêtes gens »; car, bien que Bossuel prête à ses adversaires au moins l'espérance du néant après la vie, il ne les traite pas en alliées résolus : l'athéisme, c'est, à ses yeux, u une fureur qui ne trouve presr/ue point de place dans les esprits ». Ils n'ont, ou du moins ils prétendent n'avoir que des « doutes », et l'on entrevoit quelques-uns des arguments dont ils les appuient : Dieu échappe à la connaissance humaine, et l'on se fait de lui des idées très diverses, selon la nature des pays ou des esprits; toutes les religions sont également bonnes; l'idée des peines éternelles n'est ni acceptable ni même intelligible. On sent que Bossuet combat, non pas l'incrédulité abstraite, mais des
1. M. Jacqiiinet cito los sermons sur la Divinité delà religiotif iur le Jugement (IrruitT, sur le Jugement de J.-C. contre le monde^ lo Pan^yurique de iaint André, le 4' Sermon pour le jour de Pâques. Il y faut joindre le Panégyrique de iaint Franrois de Paule (iCUO), lo sermon sur la PrMication éoanqélique, les deoi sermons sur la Providence (1650 et 1662), sur la Vigilance (1665), sur l'Unité de l'Église (1081), etc.
incrédules qui vivent, qu'il connaît, qu'il a entendus, qu'à ce moment même peut-être il a sous les yeux.
Seulement, après avoir accablé ce superbe qui « se fait luimême son Dieu )>, ne lui offre-t-il pas bientôt Toccasion d'une revanche facile, en bâtissant toute sa seconde partie sur les deux songes de la princesse, longuement cités et interprétés, d'après le récit qu'elle en avait écrit elle-même, à la prière de l'abbé de la Trappe, Armand de Rancé, « dont la doctrine et la vie, dit Bossuet, son ami, sont un ornement de notre siècle))? Il faut toucher d'une main légère à ces choses mystiques, dont il est trop facile de s'égayer, si l'on se place à un point de vue tout humain. Dans l'article Apparition, du Dictionnaire philosophique. Voltaire n'a pas de peine à tourner en ridicule les visions de la pécheresse repentante; mais M™® du Deffand* n'est pas de son avis, pour des raisons, il est vrai, qui lui sont particulières : « J'approuve fort le grand Bossuet de l'importance qu'il a mise au rêve de la Palatine, et de l'avoir célébré en chaire : je fais grand cas des rêves; je n'avais pas imaginé qu'ils pussent être utiles dans ces occasions; mais je suis convaincue aujourd'hui qu'ils doivent avoir toute préférence sur les raisonnements. » D'Alembert, un peu embarrassé, dans son Éloge de Bossuet, en face de ce surnaturel qui ne lui est pas familier, après avoir déclaré que les oraisons de Marie -Thérèse et de le Tellier sont « assez peu dignes de Bossuet )), ajoute : « Les familiarités puériles qui déparent en quelques endroits l'oraison funèbre de la princesse palatine, successivement galante, incrédule, intrigante et dévote, sont effacées par plusieurs morceaux de l'éloquence la plus imposante et la plus animée. » N'est-il pas un peu bien dijr pour ces « familiarités puériles ^ »? Si l'expression était juste, elle s'appliquerait à la princesse, dont Bossuet cite le mémoire, et qui était, il faut l'avouer, un pauvre écrivain. Pour le fond même, les deux songes, surtout le second, eussent gagné, sans doute, à être plus intéressants et plus clairs : l'explication et l'application n'en sont pas toujours lumineuses. Mais Bossuet ne peut songer même à les modifier : ces songes réalisent pour lui le miracle qu'il attend ; il n'y voit qu'un caractère « admirable..., céleste », et c'est avec