‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 59 sur 178 · Ces citations sont empruntées à l'édition Cahen · texte numérisé non relu

Ces citations sont empruntées à l'édition Cahen

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conduite d'un ministre habile et fidèle dans les temps les plus difficiles; mais je voudrais auasi vous dissimuler les erreurs d*un peuple qu'un prompt et sincère repentir a effacées... Éloignez donc, Messieurs, de votre mémoire ces troubles... Que ne puisje vous le faire voir au milieu de ces agitations!... Mais encore une fois, Messieurs, que le souvenir de ces temps malheureux s'efface pour toujours de nos esprits... » Combien Bossue! marche plus à l'aise dans les pas difficiles!

Louvois voulut qu'une troisième oraison funèbre fût prononcée aux Invalides, le 22 mars, par Fléchier, qui avait déjà pro^ nonce ses grandes oraisons funèbres (celle de Turenne est de 4070) et qui, l'année précédente, avait été élevé à l'évéché de Lavaur. C'est Hossuet qui officiait, et Fléchier s'en souvient dans une péroraison un peu froide: « Sacré ministre de Jésus-Christ, qui, dans la chaire évangélique, avec une éloquence vive et chrétienne, avez avant moi consacré la mémoire immortelle de ce grand homme, achevez d'offrir pour lui cette hostie innocente et pure qui lave les péchés et les fragilités du monde. » Son texte, heureusement choisi, était celte parole de VEcclésiasle : « Sa verlu s'est soutenue jusqu'à la vieillesse; elle Ta fait monter aux lieux élevés de la terre : sa postérité a recueilli son héritage, afin que les enfants d'Israël connaissent qu'il est bon d'obéir au Dieu saint. » Mais, en déclarant sa résolution d'envi- .sager non pas la fortune de le Tellier, mais sa vertu, il semble d'avance s'interdire tout ce qui pourrait relever son éloge d*une vie « simple dans sa sagesse, modeste dans son élévation, tranquille dans l'embarras et le tumulte des affaires, uniforme dans ses rondilions différentes ».

Par bonheur, il n'oublie pas autant qu'on pourrait le craindre les grands emplois que le chancelier a successivement occupés, puisqu'il se propose de « recueillir en sa personne la lidélilé du sujet, la sagesse du ministre d'État, la justice d*un chancelier », c'est-à-dire de considérer la carrière de le Tellier jeune avant le secrétariat d'Ktat, les services qu'il a rendus dans ce ministère pendant sa maturité; sa vieillesse enfin, honorée par une dernière et haute fonction.

Mais il sent trop et nous fait trop sentir ce qu'il appelle « le poids » de son sujet : « Où me conduit mon sujet? » s'écrie-t-U ailleurs. Son sujet le conduit à parler de la Fronde, bien qu'il proteste ne pas vouloir rouvrir « des plaies que le temps a déjà fermées. » Après l'esquisse saisissante de Hossuet, il eût mieux fait de ne pas tracer ce portrait délayé et sans relief de Mazarin :

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Déjà, pour le soutien d'une minorilé et d'une régence tumultueuse, s'était élevé à la cour un de ces hommes en qui Dieu met ses dons d'intelligence et de conseil, et qu'il lire de temps en temps des trésors de sa Providence pour assister les rois et gouverner les royaumes. Son adresse à concilier les esprits par des persuasions efficaces,, à préparer les événements par des négociations pressées ou lentes, à exciter ou à calmer les passions par des intérêts et de» vues politiques, k faire mouvoir avec habileté les ressorts, ou de la guerre ou de la paix, l'avait fait regarder comme un ministre non seulement utile; mais encore nécessaire. La pourpre dont il était revêtu, la capacité qu'il fit voir et la douceur dont il usa, après plusieurs agitations, le mirent enfin au-dessus de l'envie ; et, tout concourant à sa gloire, le Ciel même faisant servir à son élévation et sa faveur et ses disgrâces, il prit les rênes de l'Etat ; heureux d'avoir aimé la France comme sa patrie, d'avoir laissé la paix aux peuples fatigués d'une longue guerre, et plus encore d'avoir appris l'art de régner et les secrets de la royauté au premier monarque du monde.

Son sujet le conduisait aussi — toujours après Bossuet ! — à opposer le Tellier et Louvois, le père et le fils, dans un parallèle qui est, ici, une élégante antithèse: «Ils auraient été l'un et l'autre inimitables, si le père n'eût eu le fils pour successeur, et si le fils n'eût eu le père pour exemple. » Il le conduisait enfin à glorifier la révocation de « ce fameux édit qui avait coûté tant de sang et tant de larmes à nos pères »; la destruction de l'hérésie, qui s'écroule tout d'un coup, «comme une autre Jéricho, au bruit des trompettes évangéliques » ; la sagesse du roi, qui gagne les uns « par ses pieuses libéralités », les autres par les marques de sa bienveillance, modère la sévérité des édits par sa clémence, « aimant ses sujets et haïssant leurs erreurs, ramenant les uns à la vérité par la persuasion, les autres à la ckarité par la crainte ». Le chancelier ne fait que « donner le dernier coup à cette secte mourante... Soutenu par le zèle de la religion plus que par les forces de la nature , il consacra par cette sainte fonction tout le mérite et tous les travaux de sa charge. On vit couler de ses yeux, que la foi seule semblait tenir encore ouverts, ces larmes heureuses que tirait de son cœur attendri la piété du roi et la réunion de son peuple. On vit tomber de leur propre poids ces mains fatales à l'erreur, qui ne devaient plus servir désormais à aucun office humain et terrestre. »

Ce discours ne serait pas de Fléchier si la composition en était toujours ferme, et le goût toujours pur. On est étonné de voir, par exemple, le Tellier comparé à Moïse. Mais c'est le discours d'un homme dont le talent est mûr, et les défauts y sont atténués. Il y a des traits vifs et assez bien placés contre l'ambition inquiète de ceux qui ne savent plus mesurer les

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omplois à leurs propres forces, contre cette téméraire jeuncss qui se jette sans étude et sans connaissance dans les charge (îo la robe. II y en a d'inattendus, contre « l'intempérance d*ea prit et la licence d'écrire de ceux qui, par un vain désir d gloire, se font une malheureuse occupation de recueillir leui vaines pensées, et, pour se soulager du poids de leur oisivel et faire perdre aux autres un temps qu'ils perdent eux-méme! Jettent dans le puhlic les fruits amers de leurs études frivoh ou mal digérées ». Mais il y a aussi telle réserve sévère, qui e <lit beaucoup, et qu'on ne trouve nulle part chez Bossuet « Que si k commerce des hommes et la dissipation de l'esprit, ine vitable dans les grands emplois, ont laissé quelque impureté dar une vie aussi saqe et aussi chrétienne, achevez, mon Dieu, d purifier, par le sang de votre fils, cette âme que vous ave conduite dans les voies de la vérité et de la justice. »

Quelques jours après, le 29 mars 1080, ce môme marquis d nrouil,que n'avait pas satisfait naguère Toraison funèbre pro noncée par Bossuet, écrivait à Bussy : « On vous aura san doute mandé que M. l'abbé Fléchier fit vendredi dernier au Invalides l'oraison funèbre de M. le Tellier. Elle fut admiré de tous ceux qui l'entendirent, et surtout de ceux qui avaier entendu celle qu'avait faite M, de Meaux, » Les contemporaii] avaient-ils raison?

l.e c«'»tc obHcur de la \le de le Tellier ; l'homme

et le ntaglniraU

L'oraison funèbre de Michel le Tellier offre deux aspeci assez différents, comme la vie même du personnage qui e ost le héros. Vu du côté'de la vie privée, homme et même mt ^'islrat, il (^st peu intéressant, même si l'on admet, avec Bo! suot, qu'il a été, homme, « la sagesse même »; magistrat, 1 justice incarnée. Mais, d'aulre part, homme pubhc, secrétair d'Etat, cliancolier, il reroit, malgré sa modeslie voulue, au moin le reflet de l'éclat qu'a jeté le grand règne. Il en résulte qu son propre élog(î reste nécessairement un peu terne, mais qu' se relève par l'éloge des grands hommes dont il a été entoura

Pris en lui-même, qu'élait-il? « Quand on lit son oraison fu nèbre, dit Voltaire, et qu'on la compare avec sa conduite, qu

peul-on penser, sinon qu'une oraison funèbre n'est qu'une déclamation?... Dans Bossuet, c'est un sage, c'est un juste; voyez ses actions dans les lettres de M"« de Se vigne : c'est un courtisan intrigant et dur... Le comte de Gramont, en le voyant sortir du cabinet du roi, le comparait à une fouine qui sort d'une basse-cour en se léchant le museau teint du sang des animaux qu'elle a égorgés *. » Il est vrai que passer de Bossuet à Voltaire, c'est passer de l'extrême indulgence à l'extrême injustice. Voltaire a tort, en particulier, d'invoquer le témoignage de M°>^ de Sévigné, qui admire fort, au contraire, la mort de le Tellier : « Sa fermeté dit-elle, sert d'exemple à tous ceux qui veulent mourir en grands hommes, et sa piété à ceux qui veulent mourir chrétiennement. C'est tout ce qui se peut souhaiter que de faire cet heureux mélange'. » D'avance M^^** de Sévigné confirme le témoignage si ému et si précis de Bossuet sur la façon dont ce «' philosophe chrétien » attendit €t accepta la mort.

Dix jours entiers il la considère avec un visage assuré; tranquille, toujours 4tssis, comme son mal le demandait, on croit assister jusqu'à la fin ou à la paisible audience d'un ministre, ou à la douce conversation d'un ami commode. Souvent il s'entretient seul avec la mort : la mémoire, le raisonnement, la parole ferme, et aussi vivant par l'esprit qu'il était mourant par le corps, il semble lui demander d'où vient qu'on la nomme cruelle. Elle lui fut nuit et jour toujours présente; car il ne connaissait plus le sommeilj et la froide main de la mort pouvait seule lui clore les yeux.

Il a su bien mourir; mais a-t-il su bien vivre? Bossuet ne se contente pas de lui accorder un esprit « aussi pénétrant et aussi net qu'il était grave et sérieux », une conversation libre et insinuante, des mœurs sans reproche; il fait de lui le parfait honnête homme et le père de famille exemplaire. C'est le sage à la conscience sereine, qui spontanément affronte l'épreuve de la retraite, si hasardeuse pour les hommes d'État, et, dans sa modeste maison patrimoniale de Chaville, lit, médite sur les erreurs de la vie humaine et sur les vains travaux des politiques, le cœur détaché de l'amour du monde. Mais surtout Bossuet insiste sur la modération désintéressée d'un homme « supérieur à ses intérêts », grand « pour avoir fait céder à la

1. Siècle de Louis XIV, ch. xxv. — Lettres sur les panégyriques, 1767. J'ai coupé un membre de phrase où Voltaire afUrme très faussement que le Tellier <« trahit la cour dans le temps de la Fronde, et ensuite ses amis pour la cour ». Sa fidélité aurait pu être intéressée, mais est historiquement certaine.

i. Lettre du 28 octobre 1685.

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modestie l*éclat ambitieux des grandeurs humaines, l'intérêt particulier à l'amour du bien public ». Il semble que le Tellier ait franchi tous les degrés des honneurs par la seule force d'un mérite qu'on découvrait malgré lui : « Son mérite le fit chercher à Turin sans qu'il y pensât. » Quant aux biens matériels, il les a acquis sans empressement, et il les quittera sans peine : « On a vu ses biens accrus naturellement par un si long ministère et par une prévoyante économie; et on ne fait qu'ajouter à la louange de grand magistrat et de sage ministre celle de sage et vigilant père de famille, qui n'a pas été jugée indigne des saints patriarches. » Ce vigilant père de famille, en effet, fit donner à son premier fils, figé de quatorze ans, la survivance de son ministère, et à son second fils, âgé de vingtsix ans, l'archevêché de Reims, auquel était attachée la pairie. Ku tout il porta, selon le mot de M™« de Motteville, « cette habile et singulière prudence qui lui était naturelle ». Mais on peut être « pruJent» de bien des façons. Recueillons quelques témoignages des contemporains sur cette prudence particulière au père du fougueux Louvois.

M. le Tellier, qui est mori cliancelier de France, avait un bon esprit^ ))caucoup de jugement et une grande expérience dan affaires, ayant passé par tous les degrés. D'ailleurs, il allait h ses lins avec beaucoup d'adresse, et e.rccllaU en putelinage par-des^tus tous les antres. Il était doucereux comme le iniol,(it, dans le fond, aussi malfaisant, dangereux et rancunier qu'un Itn- 11(^1. Jamais il ne se haussait ni ne se baissait ; toujours le môme visage et le mônH^ air, aussi aiïable dans un temps que dans un autre. Ce n'est pas qu'il no fût prompt ol colère; mais il savait prendre son temps. Du reste, il paraissu il fort réglé dans ses mœurs et ses dépenses, et la conduite quMl a tenue lui :i si l)i(>n réussi qu'il a fait une grosse maison et s'est acquis des richesses. itnmenses, qu(; bien des gens ont attribuée k sa seule économie, qui tenait beaucoup de l'avarice i... Il promettait beaucoup et tenait peu;... régulier et «ivil dans le commerce de la vie, où il ne jetait Jamais que des fleurs (e'ètaif aussi tout ce qu'on pouvait espérer (te son amitié) ; mais ennemi dangereux, cherchant l'ocea^ion de frapper sur celui qui l'avait offensé, et frappant toujours. en secrf.'t. par la peur de se faire des envi(;ux, qu'il ne méprisait pas, quelqae pfîtits (iu'IIh fussent 2... Le Tellier fut délié, adroit, souple, rusé, modeste; toujours entre (leur eaux, toujours h son but 8... Il n'eut durant sa vie quelemêrne but qu'oui b^s hommes du commerce dans la leur, et ce but fat d'enri- (-bir sa famille el d'augmenter son pouvoir tous les jours par des charges, par

I des emplois, par des alliances, par des richesses, i)ar des dignités, et surtout

\ par la faveur du roi*.

'* 1. JA/mo7;r« du mar/'ohal do Sîiint-llilairo.

t. Mttmoircs do ('hoiny. (jourvillo a signnio seiilomont chez le Tellier « un pei» do jionchant h. Ih runruno ».

3. Snint-Siiiion, notes sur le Journnl do Dangeau, 31 octobre 1CS5. ■i. Abbé de Saint-IMerre, Anuates politiques.

ORAISON FUNÈBRE DE iMlCHEL LE TELLIER 35

Si Ton fait 1res large, dans ces témoignages, la part de l'exagéralion et même de l'injustice, il n'en reste pas moins que àe Tellier, dans Thistoire, nous apparaît assez ditféreiit de ce qu'il est aux yeux de Bossuet ; adroit plus que droit, modéré par politique plus que par modestie naturelle, ambitieux au fond, mais d'une ambition patiente et silencieuse, c'était, dit le marquis de Sourches, le plus habile des courtisans de son temps. C'était aussi le plus implacable des rivaux : Fouquet et Golbert en ont su quelque chose. Mais, pour en revenir à l'homme privé, il avait plusieurs des qualités de Vhonnéle homme, surtout au sens restreint où l'on prenait ce mot au XVII® siècle; l'élévation de l'esprit et la générosité du caractère lui faisaient défaut. Magistrat, il semble l'avoir été de naissance; mais était-il vraiment de ces juges qui veulent « que les lois gouvernentj et non pas les hommes »? et mérite-t-il d'être associé à Lamoignon dans cette sorte d'apothéose platonicienne : M La justice, leur commune amie, les avait unis; et maintenant ces deux âmes pieuses, touchées sur la terre du même désir de faire régner les lois, contemplent ensemble à découvert les lois éternelles d*où les nôtres sont dérivées; et si quelque légère trace de nos faibles distinctions paraît encore dans une si simple et si claire vision, elles adorent Dieu en qualité de justice et de règle? » Ce n'est assurément pas sa vie terrestre, souple et d'une intégrité toute relative, qui eût préparé le Tellier à cette contemplation de la Justice absolue.

Mais Bossuet parlait devant un auditoire où les magistrats étaient nombreux, et l'on dirait que parfois l'oraison funèbre du grand chancelier se change en un sermon sur la justice. Vues de ce biais, certaines pages de ce discours prennent une singulière valeur morale et même historique. Les juges artificieux qui ne gardent que les apparences de la justice; les juges corrompus et lâches dont la justice arbitraire, sans règle et sans maxime, se tourne au gré de l'ami puissant; ceux qui embrouillent à plaisir les fils d'une procédure malicieuse; ceux qui prononcent, au lieu de jugements, des oracles ambigus et captieux; ceux qui veulent s'agrandir, et changent en une souplesse de cour le rigide et inexorable ministère de la justice, toutes ces âmes prostituées à l'ambition, avec quelle vigueur indignée Bossuet les flétrit I Tout ce beau développement aboutit, il est vrai, à déclarer que la justice « s'est construit un sanctuaire éternel et incorruptible dans le cœur du sage Michel le Tellier » ; mais ce qu'il y a d'excessif dans l'éloge ne doit

1 30 COUUS DE LITTÉJIATUHE

[ pas nous faire oublier ce qu'il y a d'énergiquemeut vrai dan

j la leçon. De môme pour le développement sur le conseil du ro

! présidé par le Tellier, qui par lui « modère tout Te cours de 1

[ justice ».

J Coml)i(!U (lo fois s'est-oii plaint que les affaires n'avaient ni de rè;jlc i

I (l(i fin; que la force des clioses jugôes n'était |)rc8(iuc plus connue; que ]

% cornpap^nie oîi Ton renversait avec tant de facilité les Jugements de toute

2; les autres, iw. resperlnit pas davautaj^e les siens ; enfin que le nom du prinr

ÎJ ('tait employé «^ nnidre tout incertain, et que souvent rinquiétu<le sortait d

lieu d'où elle devait être foudroyée! Sous le sage Michel le Tellier, le con soil lit sa véritable fonclion ; et j'aulorilé de ses arrêts, semblable & un ju.sl contrepoids, tenait par tout le royaume la balance égale. n

j Est-ce qu'il n'est pas facile, ici encore, de retenir ces détail

si curieux pour Thistoire des mœurs et des institutions a

I xvii° siècle, sans être obligé d'admettre que le Tellier ait déra

ciné à jamais tous les abus ? Est-ce que nous n'entendons pa « les gémissements des malheureux plaideurs »? Est-ce qu nous ne voyons pas ce tribunal, (ju'évidemment Bossuet a vi lui-môme, ces juges inattenlif's, ou inquiets, ou distraits, qii vous écoutent par bienséance, pendant que leur pensée es ailleurs, et ceux dont les oreilles sont bouchées par les pré ventions?

Mais ces détails ne pouvaient suffire à l'intérêt d'une oraisoi funèbre telle (pie la conçoit Bossuet, génie épris de grandeui Il donne donc pour cadre à Thisloire des avancements succès

; sifs de le Tellier l'histoire môme de la France, et le discours

après l'exorde, s'ouvre par une belle page historique où liiche lieu et Mazarin sont rapprochés et loués. Dans la premier partie du discours, on sent un peu le procédé, car il y a quel que distance de lUchelieu à le Tellier; mais on admire la briî vêlé saisissante de certains traits : « Le cardinal de Hiclielie

, était parti, peu nîgretté de son maître, (pii craignit de lui de

voir trop. » Dans la scîconde partie, (piand le Tellier arrive au a flaires, le procédé, si c'en est un, semble légitime, et l'on n songe même pas à s'él<»nn(îr (pie les grands hommes groupe iivec art par Bossujît autour de son héros d'un jour soient 1 comme pour lui faire cortège.

Le côté brillant; le Tellier ministre de la guerre et grand chancelier. — Le Tellier, Bossnet et la révocation de Fédlt de liantes*

Le rapprochement de le Tellier et de son fils Louvois n'est pas le seul qui s'offrît naturellement à Tesprit de l'orateur : ce rapprochement, d'ailleurs, serait traité dans un tout autre esprit par un historien, et tournerait à l'antithèse, car le Tellier lui-même semble avoir eu peur quelquefois de son fils, tandis que, chez Bossuet, le fils semble continuer le père, dont les leçons et les exemples l'ont formé. Il y avait des affinités plus réelles entre Mazarin et le Tellier : « Jamais patron et client ne furent mieux assortis : finesse d'esprit, souplesse de caractère, affectation de politesse, modération dans le succès, persévérance dans les revers, tels étaient les traits communs de leur génie. Ces deux hommes s'étaient reconnus au premier coup d'oeil et sentis nécessaires l'un à l'autre. Dès lors ils associèrent leur fortune *. » Bossuet montre seulement, et avec finesse, quel genre de services le Tellier, toujours maître de lui-même, et « supérieur par cet endroit au ministre môme », a pu rendre, non sans courage, à l'impatient et soupçonneux Mazarin, toujours « ennuyé de son état » dans l'exil, toujours prêt à revenir trop tôt à la cour. Il nous peindra bientôt de couleurs plus vives, mais toujours avec la même vérité, Mazarin expirant avec la triste consolation d'être demeuré le maître jusqu'au bout : « Au plus haut point de sa gloire, sa joie est troublée par la triste apparition de la mort; intrépide, il domine jusqu'entre ses bras et au milieu de son ombre... »

Tous ces tableaux et ces portraits ne sont point des horsd'œuvre éclatants, et Bossuet, s'il retrace l'image des malheurs de la Fronde, n'a pas tort, là où les Maboul et même les Fléchier hésitent et se troublent, dépenser et de dire qu'il n'a point à s'en excuser. On ne voit même pas comment il eût pu donner à cet homme et à cette vie quelque apparence de grandeur s'il avait fait abstraction des grands événements dont le Tellier avait été le témoin et l'acteur pluâ ou: moins indépendant. S'il appuie

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