‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 66 sur 178 · Lenet, A/riiioircs · texte numérisé non relu

Lenet, A/riiioircs

prendre et aimer aussi Racine, qu'il défendit dans la querelle de Phèdre, au point de faire savoir au duc de Nevers qu'il vengerait comme faites à lui-même les insultes qu'on s'aviserait de faire à deux hommes d'esprit qu'il aimait et qu'il prenait sous sa protection. Le second de ces hommes d'esprit était Boileau, dont les Èpîtres donnent à Gondé plus d'une louange magnifique ou délicate. On sait quelle reconnaissance Molière croyait devoir au prince qui faisait jouer chez lui Tartuffe interdit*. Mais si l'on avait pu cultiver cet esprit, on n'avait pu dompter ce caractère. Lui-même la Bruyère, familier de Chantilly, qui trace son portrait sous le nom d'^Emile dans son chapitre du Mérite personnel, en lui accordant a une âme de premier ordre, pleine de ressources et de lumières », regrette qu'il lui ait manqué « les moindres vertus ». Son amie M*'® de Montpensier, qui peint avec complaisance « sa mine haute et relevée, ses yeux fiers et vifs », est obligée de convenir qu'il est « quelquefois chagrin, colère, et même emporté ». Le marquis de la Fare, moins discret, assure qu'il était « furieux de son naturel ». Bussy, qui a été son lieutenant, ne le traite guère mieux : « Il avait de la foi et de la probité aux grandes occasions, et il élait né insolent et sans égards; mais l'adversité lui avait appris à vivre. » C'est le Condé encore heureux que Lionne caractérise en disant : « S'il arrive qu'on lui refuse une simple bagatelle, alors il n'est plus maître lui-même de ses mouvements ni de ses actions. »

Ces défauts du caractère ne devaient produire leurs effets que plus tard. On ne les verra pas ou on les pardonnera facilement chez le jeune capitaine qui fait ses premières armes à dix-neuf ans, au siège d'Arras, et qui, bientôt après, triomphe à Hocroy (19 mai 1643), à Fribourg, à Nordlingen, à Dunkerque, à Lens. Alors on ne prenait plus garde à ce nez aqui-

1. « Huit jours après qu'elle (la comédie de Tartufe) eut été défendue, on représenta devant la cour une pièce intitulée : S caramouehe ermite, et le roi, en sortant, dit au grand prince que je veux dire : « Je voudrais bien savoir pourquoi V. les gens qui se scandalisent si fort de la comédie de Molière ne disent rien de « celle de Scnramouche. » A quoi le prince répondit : « L>a raison de cela, c'est « que la comédie de Scaramouche joue le riel et la religion, dont ces messieurs-là « ne se soucient point; mais celle de Molière les joue eux-mêmes : c'est ce qu'ils 4< ne peuvent souffrir. » (MuukitE, [tréCace de Tartuffe.) Dans les notes de son édition des Oraismis funèbres, M. Hébelliau cite un curieux jugement des mémoires latins de Daniel Hu"t sur la science universelle du prince et sur sa passion pour la lecture. Le duc d'Auniale nous a fait connaître Condé amateur d'art, colle<'tionneur de tableaux et de livres. Malebranche respectait les jugements de Condé « comme des arrêts décisifs, comme ceux de la personne la plus éclairée et la plus équitable qu'il connaisse. » On appelait Chantilly l'écueil des mauvais livres.

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lin trop fort, à celle bouche Irop grande, à ces dents mal rangées H trop saillantes : « On eAt dit qu'un nouvel esprit ranimait, oi qu'il devenait lui-même le dieu de la puerre*. » C'est alors la physionomie de Taiple : la comparaison se présente d'elle-même à l'espril de M™« de Molteville comme à celui de Bussy. Celui-ci, qui le rencontra dans les tranchtît^s françaises autour de Mar- <iick ;iOtO;, r<'*pL*e h la main, le poi^met de sa chemise ensanglanta, croyait voir « un de ces labl>.'aux où le peintre a fait un effort d'imagination pour bien représenter un Mars dans la riiaieiir du combat ». iMais, au lendemain de ces journées glorieuses, retombé dans les pelilessf^s do la vie, le héros s'y débattait misérablement. Richelieu l'avait contraint à épouser sa nièce, Clémence de Maillé-Brézé; il n'avait obéi qu'en frémissant. xMazarin le ménagea davantage, lui fournil même l'occasion de vaincre et d'illustrer les débuts de la régence, mais se défia toujours de lui, et, lassé de ses orgueilleux dédains, finit par jeter dans le parti des frondeurs celui qui, dans la première Fronde, avait commandé l'armée do la cour, alors que son frère le prince de Conti et sa sœur M"® de Longueville s'enfermaient dans Paris qu'il assiégeait.

Ce qui suivit, l'emprisonnement et la délivrance des princes, la guerre civile, la chevauchée d'Ag«'n à Hléneau, la bataille du faubourg Saint-Arïtoine, le massacre de l'IliMel de ville, la seconde rentrée de la cour à Paris, le départ de Condé pour les Pa}s-Has, où il n'est plus qu'une sorte do condottiere au service de l'élranger, comme ce Charles de Lorraine qui vivait de son épée (;t dont la vie aventureuse l'avait tenlé plus d'une fois, la paix des Pyrénées, la longue inaction à laquelle le condamne l;i défiance du roi, les deinières campagnes en Franche-Comté ef en Hollande, la retraite finale à Chantilly, on n'a nul besoin d'y insisl(!r ici, et parce (jue c'est de l'histoire, et parce que (•<tte hisloire a été racontée par Hossuet de façon k décourager mèmt; les liisloritMis. Pendant tout ce temps, sa figure est diviîsement éclairée, s(îlon (jn'il se bat ou négocie, car ce soldat e;-t nn médiocre politique. Hetz, polit i(jue avant tout, lui rere|)rocliait de manfpier d'esprit de suite. H lui est arrivé parfois «h* sembler maii(|ner mémede droiture, quand il s'est abandonné à certaines intluences équivoques. Mais il ne semble pas ({d'il ait jamais manqué de cœur, (;t l'on a plaisir Rapprendre (les contemporains (jue, les jours même de bataille, il était

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