‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 68 sur 178 · I. Lfllres du 13 novembre lOHOet 15 jauvicr I · texte numérisé non relu

I. Lfllres du 13 novembre lOHOet 15 jauvicr I

ORAISON FUiNÈBRE DU PRINCE DE CONDÉ 11

an peu de mots que de dire qu'il a joint à la beauté de sa vie toute héroïque une mort toute chrétienne, et s'est également acquitté des devoirs de bon chrétien, de fidèle sujet, de bon père et de bon maître, et qu'en vingt-quatre heures il a réglé toutes ces choses avec une fermeté, une tranquillité, une douceur et une étendue d'esprit qui le faisaient paraître comme en un jour de bataille, car on dit que dans ces occasions-là il était parfait, et la mort, qui est la plus importante action de notre vie, a été aussi le plus bel endroit de la sienne.

L'histoire dans l'oraison funèbre de Condé* — La bataille de Rocroy racontée par M"® de Scndéry, M*"® de la Fayette, Bossuet et Voltaire*

Avant de peindre le caractère de l'homme, de l'ami, Bossuet avait déïîni avec force et précision les grandes qualités du général. Il ne dit plus, comme autrefois, à Metz, dans le sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dœu : « La folle éloquence du siècle, quand elle veut élever quelque valeureux capitaine, dit qu'il a parcouru les provinces moins par ses pas que par ses victoires. Les panégyriques sont pleins de semblables discours. Et qu'est-ce à dire, à votre avis, parcourir les provinces par des victoires? n'est-ce pas porter partout le carnage et la pillerie?... Son âme de Français semble devenir une âme de soldat pour célébrer « un de ces hommes extraordinaires qui forcent tous «les obstacles », et il considère longuement par cet endroit le génie de son héros, « puisque, pour notre malheur, ce qu'il y « a de plus fatal à la vie humaine est en même temps ce qu'elle « a de plus ingénieux et de plus habile. » C'est un véritable enthousiasme qu'on sent en des phrases comme celle-ci : « Aussi vifs étaient les regards, aussi vite et impétueuse était l'attaque, aussi fortes et inévitables étaient les mains du prince de Condé. » Mais voici un autre aspect de ce génie : dans le feu des grandes occasions, il a l'esprit le plus net, le plus posé, « tant son esprit s'élevait alors, tant son âme leur paraissait éclairée comme d'en haut en ces terribles rencontres : semblable à ces hautes montagnes dont la cime au-dessus des nues et des tempêtes trouve la sérénité dans sa hauteur, et ne perd aucun rayon de la lumière qui l'environne. » Celui de ces jours à la fois terribles et sereins qui est resté le plus vivant dans l'imagination des contemporains et de ceux qui

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les ont suivis, c'est le jour de Rocroy, qui est comme le Cid (lu jeune capitaine. Voiture lui écrivit une de ses lettres les moins frivoles*. Dans son roman de Zaïde, antérieur de dix ans à l'oraison funèbre, M""" de la Fayette se souvient visiblement d'un récit qui lui avait été fait des trois charges de Condé.

Celle infanterie l'utlL-ndil de pied ferme, et, ouvrant ses bataillons, les gen» (le trait firent un effet si prodigieux, que nos troupes ne les purent soutenir. Consalve les remit en ordre, et recommença la même attaque jusqu'à troix fois. Enfin, il enveloppa cette infanterie de tous côtés, et, louché de voir périr de si Oruves gens, il cria qu'on leur fit quartier. Ils mirent tous les armes bas, et, se jetant en foute autour de lui, ils semltlaient n'avoir d'autre application qu'à admirer sa clémence après avoir éprouvé sa valeur.

Longtemps avant M"" de la Fayette, M"® de Scudéry avait raconté^ (1653), dans les moindres détails, le même événement; mais Condé, chez elle, est Cyrus, et les Kspagnols sont les Massagètes. En lisant ce long récit, on est tenté parfois de se demander si Bossuet ne l'avait pas lu; mais le romancier et l'orateur chrétien ont dû puiser aux mêmes sources. Bossuet^ plus précis encore dans sa sobriété que M"<» de Scudéry dans son abondance un peu prolixe, a cotmu aussi la relation du baron de la Moussaye, aide de camp de Condé, publiée en 1673, mais connue de lui, sans doute, sous sa forme première, et où nous lisons, par exemple : « Le conseil de se retirer ne pouvait être pris d'aucun des deux chefs, et les deux armées se trouvaient enfermées dans une enceinte de bois comme dans un champ clos duquel elles ne pouvaient sortir sans une perte ou sans une victoire tout entière. » Mais le récit du Grand Cyrus n'en est pas moins saisissant d'exactitude ; « 11 ne restait donc

1. En voici une partie : « Si vous saviez de quelle sorte tout lo inonde est dérliainé dans Paris à discourir de vous, je suis assuré que vous en auriez honto, cl ipto vous seriez, utoniiè de voir avec combien peu de respect et peu de crainte d& vous (tcplairu tout lo peuple s'entretient de ce (juo vous ave/, fait. A dire la vérité^ ça clé trop de hardiesse; et de violence à vous d'avoir, h l'àgo où vous êtes, choqué deux vieux capitaines (|ue vous deviez respecter, quand ce n'eût été que pourleur oxpcrioncc ; fait tuer le pauvre cumt<; de Kontainc, qui était, h ce qu'on dit, un de» Mioiileurs hommes des l'Iandres, et à qtii le prince d Orange n'avait jamais osé tottclicr ; pris seize piec«!S de canon (]ui appartenaient à un prince, oncle du roi, frère de la reine, et ave<* (jui vous n'aviez jamais eu de différend; enfin mis en désordre les nietlloures troupes d(>s Kspagnols, qui vous avaient laisse passer avec tant de bonté. Je ne sais pas ce qu'en dit le 1*. Musnier, mais tout cela est contre les bonnes mœurs, et il y a là. ce me semble, grande matière de confession. J'avai» bien ouï dire que vous étiez opiniâtre comme un diable, et qu'il no faisait pas bon vous rien disputer. Mais j'avoue cpie je n'eusse pas cru que vous vous fussiez emporté à ce point-là : si vous continuez, vous vous rendrez insupportable à toute l'Kurope, et ni l'empereur ni le roi d'Kspagne ne pourront durer avec vous. »

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