‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 7 sur 178 · Voir rédition qu'en a donnée M. Gazier, chez Belin · texte numérisé non relu

Voir rédition qu'en a donnée M. Gazier, chez Belin

qui, en jouant son Malade imaginaire ou son Médecin par force, reçut la dernière atteinte de la maladie dont il mourut peu d'heures après, et passa des plaisanteries du théâtre, parmi lesquelles il rendit le dernier soupir, au tribunal de Celui qui dit : u Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez. »

Les tragiques anciens sont mis, pour la gravité, la sagesse, la simplicité, fort au-dessus des tragiques chrétiens. Bossuet les loue, avec quelque exagération et quelque inexactitude môme, d'avoir renvoyé à la comédie la passion de Tamour. En fin de compte, les seules représentations qui soient déclarées innocentes sont celles que les jésuites donnent dans leurs collèges, surtout le jour de la distribution des prix, et encore « le meilleur est, après tout, qu'elles soient très rares ». Nous n'avons point sur la terre, depuis le péché, de vrai sujet de nous réjouir; aussi Jésus, qui a pris nos faiblesses et nos douleurs, n'a-t-il pas pris nos joies, ne voulant pas « que ses lèvres, où la grâce était répandue, fussent dilatées une seule fois par un mouvement qui lui paraissait accompagné d'une indécence indigne d'un Dieu fait homme ». Ce livre décourageant aboutit donc à la condamnation, non plus seulement de la comédie, mais de la gaieté qui se traduit par le rire.

11 n'en suggère pas moins, même à ceux qui en repoussent la doctrine, plus d'une réflexion sérieuse. Les modernes ne voient pas partout le péché, partout la concupiscence; mais lorsque Bossuet montre l'homme cherchant à s'étourdir et à s'oublier soi-même, « pour calmer la persécution de cet inexorable ennui qui fait le fond de la vie humaine, depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu », ils voient là, s'ils sont sincères, autre chose qu'une déclamation. Cette même question sera reprise, un demi-siècle plus tard, avec la même gravité et la même passion, par un homme bien différent de Bossuet et qui pourtant rajeunira quelques-uns de ses arguments : dans sa Lettre à d'Alembert sur les spectacles, J.-J. Rousseau attaquera aussi et Molière et Racine et tout le théâtre français, qui « ne respire ^ue la tendresse ». Sans entrer dans ce débat, pourquoi ne pas l'avouer? nous préférons aux rigueurs sans mesure de ces apôtres les sévérités, au moins humaines et nuancées, d'un Fénelon.

Bossnet et Fénelon : la querelle du qniétisme*

Bossuet et Fénelon commencèrent par être amis, malgré la différence des âges; mais ils ne pouvaient le rester; il y avait entre eux des différences trop profondes, et la querelle du quiétisme ne fut qu'une de ces occasions de rupture qui naissent lot ou tard entre des esprits mal faits pour se comprendre. Bossuet, dépositaire et champion de la foi traditionnelle, avait rhorreur de toutes les nouveautés en religion plus encore qu'en politique; Fénelon, plus souple et plus ondoyant, moins affermi dans la certitude, était d'une orthodoxie, pour ainsi dire, plus vacillante : il pensait par lui-même, il rêvait, il imaginait en tout un idéal qui a pu être jugé parfois chimérique. Alors que Bossuet, théologien avant tout, appuie tous ses discours et tous ses ouvrages sur le roc inébranlable du dogme interprété par les Pères, et ne cite que les Pères ou l'Écriture, Fénelon, lettré délicat, érudit, bel esprit, mêle dans ses souvenirs, dans ses citations, l'antiquité païenne à l'antiquité chrétienne, et semble, à de certains moments, disciple de Platon plus encore que de saint Augustin. Enfin et surtout, alors que Bossuet est tout raison, Fénelon est un homme de sentiment : c'est au sentiment qu'il doit ce charme indéfinissable qui encore aujourd'hui agit sur nous; mais c'est le sentiment aussi qui l'engagera si avant dans le parti de la mystique M"^^ Guyon.

Tout ce qui est mysticisme pur, c'est-à-dire sentimentalité" religieuse, devait éveiller la défiance de Bossuet, homme d'action et pour qui les actes sont l'essentiel de la religion véritable. M™«de Maintenon disait de lui qu'il n'était pas dévot, et luimême ne faisait pas difficulté de reconnaître qu'il avait peu lu les auteurs mystiques. Il a composé le panégyrique de sainte Thérèse, repris plus tard par Fénelon ; mais là où Fénelon semblera s'appliquer à amoindrir la vie consciente et volontaire au profit de la contemplation extatique, Bossuet fait appel aux forces vives de l'âme et les fortifie ». On a remarqué même qu'il accorde assez peu d'autorité à François de Sales, ce Fénelon du xvi« siècle, qui a eu « plus de bonnes intentions q}ie de science ».

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