M"»» de Sévigné, lettre du 25 avril
(8 COURS DE LITTÉRATUHE
Maia, sans vouloir excuser ce qu'il a si hautement condamné lui-même, disons, pour ii'fiii parler jamais, que, comme dans la ploire éternelle les fautes des saints pénitents, couvertes de ce qu'ils ont fait pour les réparer et de Téclat infnii do la divine miséricorde, ne paraissent plus; ainsi dans des fautes si sincèrement reconnues, et dans la suite si glorieusement réparées par de fidèles services, // ne faut regarder que l'humble reconnaissance du prince qui s'en repentit, et la clémence du grand roi qui les oublia.
La reconnaissance du prince, la clémence du roi, quel admirable équilibre! Mais Tassimilation des « saints pénitents » et de Gondé n'est-elle pas excessive? et pour pallier la défection de Gondé, est-ce assez de nous apprendre que, du moins, il ne laissa pas avilir chez les étrangers la grandeur de sa maison, ^ui garda le pas sur celle d'Autriche? A propos des négociations de la paix dos Pyrénées, est-il exact de nous montrer Gondé, ce Gondé (jui tergiverse et chicane, comme une grande victime qui se sacrifie au bien public? Il est vrai que Bossuet a devant lui le duc d'Enghien et le duc de Bourbon, fils et petit-fils de Gondé, si durement traités par Saint-Simon; qu'il est réduit h. les louer, et qu'il les loue avec délicatesse, mais non de façon à persuader la postérité des vertus qu'il leur a trop généreusement prêtées.
Mais le morceau. qui frappa le plus les contemporains, c'est le parallèle de Turenne et de Gondé. M™® de Sévigné trouvait ce parallèh; « un peu violent* ». Il est vrai qu'elle répondait à. une lettre de Biissy.
Je ne vous dirai que deux mots. Madame, sur votre lettre du 10 de ce Tnois où vous me parlez de la pompe funèbre de M. le Trince. Nous l'avons vue ici imprimée. 11 est vrai qu'elle est fort extraordinaire, et digne du mort pour qui elle est faite. Comme j'ai ouï parler de l'oraison funèbre qu'a faite M. de Meaux, elle n'a fait honneur ni au mort ni îi l'orateur; on m'a mandé que le <;omte (le (îrainonl, revenant de Notre-Dame, dit au roi qu'il venait de l'oraison fnnM)re de M. de Turenne. Kn effiîl, on dit que M. de Meaux, comparant ■ces deux f,Mands capitaines sans nécessité, donna à M. le Prince la vivacité Aii la fortune, et à M. de Turenne la prudence et la bonne conduite'^.
De quoi élaienl choqués h^s contemporains? De ce que Turenne était mis en parallèle avec le premier prince du sang? de ce que, comme le disait Gorbinelli, le familier de M"*" de Sévigné, le parallèle avait été poussé jusqu'à la comparaison de leur mort, « l'avantage du côlé de M. de Turenne étant trop
1. Lotlro du 25 avril lt»H7. Kilo reconnaît (\y\(i l'oraison de Rossuftt est « fort bollo et do main de niaitro », mais n'admire pas moins celle do Uourdnlouo.