Voir Tétude sur les Sermons, p. 49 et suivantes
citera que quelques-uns parmi les derniers. Dans son Institua tioii ckrdtienne, Calvin s*élève contre ceux qui prétendent « enclore et limiter dedans l'influence et le cours de la nature » cette Providence « toujours veillante, pleine d'efficace et d'action », qui gouverne sans cesse « tous les gouvernements particuliers ». Au huitième chapitre du Socrate chrétien de Balzac, on lit une page un peu apprêtée, mais forte, sur Attila fléau de Dieu.
Il d(;vait périr, col homme fatal, il devait périr, dès le premier jour de «a coiiduilc, par une telle ou une telle entreprise; mais Dieu se Touiait servir de lui pour punir le ^enre humain et tourmenter le monde : la justice de Dieu He voulait vcn^^er et avait choisi cet homme pour être le ministre d(> ses vengeances. La raison concluait qu'il tomb&t d'abord par les maximes qu'il a tenues; mais il est demeuré lonfiftcmps debout par une raison plus haute qui l'a soutenu. Il a été affermi dans son pouvoir par une force étrangère et qui n'était pas de lui, par une force qui appuie la faiblesse, qui anime la lAcheté, qui arrête les chutes de ceux qui se précipitent, qui n'a que faire des bonnes maximes pour produire les bons succès Cet homme a duré pour travailler au dessein de la Providence. Il pensait exercer ses passions; il exécutait les arrêts du Ciel... Il est très vrai qu'il y a toujours quelque chose de divin, disons davantage, qu'il n*y a rien que de divin dans les maladies qui travaillent les États. Ces dispositions, cette humeur, cetlo fièvre chaude de rébellion, celte léthargie de servitude, viennent de plus haut qu'on ne s'imagine. Dieu est le poète, et Un hommes ne sont que tes acteurs. Ces grandes pièces qui se jouent sur la terre ont été composées dans le ciel, et c'est souvent un faquin qui en doit être l'Atrée ou l'Agamemnon. Quand la i*rovidence a quelque dessein, il ne lui importe guère de quels instruments (tt de quels moyens elle se serve. Entre ses mains tout est foudre, tout est tempête, tout est déluge, tout est Alexandre, tout est César; elle peut faire par un enfant, par un nain, ce qu'elle fait par les géants, par les héros... Cett(; main iiivisil)l(% ce bras qui ne paraît pas, donne les coups que le monde sent; il y a bien je ne sais quelle hardit^sse qui menace de la part de l'homme; mais la force qui accable est toute de Dieu.
('o n'ost plus un rhéteur chrétien, c'est un croyant passionné, un îipolo^'istft, qui s'écrie dans les Pensées: « Qu'il est beau tle voir, par les yeux d(; la foi, Darius et Cyrus, Alexandre, les Romains, Pompée ot Hérode, aj^ir, sans le savoir, pour la gloire do rKvan^'ile! » Kn ces (juclcjucs lignes d'une brièveté saisis-
nomctit et un «'•[(Mix'iit do fixité. On on découvre les trncos dans les éloquentes Mi'dif niions de saint Augustin. Déjà cllo c^t (Haironiont dévoloppéo par Husëbe et par Siil|)i(M> Sévt^ro ; ricu n'est plus raeîle (|uc d'en Hui\ re les grossières applications dans tout*' la suilo du moyen âge, jusqu'à ce qu'elle vînt lombor aux pieds de Bosf4uct. Conunent 11 l'a recueillie, on lo sait, et par quel art l'histoire du genre humain devint uriu sublime épopée qui a son rommenrcment, ses péripéties, son unité, ion lUiTvcilleux, et dont la maiiirestalion <lu i)ii>u-Ilommc est le seul dénouement. » (lî. OuiNKi, lulroduetion aux Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité ^ ])ar Ilerdrr, 1827; Levrault.)
santé, Pascal, comme Ta dit Sainte-Beuve, ouvrait bien des perspectives que Bossuet devait parcourir et remplir. Mais fautil ajouter, avec l'auteur de Port-Royal^ : « C'était tout un programme que son génie impétueux dut à Tinstant embrasser^ . comme Tœil d'aigle du grand Gondé parcourait l'étendue des batailles »? Bossuet avait lu aussi Balzac, comme le prouve récrit adressé au cardinal de Bouillon jeune. Mais il avait Iijl surtout l'Écriture et les Pères. Dès les sermons de la jeunesse, nous l'avons vu^, les idées qu'il développera dans le Discours lui sont familières. Les deux sermons sur la Providence (1656 et 1661) exposent déjà avec autant de clarté que de force les règles de « cette sublime politique qui régit le monde ». Plus tard, dans certaines oraisons funèbres, comme celle de la reine d'Angleterre, l'idée de la Providence fera si bien le fond du discours, que tout s'y explique par elle et ne s'explique que par elle. En même temps que le Discours^ sur l'histoire universelle, Je précepteur du dauphin écrivait pour son royal élève la Poli" tique tirée de l* Écriture sainte. On y Ut des « propositions » €omme celles-ci : « C'est Dieu qui fait les rois, et qui établit les maisons régnantes. Comme il donne les royaumes, il les coupe par la moitié quand il lui plaît... Dieu décide delà fortune des États... Il n'y a point de hasard dans le gouvernement des cho-^ ses humaines, et la fortune n'est qu'un mot qui n'a aucun sens... Comme tout est sagesse dans le monde, rien n'est hasard... Il y a une Providence particulière dans le gouvernement des choses humaines... Les rois doivent plus que les autres s'abandonner à la providence de Dieu. » Politique et Discours sont, au fond, le même livre, et donnent la même leçon, utile à tous les hommes sans doute, mais avant tout aux princes.