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MADAME DE MAINTËNON 9
aie lui dire, elle est ravie*. Les lettres vraiment tendres sont rares dans sa correspondance; mais il semblé, da moins, qu'elle ait connu et goûté le sentiment de Tamitié dans ce qu'il a de délicat et même de vif. « Je trouve, écrit-elle, quand nous pj»dons nos amis, qu'il est plus doux de penser qu'on les suivra^ que de penser qu'on vivra sans eux^ » Saint-Simon, qui la traite si durement, reconnaît qu'elle resta toujours fidèle à ses anciens amis. Il faudrait faire une exception peut-être pour Fénelon, qui n'est pas des plus anciens, il est vrai. On sait comment, selon l'expression de Fénelon lui-même, le cœur de M"*« de Maintenon se resserra peu à peu pour lui à mesure que la disgrâce des défenseurs du quiélisme sembla plus assurée. Plus tard, quand Fénelon mourut, c'est sur le ton d'une sèche indifférence qu'elle mentionna sa mort : « Je suis fâchée de la mort de M. de Cambrai : c'est un ami que j'avais perdu par le quiétisme, mais on prétend qu'il aurait pu faire du bien dans le concile (àla Chétardie, curédeSaint-Sulpice).» M. E.de Broglie, qui cite cette lettre, ajoute qu'il est impossible d'être moins sensible et de donner une plus pauvre idée de son cœur. Mais il ne faut pas demander à M™« de Maintenon d'aimer ceux que Louis XIV n'aimait pas, et Louis XIV n'aimait pas Fénelon. Elle manifeste dans ses lettres sa surprise de l'obstination que met Fénelon à défendre M"»« Guyon, leur amie commune. Pour elle, elle était trop raisonnable pour être obstinée de cette façon. Son amour de la règle et de l'ordre lui interdisait de rester longtemps attachée à ceux que le sentiment inspirait ei parfois égarait.
N'ayant guère été fille, n'ayant jamais été mère, elle n'avait point connu les joies de la vie de famille. Très peu épouse, car elle n'était qu'une enfant quand elle s'unit sans amour à un malade, et, quand Louis XIV Téleva jusqu'à lui, elle touchait à la cinquantaine, elle n'avait pu, dans son isolement et sa pauvreté, se fier qu'à de rares amis, et, dans son élévation, elle était condamnée à ne s'en plus faire de nouveaux ou à se défier de ceux qui s'oflraient. Comment s'étonner d'une certaine tristesse répandue sur tout ce qu'elle écrit? Et pourtant en cela même elle garde sa modération habituelle, et cette tristesse est tempérée par une sorte de sérénité résignée, qui, lorsqu'elle s'éclaire d'un demi-sourire, ressemble quelquefois à de la
1. Lettre à M°** de Dangeau, 14 août 1698 : « On me respecte trop présentement pour m'ai mer. »