‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 86 sur 178 · Lettre à M»» de Glapion, 4 avril · texte numérisé non relu

Lettre à M»» de Glapion, 4 avril

gaielé, mais à une gaieté grave. On peut l'en croire quand elle assure qu'elle n'est point triste naturellement*. Elle avait de l'esprit, et môme, surtout au temps de sa jeunesse, un esprit amusant au dernier point : c'est son ennemi Saint-Simon qui l'affirme. C'est peu à peu, semble-t-il, que la contrainte d'une vie toujours dépendante, ou l'obligation qu'elle s'impose ellemême de jouer un rôle, jette une teinte plus sombre sur son caractère et sur son langage. Jeune, elle a déjà l'idée d'une fatalité qui la prédestine à ne pas connaître le bonheur ni le repos-. C'est bientôt une idée fixe, confirmée par sa fortune môme. Ue moins en moins, en etfet, à mesure qu'elle s'élève, elle est libre et maîtresse d'elle-même. Gouvernante des enfants de M"^** de Montespan, elle se voit plus assujettie qu'elle ne l'était dans sa condition précaire déjeune veuve. Épouse du roi, sinon reine, elle va respirer enfin? Jamais elle ne fut plus esclave, et cet esclavage, elle semble chercher les occasions de nous en faire connaître le poids accablant.

Le vide et Teiinui de la vie à la cour. — M"^^ de Maintenons le roi, les coui*ti«4an.St — Llilstoirc morale chez M***^ de iMsiiiitenoii.

Elle en parle trop, et toujours sur le même ton. Jamais feniniP, avant M'"° duUeifant, n'avait eu cette profondeur dans le sentiment de l'ennui : « Je m'enimie ici àlamort'». Ce n'est pas un cri cpii lui échappe dans un jour de mélancolie, c'est presque un refrain de tous les jours.

Que ne puis-jt; vous doiiiier mon expérience ! que ne puls-je vous faire voir r<'iinui ((ui dt'vore les f,M";uids, et la j)eine qu'ils ont à remplir leurs journées ! Ni! voyez-vous i)asqueyV meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait j)ein(i à iin;i^'iiier, et qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empôche d'y t^uccouilxM? J'ai <■!(! jeune cl jolie; j'ai goûté des plaisirs, j'ai été aimée jj.iitdul; dans uu ù'^ii un j)(?u j)lus avancé, j'ai passé des années dans le coniujcice (le resprit; je suis venue à la faveur, et je vous proteste, ma chère lille, que tous ces étals laissent un vide afl'reux, une inquiétude, une

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