‹ Cours de littérature (volume 4)Chapitre 92 sur 178 · l'uni II cl Ci, dialof^'iie I · texte numérisé non relu

l'uni II cl Ci, dialof^'iie I

en faveur de l'âge nouveau. « Notre siècle, dit M™® de Lambert, lui doit beaucoup : elle a protesté contre Terreur commune qui nous condamne à l'ignorance. Les hommes, autant par dédain que par supériorité, nous ont interdit tout savoir; j^Ime Dacier est une autorité qui prouve que les femmes en sont capables. » C'est à d'autres inspirations pourtant que ^ime de Mainlenon obéit; ce sont d'autres modèles qu'elle se propose. Elle avait lu, sans doute, le Traité du choix et de la méthode des études (1686), où Tabbé Fleury demandait si la femme n'avait pas, aussi bien que l'homme, une raison à conduire, une volonté à régler, des passions à combattre, une santé à conserver, des biens à gouverner, et si, pour faire tout cela, il suffirait d'apprendre « le catéchisme, la couture, chanter, danser et s'habiller à la mode, faire bien la révérence ». Plus certainement encore, elle a lu et goûté la charmante consultation de Fénelon si improprement intitulée Traité de l'éducation des filles. On a dit que l'éducation de Saint-Cyr semble réglée sur le Traité de Fénelon. Ceci encore est vrai à la fois et faux, faux de l'éducation générale donnée à Saint-Cyr, et qui ne fut pas toujours si différente de celle d'un couvent; vrai de l'éducation donnée dans le Saint-Cyr de la première époque et de la première « manière ». D'autres n'ont p"as complètement raison non plus lorsqu'ils affirment, en sens opposé, que jamais l'influence de Fénelon ne s'est exercée sur les études à Saint-Cyr*. Il serait surprenant que cette influence eût agi sur M™e de Mainlenon, personnellement, pendant une période de temps assez longue, sans agir sur l'œuvre, où elle mettait son âme. Mais que l'influence de Fénelon persistât longtemps, cela eût été plus surprenant encore. Fénelon, considéré comme éducateur, n'est pas moins homme du monde qu'homme d'Église ; il Test peut-être davantage, et c'est à vivre dans le monde qu'il prépare des jeunes filles de qualité. M'»^ de Mainlenon prépare des jeunes filles nobles, mais pauvres et humiliées de leur condition déchue, à une vie qui sera toujours ingrate, si elles ne font un riche mariage ou si elles n'entrent au couvent,

I. M Jamais, à aucun moment, le programme de Fénelon n'a été applique à Saint- Cyr, car M""" de Mainlenon élevait les jeunes filles pour le couvent, tandis que Fénelon les élevait pour la famille. Le programme de Fénelon comprenait la lecture," l'écriture, la grammaire, les quatre règles de rarithmétique, les histoires grecque et romaine, l'histoire de France, l'économie domestique, le droit, la musique, la peinture... Où voit-on la trace de ces enseignements à baint-Cyr? On no peut au contraire rien rêver de plus dissemblable ». (C. Sêb, l'Enseignement secondaire (Jes Jeunes filles, 15 juin 1893.)

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(le sorte qu'elle doit les élever à la fois pour le couvent et pour le moîidc, mais pour un monde qui n'est pas celui des Beauvilliers et des Ghovreuse. Elle n'est donc pas tout à fait aussi à son aiso que IY;nolon pour tracer un plan d'éducation séduisant (ît varié. Krtt-elle eu ce qu'elle n'avait pas, rimaginalion et l(î sonUm'Mit d'un Fénelon, elle n'en eût pas l'acilement trouvé l'emploi. Son devoir m(>me lui eût interdit de former par une é(luoatif»n riante, h une vie qui ne l'était pas, ces jeunes fllles que Dion ', elle n'en doute pas, lui avait confiées. A ne consi- (léror donc que la nature de l'œuvre, on se persuade qu'elle devait, ai)rOs les premiers enclianlements, devenir ce qu'elle est devenue, et prendre, pour ainsi dire, une teinte plus sombre.

Mais, si l'on considère le caractère et l'àmo de la fondatrice, pout-on comparer à la dévotion distinguée et mystique du grand seigneur, précepteur d'un prince du sang et bientôt archevêqueduc de Cambrai, la dévotion plus positive et pratique, mais aussi plus étroite, de la parvenue, qui choisit pour directeurs do conscience un abbé Gobelin et un Godet des Marais? Dans cette luno de miel de son union avec Saint-Cyr, suivant de près l'union avec le roi, M'"^ de Maintenon laissait épanouir en elle cl hors d'ulle tout ce qu'elle pouvait avoir de tendre et de gai. Kllc «'niprunto alors h Fénelon un i>eu de son sourire, à Racine nn pnu (lo sa sensibilité : Ksthcr et Alhalie naissent îi sa voix, et donnant à ce prcîuiif'r Sainl-Cyr un charme qui ne se relrouv(M'.i pins. Mais bientôt ce ne sera pas seulement la femme îi la niison ix'nélranto ot ferme qui verra le danger de celte foininnnication (Mitre Saint-Cyr et la cour; c'est la dévote qui ^e (iji'îi, à (|ni l'on dira au besoin (jue tout cela est vanité, i\\u'. la piété et l'humilité chrétienne sont le tout de l'homme, cl surtrMit (l(j la Jeune fille. C'est alors qu'elle écrit cette lettre (it'scspéréc, on elle [)asse d'un extrême à l'aulre :

L;i prîiiw; <ni.' j'.ii >\\v les iiii«»s «Itî Saiiit-Gyr ne Si) peut n'^parer quo par le li'Mijts et j);ii' iiii ('h;iii'iMu«'nt enlirr «li» iVMlucatiwii i\[H) nous leur avons douinc jus'iu'-i ci'll': ln-iue; il <',sl l»it;ii juste (jiK! j'tîii souffro, puisriue j*y ai con- Ir.hiii' plus '[lie p •i-soiiiii', «îj j" scr.-ii hii.'u iKiiireusc si I)icii no m'en punit p.H plin S'-vi'iN'iiii'ul. M<iii oi-'^uoil s'esl répantlu par tonl»} la maison, et le f'iii.l iMi (ï<l «îi i,MMiitl <|mM l'finporii- hk-iik» j>.'u*-(1«J'*«us im^s lionnes intentions. I)i<.'ii sait riiuî j'ai vniilu ('■jablir l.i vi-rlii à Sainl-Cyr, mais j'ai bAti nur le saille. N'ay.iul point ce <[iii mmiI pi-iil faire tni foiidiMnent Solide, j'ai voulu que l<'s iiii.< iMi>><oiit (le l'esprit, «m'on élevAt leurca-ur, qu'on furmùt leur raison;

I. I.ellr.' .1 r.il»!».'' (ioix'liri. juillet li'iTi : .c DIimi nu m'a lias rhargéo do Saint-Cyr pour <pii! j y cIhtcIh.' un plai>ir. i>

j'ai réussi à ce dessein : elles ont de Tesprit, et s'en servent contre nous ; elles ont le cœur élevé, et sont plus fières et plus hautaines qu'il ne conviendrait de l'être aux plus grandes princesses; à parler même selon le monde, nous avons formé leur raison, et fait des discoureuses, présomptueuses, curieuses, hardies. C'est ainsi que Ton réussit quand le désir d'exceller nous fait agir. Une éducation simple et chrétienne aurait fait de bonnes filles, dont nous aurions fait de bonnes femmes et de bonnes religieuses, et nous avons fait de beaux esprits que nous-mêmes, qui les avons formés, ne pouvons souffrir; voilà notre mal, et auquel j'ai plus de part que personnel

Cette lettre suffirait à prouver que M™° de Maintenon ne s'est pas rendu toutd*abord un compte exact de ce qu'elle voulait faire, ou plutôt de ce qu'il fallait faire. Il lui a manqué la netteté dans la conception première, et c*est peu à peu seulement qu'elle a acquis la suite dans les méthodes. Si vraiment c'est elle qui avait causé tout le mal, comme elle le dit avec trop d'humilité peut-être, c'était à elle à le réparer, mais par une action lente et graduelle, sans révolution brusque. Mais elle se porte aux extrêmes, parce qu'après s'être placée momentanément à un point de vue tout humain, elle se place ensuite, définitivement, à un point de vue tout religieux. « Il faut humilier l'esprit, » c'est à peu près comment ce principe peut se traduire. Au fond, — et c'est en quoi M"**» de Maintenon, malgré sa droiture de jugement, reste inférieure à Fénelon, malgré les brillantes erreurs du brillant abbé*, — M°^® de Maintenon n'a qu'une médiocre opinion de l'intelligence et surtout du caractère de la femme. La femme ne sait rien qu'à demi, voilà pour l'intelligence. Quand elle sait ou croit savoir quelque chose, elle est égarée par l'orgueil. En deux mots, l'esprit chez la femme dégénère presque nécessairement en bel esprit. C'est la pure doctrine ecclésiastique, et ce n'est plus à Fénelon, ici, que l'on songe, mais àFauleur du Panégyrique de sainte Catherine, h Bossuet, qui interdit la science aux femmes, parce que, quand elles seraient capables de l'acquérir, elles ne seraient pas capables de la« porter».

1. Lettre à M"": de Fontaines, maîtresse générale des classes, 20 septembre 1691.

2. « L'éducateur ecclésiastiçiue avait sur plusieurs points des vues plus larges et plus profondes que l'institutrice laïque ». (ïbolliet, art. cité.)

La pédagogie de M*"** de Malnlenon. — Faiblesse au point de vue de rinstrncfion*

Partant de ce principe au moins contestable, M'"'' de Maintenon était conduite à restreindre considérablement, dans son système de pédagogie, la part de l'instruction proprement dite. « Le désir de former des esprits droits, dit Marion, et la crainte de former des beaux esprits l'ont empôcbée de tenir autant qu'il l'eût fallu à faire des esprits cultivés. » Elle formule d'excellents préceptes, dont nos éducateurs modernes pourraient encore faire leur profit; par exemple : « Ne laisser rien apprendre par cœur qui ne soit excellent. » (1690.) Fénelon l'avait déjà dit, il est vrai, et sous une forme plus imagée; mais M^'o de Maintenon précise davantage l'idée qu'elle se fait du rôle de la mémoire dans l'éducation. « La mémoire, dit-elle, n'est pas un talent bien rare, elle ne fait rien au mérite; » et l'on est tenté d'abord de défendre contre elle cette bonne ouvriôro et collalioratrice du jugement; mais voyez comme aussitôt elle sait tout concilier.

M"'" de Yaiidam, qui a beaucoup de mémoire, déplorait ce talent, comme s'il eût él('' incompatible avec le jugement. Madame lui dit : « // ne faut pas te mépriser, il a son uliiité comme un autre : on doit le conserver et môme le cultiv«'i' (juaiid Dieu l'a donné, et le mettre k profit; mais je ne voudrai» pas qu*on (•sliiiiât une lillt.' pour ce seul avantage. Une marque qu'il est peu solide, (•'t'sl (ju'on l'atlrihue à notre sexe, au lieu qu'on réserve le jugement ehz linmmcs. — E>>t-il impossible, lui dit-on, d'avoir l'un et l'autre de ces talents .1 l.i fois? - - Nullement, dit Madame. Il y a des personnes qui ont du juge- Micnt s.ius avoir de mémoire, je ne les trouve pas beaucoup à plai;idre; d'auln-s qui, étant dépourvues de jugement, y supi)léent par une grande méniMire, el c'est peu de chose; pour celles qui n'ont ni mémoire ni jugement, elles sont bien mal dans b'Ui'S affaires.

— Scrit'z-vous d'avis, dit une de nos sfrurs, que, pour cultiver la mémoire (les demoiselles, on leur fit apprendre biiaucoup de choses? — Non, dit Madame, cela prendrnit un temps qu'on em])loierait bien ])lus utilement si on formait leur raison. // n'est pas question de remplir leur esprit, maU qu'elles comprennent ce qu elles pratiquent... Il vaut bien mieux que vos filles sachent moins de choses el qu'elles les comprennent, et que tes maîtresses s'occupent liavaH' tnije lie former leur juifcment que de remplir leur mémoire \ »

(Vcsl ainsi que d'une ol)sorvation particulière M™« de Mainicnon s'élève à une vue générale et à une sorte de philosophie

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