Brunetière, étude en tête de l'éd. Hachette
sait-on, et de mauvaise foi: en étendant à Tordre entier des jésuites la condamnation plus ou moins légitime qui pourrait frapper certaines opinions individuelles exprimées par tel ou tel de ses membres, il calomniait ceux à qui il reproche si fréquemment, avec tant d'amertume, d'être des calomniateurs. (( Ce qu'un a mal dit, on le fait dire à tous, et ce que plusieurs ont bien dit, on ne le fait dire à personne. » Ainsi parlait, dans son sermon sur la Médisance, sorte de contre-partie des Provinciales, le P. Bourdaloue, dont les mœurs austères semblaient démentir les attaques de Pascal contre la morale relâchée de la Compagnie. Mais Pascal avait prévu ces objections possibles, et il avait pris soin de dire, d'abord, que les écrits individuels de ses membres engageaient une Société où rien n'était publié qu'avec l'assentiment des supérieurs; ensuite, qu'il n'attaquait point les mœurs des jésuites eux-mêmes, mais seulement la politique complaisante qui les portait à accommoder leur morale prêchée ou écrite aux tempéraments divers des pays et des personnes. Il est curieux de noter que le reproche de Bourdaloue a été reproduit par Voltaire dans le Siècle de Louis XIV K Condorcet lui-même, dans son Éloge de Pascal, croit que Pascal a présenté comme un système formé par les jésuites ce qui n'était qu'un abus de la scolastique commun aux autres ordres, et ajoute : « Il y a peut-être dans cette conduite plus de politique que de justice rigoureuse. » Chateaubriand ne fait pas tant de façons pour formuler sa pensée, ou plutôt son arrêt : « Pascal n'est qu'un calomniateur de génie; il nous a laissé un mensonge immortel2. » Il est vrai que plus tard, en 1829, ambassadeur près du Saint-Siège, éclairé par la pratique des hommes, il se rétractait dans une de ses lettres : « J'avais pris Pascal pour un calomniateur de génie, qui nous a laissé un immortel mensonge; je suis obligé de reconnaître qu'il n'a rien exagéré. »
Ne parlons point de Joseph de Maistre. pour qui les Provinciales sont « les Menteuses » ; mais un homme qui n'avait pas les mêmes raisons que de Maistre pour en vouloir à Pascal, Vinet, a écrit :
Pascal remplit l'office d'accusateur, et non celui de juge ; les Provinciales e sont pas un rapport, mais un réquisitoire ; s'il est juste, il l'est comme n adversaire, comme un ennemi peut l'être envers ceux que Ton veut, jus-