‹ Cours de littératureChapitre 13 sur 98 · Analyse raisonnée de l'histoire de France · texte numérisé non relu

Analyse raisonnée de l'histoire de France

tement peut-être, mais enfin que Ton veut détruire... Lorsque, dans sa treizième lettre, Pascal nous représente les jésuites jetant dans le monde des moitiés de maximes, moitiés innocentes, mais destinées à se rejoindre en temps et lieu pour former, par leur réunion, une monstrueuse erreur, ne vous paraît-il pas conclure un peu trop rigoureusement du fait à l'intention?

Cette treizième lettre pourrait être attaquée, en effet, sur plus d'un point, et l'on n'a pas eu de peine à démontrer que Pascal, au début, y confond, sous le nom commun d'homicide, les trois espèces, assez différentes pourtant, en morale comme en jurisprudence, de l'assassinat, du meurtre et du duel1. Doiton dire qu'il l'ait fait « volontairement » ? C'est une autre affaire. 11 se trompe parfois, mais ne cherche jamais à tromper. Tout ce qu'on a pu lui reprocher, ce sont des confusions : M. Bertrand, par exemple, lui en veut d'avoir confondu le péché que le confesseur doit absoudre, après avoir entendu le pénitent, avec l'acte qu'on peut commettre sans scrupule et sans offenser Dieu. Un péché que l'on pardonne n'est pas nécessairement une action méritoire que l'on conseille. Ainsi, certains jésuites peuvent regarder la calomnie comme un péché véniel ; en faut-il conclure qu'on peut calomnier en toute sécurité de conscience ? Pour n'être pas mortel, le péché n'en est pas moins péché. « Déclarer qu'un péché n'est pas mortel est une décision assimilée, dans les Lettres provinciales, h l'autorisation et au conseil de la commettre ; la différence est grande cependant. » On peut l'accorder sans que la sincérité de Pascal en soit atteinte. De même on peut, sans la diminuer, accorder à ses contradicteurs modernes que la casuistique a existé de tout temps; que les sophistes grecs, Cicéron , îes stoïciens, étaient des casuistes tout aussi bien que les Pères de l'Église ; que plusieurs des cas de conscience cités et flétris par Pascal sont empruntés aux docteurs les plus illustres et aux saints les plus vénérés ; que la doctrine des opinions probables, en particulier, est antérieure à la fondation de l'ordre des Jésuites. Le P. Daniel n'a-t-il pas pu reproduire une des Provinciales sans en altérer le sens général ni même le texte, mais en substituant aux citations des jésuites des citations toutes semblables empruntées à d'autres religieux?

Quand on aurait prouvé que Pascal a fait preuve d'une horreur excessive pour une casuistique dont il n'a voulu voir que les mauvais côtés sans en comprendre l'utilité, quelques-uns

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