Il nous reste une seule lettre de lui à Mra8 de Sévigné
bien, par exemple, sans qu'il soit besoin d'y insister, pourquoi les jansénistes en furent préservés plutôt que les jésuites. Mêlés davantage au monde et préoccupés avant tout de plaire, ceux-ci devaient avoir le goût moins sévère et le stylé moins sobre. Quelques-uns, tels que le P. Rapin (4621-1687), le correspondant de Bussy-Uabutin, ne sacrifient point trop aux gr; mondaines; mais chez le P. Boubours (1628-1702), ce puriste grammairien, qui donna la première édition des Lettres de ce même Bussy, l'élégance ne va pas sans quelque recherche. Mme de Sévigné, indulgente à ces brillants défauts, disait de Boubours que l'esprit lui sortait par tous les pores. L'auteur des Provinciales jugeait avec plus de rigueur l'esprit et le style des jésuites. Mais les jansénistes, Pascal mis à part (on se gardera de le classer ici parmi les écrivains épistolaires), eurent leurs défauts, qui ne sont guère moins graves. Les lettres d'Antoine Arnauld, que ses contemporains appelaient le grand Arnauld (1612-1694), intéressantes encore çà et là par les grands noms et les grands souvenirs qu'elles évoquent, n'ont plus que cet intérêt relatif. Moins vivantes encore sont celles d'Arnauld d'Andilly (1589-1674). Une exception serait faite en faveur du seul Jean Hamon (1617-1687), ce médecin de Port- Royal, dont la physionomie plus tendre, esquissée par Sainte- Beuve, fait un si heureux contraste avec celle des jansénistes militants. Un souffle de poésie et de foi naïve pénètre certaines de ses lettres, comme celle qu'il écrit sur les funérailles d'un petit jardinier des religieuses : « C'était un petit ange que des anges en chantant mettaient en terre. Il était couronné de son innocence et des fleurs de la terre dont on lui avait fait une couronne. » Cette note attendrie est rare, et d'ordinaire le style janséniste, plus vigoureux que le style fleuri des jésuites, est aussi plus triste et plus sec. Chez les femmes elles-mêmes, par exemple chez les sœurs de Pascal, Gilberte (MmG Périer) et Jacqueline, il se distingue par des qualités de raison plutôt que de sentiment. Poète, presque bel esprit d'abord, Jacqueline, dès que la grâce l'a touchée, dédaigne tous les vains ornements et jusqu'au soin légitime de la forme. Celle qui disait aux religieuses de Port-Royal : « Puisque les évoques ont des courages de filles, les filles doivent avoir des courages d'évêques, » eut un esprit viril comme sa vertu. Toute virile §uissi, dans le bon et le mauvais sens du mol, — nerveuse et sans assez d'abandon ni de souplesse, — fut et devait être la correspondance des jansénistes prise dans son ensemble.
On dit souvent que la contagion de l'esprit précieux gagna là bourgeoisie, et que la préciosité, en devenant bourgeoise, s'a!ourdit, pour ainsi dire, et s'épaissit. Cette assertion n'est vraie qu'à moitié. Sans doute chez une Madeleine de Scudéry (1607-1701) la préciosité n'a plus cette Heur de distinction qu'elle avait chez une Mme de Maure ou une Mmc de Sablé. Dans un de ses romans, Mlle de Scudéry donne quelques règles du style épistolaire : elle veut qu'on ne mette pas trop d'esprit dans une lettre, qu'on ait égard aux circonstances et aux personnes, ce qui revient à dire que les lettres~doivent avoir du naturel et de la précision. Mais autre chose est de savoir les règles, autre chose de les appliquer. Les lettres de Mlle de Scudéry manquent de grâce et de légèreté; mais elles révèlent un vrai caractère, toujours droit et désintéressé, sinon un goût toujours sûr. A quelqu'un qui avait loué son esprit, elle répondait que son cœur valait mieux, et revendiquait surtout le mérite d'être une amie sincère et fidèle. On sait de quel dévouement elle fit preuve envers son ami Paul Pellisson (1624-1693), emprisonné à la Bastille après la disgrâce de Fouquet : sa lettre à Colbert en faveur du prisonnier part d'une âme généreuse. Pellisson lui en fut reconnaissant : c'est à elle qu'il adressa ses Lettres historiques, pleines de faits précis, mais où l'on voudrait qu'il se laissât voir lui-même davantage.
Bien que Pellisson ait été longtemps l'un des ornements de la société précieuse, et que ses œuvres, surtout dans sa jeunesse, en gardent quelque trace, il a déjà le style plein, simple et juste, sans diffusion et sans sécheresse, des écrivains de la seconde moitié du siècle. Mais parmi les écrivains de la bourgeoisie qui appartiennent incontestablement à la première moitié, il en est dont l'esprit précieux n'a jamais entamé la franchise gauloise. Tel ce Paul Scarron (1610-1660), qui, justement par réaction contre la préciosité régnante, se jeta dans le « burlesque effronté ». Tels, ces autres bourgeois qui s'appelaient Olivier Patru (1604-1681), Valentin Conrart (1605- 1675) ou Gui Patin (1602-1672). Nous avons de l'avocat Patru une lettre agréable sur une visite de la reine Christine à l'Académie française; mais s'il a beaucoup plaidé, il a peu écrit. Conrart, riche protestant, parent cependant et correspondant de l'évêque « précieux » de Grasse, Godeau, fut ami et correspondant de Balzac. Son style a de la gravité, mais peu d'accent et nul éclat. L'écrivain le plus original de cette catégorie, c'est Gui Patin, dont nous avons de sept à huit cents
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lettres. Mais est-il bien un écrivain, ce médecin si dédaigneux de l'élégance et même de la correction? Il est, du moins, un des types les plus curieux de l'ancienne société française, à cette heure où elle commençait à se polir et à s'affiner, mais seulement à la surface : sa correspondance nous en présente divers aspects qui semblent d'abord contradictoires. Gui Patin est d'humeur indépendante et volontiers frondeuse, et pourtant il est aussi l'adversaire obstiné de toutes les innovations et de toutes les inventions qu'une longue tradition ne recommande pas, des tentatives généreuses de Renaudot, de la circulation du sang, des prétentions du corps des chirurgiens, assez audacieux pour demander d'être assimilés aux médecins. Ici, Lcrn dirait un de ces médecins de Molière qui abritent leur courte science derrière les formules d'un latin pédantesque ; là, un bourgeois, presque un gamin de Paris, grand admirateur de Rabelais, et rabelaisien par la langue comme par l'esprit. Elle est expressive, cette langue, mais étrangement mêlée et confuse. Il y a en Gui Patin de l'érudit et du pamphlétaire, fort peu de « l'honnête homme ». Aussi préférait-il l'érudition et la vigueur d'élocution de Balzac à « l'esprit galant de Voiture, homme de bonnes lettres d'ailleurs ».
Il est à peine besoin d'ajouter que d'autres en ce temps, par la seule force de leur intelligence élevée au-dessus du commun, ont échappé plus ou moins à la contagion du bel esprit, ou ne l'ont subie que dans la mesure où elle s'accordait avec les tendances secrètes de leur génie. Par exemple, le grand Corneille, ce poète si aimé des précieuses, n'a pas toujours, dans ses lettres, l'aisance parfaite ni la parfaite simplicité : au nombre de ses correspondants, à côté d'un Saint-Évremond, on prouve un abbé de Pure. Les dons de Racine seront plus faciles; pourtant Racine lui-même, nous l'avons vu, n'est pas exempt de toute affectation dans ses premières lettres. Les dernières, souvent touchantes dans leur familiarité grave, plus souvent encore austères dans leur piété volontairement oublieuse des souvenirs profanes, ne satisfont qu'à moitié la curiosité exigeante des modernes. Quant aux Lettres de l'âge mur, dont l'intérêt serait pour nous si vif, nous ne les avons pas. Et de la correspondance de Molière rien n'a survécu !
Mais nous avons déjà étudié les lettres de Racfne, de Boileau, de la Fontaine ; nous étudierons bientôt celles de Bossuet et de Fénelon, qui sont surtout des lettres de direction spirituelle, et dont l'intérêt est capital, ne fut-ce qu'au point de vue de la
comparaison de deux doctrines, de deux époques, de deux hommes. Au reste, celles de Bossuet sont beaucoup plus impersonnelles que celles de Fénelon. Mais Fénelon nous conduirait fort au delà déjà de la moitié du siècle, jusqu'au seuil même du xvme.
La seconde période du dix-septième siècle. — La monarchie absolue, le roi et les courtisans.
Dans l'intervalle, les mœurs s'étaient transformées, et avec elles le style, surtout celui des lettres, qui ne sont qu'une conversation écrite. Ce qu'on gagne en justesse, on le perd peutêtre en relief; mais la justesse parfaite a son prix. Personne ne s'avisera, sans doute, de préférer Mme de Maintenon à Mmc de Sévigné, du moins en tant qu'écrivain épistolaire1 ; mais — outre que toute comparaison est difficile entre deux correspondances si différentes par l'esprit, le tour et le but — le style de Mme de Maintenon se distingue par une propriété de termes et une sûreté auxquelles Mme de Sévigné, douée de tant d'autres mérites supérieurs, n'atteint pas toujours. Les lettres de Louise de la Baume, duchesse de la Valïière (1644-1710), sont d'une allure plus aisée et d'un tour plus délicat que les lettres souvent pesantes et embarrassées de Mmc de Longueville, par exemple. On l'a dit sans trop d'exagération : la moindre femmelette de ce temps écrivait mieux que les femmes les plus distinguées du nôtre. Voyez les lettres, si élégantes dans leur simplicité, de Mlle d'Aumale (1683-1756), secrétaire de Mme de Maintenon.
Mais, il faut l'avouer, cette netteté, cette propriété du style n'est obtenue d'ordinaire qu'au détriment des qualités d'imagination qui dominaient dans les lettres de la première moitié du siècle. Non qu'il faille établir une séparation nettement tranchée entre deux périodes d'une môme époque, dont la première serait tout imagination, et la deuxième tout raison. Dans quelle classe d'esprits rangerait-on, à ce compte, Ninon de Lenclos (1620-1705), qui semble participer de toutes deux? Amie de Saint-Évremond, de la Rochefoucauld et de Mme de
1. On étudiera à part les lettres de Mme de Sévigné et de Mme de Maintenon.
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Mainlenon tout ensemble, elle a pu être épicurienne avec les brillants frondeurs d'autrefois, et l'être encore, beaucoup plus tard, avec l'aventureux marquis de Lassay (1652-1738), sans cesser d'unir au charme d'un naturel qui ignore la contrainte, la droiture d'un jugement qui préserva de toute erreur grave, sinon son cœur, du moins son esprit. On lui reproche son sensualisme, et il est certain qu'elle donne aux choses de l'estomac une place bien considérable dans sa correspondance. « Portezvous bien, dit-elle à l'un de ses amis. Voilà à quoi tout doit aboutir. » Mais ces amis, elle les aime de l'affection la plus désintéressée et la plus dévouée : « Les anciens amis ont des charmes que l'on ne connaît si bien que lorsqu'on en est privé. » Une légère teinte de tristesse nuance çà et là ces lettres, où le sentiment échauffe l'esprit, mais d'où sont absentes les hautes pensées.
Ninon de Lenclos a pu rester à égale distance delà préciosité qui caractérisait le règne du bel esprit, et d'une certaine sécheresse qui allait caractériser, dans la littérature épistolaire, le règne de la raison. Qu'on lise d'abord Mme de Maintenon, vite on sentira ce qui manque à cet ensemble si bien équilibré de qualités raisonnables : un peu de tendresse, de souplesse et de llanime. Qu'on lise ensuite Mme de Lambert , venue plus tard (1647-1733), on ne reprochera certes pas le manque de cœur à l'auteur des Avis d'une mère à son fils et à sa fille; mais les choses les mieux senties sont exprimées ici dans un style tout uni, sans couleur, sans trait; le bon sens y paraît dans toute sa droiture et toute sa solidité, mais on voudrait qu'il y parut avec plus d'éclat. D'ailleurs elle avait une haute idée de l'intelligence des femmes et de leur rôle dans la société. Lors de la querelle sur les anciens et sur les modernes qui mit aux prises la Motte et Mmo Dacier, Mme de Lambert écrivait au P. Buffier :
J'estime infiniment Mme Dacier, notre sexe lui doit beaucoup : elle a protesté contre l'erreur commune qui nous condamne à l'ignorance. Les nommes, autant par dédain que par supériorité, nous ont interdit tout savoir. Mmc Dacier est une autorité qui prouve que les femmes en sont capables. Elle a mis en liberté l'esprit qu'on tenait captif sous ce préjugé, et elle seule nous maintient dans nos droits.
Chez cette admiratrice de Fénelon, nous voyons poindre déjà l'esprit raisonneur du xviuc siècle. C'est au début du xvme siècle, en effet, que Mme de Lambert ouvrit ce salon, vrai «bureau d'esprit » où les élections à l'Académie étaient préparées, où des
questions plus hautes étaient parfois effleurées, mais d'où toute préciosité cependant n'avait pas disparu. De Ménage à Fontenelle, la préciosité s'était transformée : elle n'était plus si curieuse des finesses de la langue; elle dissertait et philosophait davantage. D'autre part, et sans suivre Mmc de Lambert jusque dans le xvme siècle, il est certain que la préciosité d'autrefois n'avait pas succombé, comme on l'a dit si souvent, sous les coups de Molière et de Boileau. Esprit Fléchier (1632-1 710), le correspondant de Mme et de Mlle Deshoulières, en fournirait à lui seul des preuves abondantes. II. avait connu de près plus d'un survivant de l'hôtel de Rambouillet, et, dans son Oraison funèbre de Mme de Montausier, il célèbre « ces cabinets que l'on regarde encore avec tant de vénération, où l'esprit se purifiait », Nous savons bien qu'il faut distinguer en Fléchier le précieux, l'abbé galant, ce qui est, pour ainsi dire, sa première manière, et Tévêque, qui se résigne à n'être plus qu'un « provincial », et accomplit tout son devoir avec beaucoup de dignité. Évêque de Lavaur, d'où il suppliait éloquemment le roi de ne pas l'arracher, puis de Nîmes, où il passa vingt-trois ans, il ne fut pas un évêque de cour. La plupart de ses lettres sont précisément postérieures à son sacre; on ne saurait donc s'étonner si le ton en est plus grave qu'on ne l'attendait de l'auteur des Grands Jours d'Auvergne. Les affaires de son diocèse, les incidents de la révolte des Cévennes, en sont le fond ordinaire. Toutefois, d'autres lettres prouvent qu'il reste bel esprit jusque dans l'épiscopat. Dans la piété même il n'a ni la simplicité sévère d'un Bossuet ni l'onction d'un Fénelon. Il félicite telle de ses correspondantes de s'être tirée i< de l'ennui et de la sujétion d'un couvent ». Parfois cependant, quand il appelle l'esprit au secours de la charité, il ajoute du piquant aux leçons qu'il donne, sans en affaiblir l'autorité. A un père capucin qui sollicitait de lui un secours pour bâtir une nouvelle église, il répond, avec une fermeté qui n'est pas sans malice, que la misère du temps (1709) lui interdit de rien ôter aux pauvres.
Je conviens que c'est une bonne œuvre de bâtir des églises, mais les pauvres, qui sont les temples vivants du Saint-Esprit, sont préférables. Pourquoi vous piquez-vous de la gloire d'avoir achevé votre église ? David laissa le temple à bâtir à Salomon. Un autre le fera aussi bien que vous. Quelle imagination de croire ou de vouloir faire croire que vous mourrez cette année? Laissez votre vie entre les mains de la providence de Dieu. Craignez qu'il n'entre dans votre dessein autant d'amour-propre que de zèle pour le service de Dieu. Laissez cette année assister les pauvres et leur procurer du pain.
Si, écartant toutes les contradictions apparentes, on veut caractériser l'époque de la monarchie absolue en ce qu'elle a d'essentiel, il suffit de s'adresser au monarque lui-môme. Les lettres de Louis. XIV sont avant tout d'un roi, mais d'un roi dont la majesté n'est ni tendue ni monotone, qui sait, au contraire, changer de ton suivant les circonstances et les personnes, toujours maître de lui, toujours. mesuré, toujours noble, soit qu'il réprimande, soit qu'il félicite ou remercie, soit qu'il expose et impose sa volonté1. Gomment les courtisans, si attentifs à imiter le. roi en tout, n'auraient-ils pas pris de lui, dans la mesure où ils le pouvaient, ce goût et ce sens de la convenance parfaite, de la simplicité sans bassesse, de la noblesse sans raideur? Voltaire a dit du maréchal d'Estrades : « Ses lettres sont aussi estimées que celles du cardinal d'Ossat, et c'est une chose particulière aux Français que de simples dépêches aient été souvent d'excellents ouvrages. » L'observation s'applique à d'autres encore, ou plutôt à une époque entière. Ce n'est certes pas un grand écrivain que l'abbé de Ghoisy (1644-1724); mais comme son style est plus leste et plus dégagé que celui de la plupart des ecclésiastiques, plus recommandables par le caractère, qui ont écrit avant lui ! L'étranger Antoine Hamilton (1648-1720), élevé en France, il est vrai, écrit un français meilleur encore^ vif, fin, d'une ironie légère et déjà toute voltairienne. Et, en effet, l'âge de Voltaire est bien proche : quand Louis XIV meuxt, Voltaire va débuter dans les lettres.
Le groupe de Mme de Sévigné considéré à part* Bussy-Rabutin.
Si l'on considère à part le groupe des correspondants de Mme de Sévigné, on n'a point de peine à constater que la plupart appartiennent comme elle, par leurs origines et par leur esprit, à la première moitié du siècle : ce sont Bussy-Iiabulin, les Coulanges, Mmc de la Fayette.
11 sera beaucoup pardonné à Russy-Rabutin (1618-1693), parce qu'il a fourni à sa cousine l'occasion de beaucoup de lettres aussi admirables que les lettres à Mmo de Grignan, mais d'un ton
l.Tous les contemporains s'accordent à dire que Louis XIV pensait juste et parlait bien. « 11 savait sa langue en perfection, » dit le maréchal de Berwick.
assez différent; on lui pardonnera aussi parce qu'il en a senti tout le prix. Il y trouvait « des agréments qu'on ne voit point ailleurs ». 11 s'écriait :
Mon Dieu ! que vous avez d'esprit, ma cousine! Que vous écrivez bien, que vous êtes aimable !... Je ne vois rien de si juste que ce que vous écrivez, et Ton ne peut pas vous dire : « Ce mot-là serait plus à propos que celui que vous avez mis1. »
Longtemps après (1687), quand il lui avait été donné de goûter pleinement non seulement le charme et la justesse de ce style, mais la fidélité éprouvée de cette affection, il s'attendrissait presque, lui qui ne s'attendrit guère, à la pensée d'une longue et intime confiance que rien désormais ne pouvait remplacer dans son cœur.
Que ferais-je au monde sans vous? Avec qui pourrais-je avoir de l'esprit? En qui aurais-je une entière confiance d'être aimé ? A qui parlerais-je à cœur ouvert de toutes choses?
Là même, pourtant, il songe trop encore à son esprit, et il ne pousse pas le bon goût jusqu'à sentir à quel point cet esprit net et fin, mais d'une netteté souvent froide, d'une finesse souvent sèche, le cède à l'esprit toujours en mouvement de Mme de Sévigné. Celle-ci a le droit de ne pas voir ou de ne pas marquer les différences, de s'écrier à son tour : « Mon Dieu ! cousin, que vous avez d'esprit ! » de lui rendre le plus enviable des témoignages (7 janv. 1669) : « Depuis que vous êtes parti de ce pays-ci, je ne trouve plus d'esprit qui me contente pleinement, et mille fois redis en moi-même : « Bon Dieu! quelle <( différence! » Mais ce qui est déplaisant, c'est que Bussy est le premier à connaître son esprit et à l'admirer. Cette fatuité nous gâte la distinction très réelle d'un style dont la sobriété a quelque chose d'attique. Malgré ses airs de gentilhomme dédaigneux, Bussy n'ambitionne pas moins la gloire de bon écrivain que celle de grand capitaine. Ses lettres, qui ont été publiées avant celles de Mme de Sévigné, sont d'un art, sinon laborieux, au moins toujours refléchi. Elles n'ont pas l'élan spontané, la verve débridée, le feu qui anime tout, le courant qui entraîne tout. Il me semble que Grimm ne lui a pas fait tort lorsque à sa correspondance il préfère non seulement celle de Mme de Sévigné, mais celle de Mmo de Maintenon.