Lettres du 30 juillet 1654 et du 4 août
On y trouve beaucoup d'esprit et de finesse, de la pureté et de la noblesse dans le style ; mais elles sont à la glace. La froideur est l'empreinte de tout ce qui est trop travaillé. On sent les coups de lime dans ces lettres, et on voit que l'auteur a sué son style; d'ailleurs on est scandalisé de l'égoïsme impertinent et cruel qu'affecte cet écrivain, qui avait encore beaucoup plus d'orgueil que d'esprit *.
Veut-on pourtant mesurer au juste le mérite vraiment distingué d'un Bussy, qu'on lise les lettres dont l'accable Corbinelli, cette énigmatique personnage, devenu par lui l'ami de Mme de Sévigné. Quelle lourdeur pédantesque! Que de citations de l'incomparable Horace ! « Je suis homme », avouait-il, à dire un précepte hors de propos, et seulement pour montrer que je le sais. » Si encore il ne faisait que citer les anciens ! mais il les commente. Gorbinelli ne vaut que pour le contraste. Mais il serait curieux d'étudier les correspondants et surtout les correspondantes de Bussy en dehors de Mmede Sévigné : on trouverait parmi elles de grandes dames, comme Mmo de Montmorency ou Mme de Gouville, sœur du fameux Tourville; et des bourgeoises, comme Mme Bossuet, belle-sœur du grand évêque; ou cette douce, tendre et un peu triste Mme de Scudéry, à qui son matamore de mari, fort honnête homme au fond, avait légué sa pauvreté et sa fierté. « J'ai l'âme douce, écrivait-elle, et j'aime tout de l'amitié, jusqu'à l'apparence. « Il ne faudrait pas, d'ailleurs, voir en elle une mélancolique : à l'occasion, elle a le mot piquant; elle dira, par exemple : « Quand les cervelles de nous autres femmes se démontent, en vérité cela ne se raccommode jamais. » Mais, si personnelles que puissent être ces figures de femmes, elles sont effacées par celle de Mm0 de Sévigné, dont celle de Bussy, pour sa gloire et aussi pour son malheur, est inséparable.
Les Coulanges. — La mort de Louvois chez Mme de Coulanges et chez Mm* de Sévigné. — Mme de la Fayette.
Les lettres d'Emmanuel de Goulanges et de sa femme ont plus d'abandon et moins d'art que celles de Bussy. L'esprit si vanté de ce chansonnier frivole, qui fut le cousin et l'ami d'en-
1. Correspondance de Grimm, 10 juin 1754. Voyez l'article consacré à Bussy dans le t. III des Causeries du lundi, Garnicr.