Lettres des 24 juin 1671 et 12 janvier
serve. Noas ajouterons : personne n'est plus vrai que Mme de Sévigné. Souvent elle vante l'excellence, et même les avantages de la droiture :
Je hais ce qui est faux... On se trouve toujours bien d'avoir de la sincérilé... C'est ce dont il ne faut point se départir, quoi qu'il arrive : cette mode revient toujours. On ne trompe guère longtemps le monde, et les fourbes sont enfin découverts, j'en suis persuadée *.
C'est allier le sens pratique à la loyauté ; mais sa fidélité §t ses amis n'est pas fondée sur l'intérêt. Autant elle est franche vis-à-vis d'eux quand ils sont puissants, autant elle leur est dévouée quand ils sont malheureux. 11 est superflu de rappeler avec quels sentiments d'amitié passionnée elle suivit le procès de Fouquet, qui pourtant, tout surintendant qu'il était, avait trouvé une cruelle en celte femme à demi ruinée, mais inaccessible aux vils calculs. Quand un autre de ses amis, Pomponne, fut disgracié, elle sentit grandir pour lui sa sympathie. « Le malheur, écrivait-elle alors, ne me chassera pas de cette maison. Il y a trente ans (c'est une belle date) que je suis amie de M. de Pomponne ; je lui jure fidélité jusqu'à la fin de ma vie, plus dans la mauvaise que dans la bonne fortune2. » C'est peut-être par ce côté de son caractère qu'elle est le plus digne d'estime, ici encore elle n'ignore pas ce qu'elle vaut : « Je suis fort délicate en amitié, et je ne m'y connais pas trop mal ; » et elle déclare à sa fille que pour la confiance et la sincérité dans le commerce de l'amitié elle ne recevra de leçons ni d'elle ni de personne.
Elle égaya et consola la vieillesse de Retz, couronnement plus paisible d'une vie inquiète. Il était son parent assez éloigné; mais ce n'est pas une médiocre recommandation pour lui devant la postérité que d'avoir mérité d'être l'ami de Mmc de Sévigné. Quand elle le perdit, elle s'en montra touchée jusqu'au fond du cœur. « 11 me semble que tout me quille, » disait-elle. Au lendemain de ces cruelles séparations il lui venait des « bouffées » de tendresse qu'elle ne pouvait contenir. Aussi combien elle eut d'amis et combien dévoués! Elle s'en faisait chaque jour de nouveaux; elle ne perdait aucun de ceux d'autrefois. Au reste, à quoi bon y insister ? nous avons son portrait, tracé par une de ses amies, et ce portrait n'est que le plus délicat des éloges.