‹ Cours de littératureChapitre 45 sur 98 · Lettre du 16 mai · texte numérisé non relu

Lettre du 16 mai

Quand on étudie de près la vie et le caractère de MmG de Sévigné, on se persuade, non seulement que chez elle l'amour mulernel devait prendre le caractère d'une passion véritable, mais qu'il devait se porter de préférence sur une fille, même si elle ne fût pas née la première de ses enfants. L'orgueil maternel est inséparable ici de l'amour maternel, ou plutôt il se confond avec lui..

Ceci n'excuse pas ce qu'il y a d'exclusif dans l'affection de Mme de Sévigné pour sa fille. « J'aime bien mes autres enfants» lui écrivait Bussy, comme assurément vous aimez fort M. de Sévigné; mais assurément nos deux filles sont hors de pair.» Elle en convenait de bonne grâce. « Il faut l'avouer, j'ai une belle passion pour elle. Je ne dis rien de mon fils; cependant je l'aime extrêmement, et ses intérêts me font bien autant courir que ceux de ma fille1. » On sent la nuance : elle est passionnée pour la personne de sa fille, elle n'est pas moins dévouée aux intérêts de son* fils. Qu'elle aime son fils, cela est hors de doute : en 1668, quand il paît pour l'expédition de Candie,, elle pleure amèrement, elle déclare qu'elle ne jouira pas d'un seul moment pendant ce voyage; elle s'écrie : « J'en suis morte! » Et comment ne l'aimerait-elle pas? Il la soigne quand elle est malade, il l'égayé quand elle est triste; « il est amusant, il a de l'esprit. » Veut-on le gronder, on ne sait jamais où trouver de la colère. Mais on ne le prend pas au sérieux. Il y a des moments où l'on dirait qu'il est traité moins en fils qu'en camarade : « Je suis triste. Ce pauvre petit compère vient de partir. Il a tellement les petites vertus qui font l'agrément de la société, que quand je ne le regretterais que comme mon voisin, j'en serais fâchée2. » C'est précisément comme un aimable voisin et compagnon qu'il nous est présenté d'ordinaire. Déjà la princesse de Tarente s'étonnait de la façon toute familière dont la mère en usait avec son fils, « sans nul air de maternité ». Quelques-uns aujourd'hui se montrent scandalisés des étranges confidences qu'elle provoque et publie. Si le reproche doit retomber sur son temps plus que sur elle, il n'en faut pas moins avouer qu'elle parie à Charles de Sévigné, ce petit marquis, tout autrement qu'elle ne parle à la cartésienne Mmo de Grignan.

Et pourtant, dit-on, il est si charmant! il ressemble tant à la

i. Lettre du 9 octobre 1675.

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